Livret A : 1,7 % ne convainc plus les Français, le LEP et les fonds monétaires grignotent

Livret A, `Laposte` postal savings book in the hand of a person stock photography

Le Livret A affiche 1,7 % depuis le 1er août 2026 : un taux qui ne suffit plus

Le Livret A a beau rester le placement préféré des Français, sa rémunération ne fait plus rêver. Depuis le 1er août 2026, le taux d'intérêt du livret réglementé est fixé à 1,7 % par an, contre 1,5 % auparavant. Une hausse de 20 points de base qui, sur le papier, redonne un peu d'air à un produit dont le rendement s'était progressivement érodé ces dernières années. Mais dans les faits, ce taux reste très éloigné des sommets atteints en 2023, quand le Livret A servait encore 3 %.

Pour un livret rempli au plafond de 22 950 €, la rémunération annuelle brute s'établit donc à environ 390 €. Un montant net d'impôt et de prélèvements sociaux — c'est l'un des grands avantages du Livret A — mais qui reste modeste rapporté au capital immobilisé. Les intérêts sont calculés selon la règle des quinzaines : un dépôt commence à produire des intérêts à partir de la quinzaine suivante, tandis qu'un retrait cesse d'en produire à la fin de la quinzaine précédente. Ils sont versés en une seule fois, généralement le 31 décembre, et s'ajoutent au capital sans être imposés.

Un placement toujours aussi simple, mais moins attractif

Le Livret A conserve ses atouts structurels : accessible à toute personne physique sans condition d'âge, de nationalité ou de revenus, il reste disponible à tout moment, avec des versements et retraits libres et gratuits dans la limite du plafond. Une même personne ne peut toutefois en détenir qu'un seul, et l'ouverture nécessite généralement un versement initial d'une dizaine d'euros selon les banques.

Mais la faible rémunération pèse de plus en plus lourd dans l'équation. Selon une étude citée par Presse-citron, 81 % des épargnants interrogés envisagent de délaisser au moins partiellement leur Livret A. Parmi eux, 64 % jugent la baisse continue du taux « décourageante », et seuls 16 % se déclarent fidèles à ce produit. Plus préoccupant encore : un tiers des Français estiment « perdre du pouvoir d'achat » avec leur Livret A, et 31 % partagent cette opinion de manière nuancée.

Le LEP, grand gagnant de la désaffection

Face à ce désamour, un autre livret réglementé tire son épingle du jeu : le Livret d'épargne populaire (LEP). Son taux, certes en baisse, reste fixé à 2,5 %, soit un niveau largement supérieur à celui du Livret A. Comme ce dernier, le LEP est exonéré d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, et l'épargne est garantie par l'État. Une combinaison qui séduit de plus en plus de ménages.

Le gouvernement maintient volontairement ce taux attractif pour favoriser l'épargne populaire. Le LEP n'est en effet pas accessible à tous : il est soumis à des conditions de ressources, déterminées à partir du revenu fiscal de référence figurant sur l'avis d'impôt. Pour l'avis reçu en 2025 sur les revenus 2024, le plafond s'établit à 23 028 € pour une part, 35 328 € pour deux parts, 47 628 € pour trois parts, 59 928 € pour quatre parts, 72 227 € pour cinq parts et 84 527 € pour six parts.

Sept millions de Français passent à côté

Selon la Banque de France, environ 20 millions de Français seraient éligibles au LEP. Pourtant, d'après RMC Conso, 7 millions d'entre eux ne l'ont pas ouvert, ce qui représente un véritable manque à gagner. Le plafond du LEP est toutefois limité à 10 000 €, bien en deçà des 22 950 € du Livret A, et le versement initial minimum est fixé à 30 €. Pour en bénéficier, il suffit de contacter son banquier.

Fonds monétaires : la tentation d'ailleurs

Un troisième acteur vient concurrencer le Livret A : le fonds monétaire. Avec la remontée des taux d'intérêt en zone euro, ces fonds logés sur un compte-titres ordinaire affichent des rendements bruts qui peuvent sembler attractifs. Le taux €STR, référence du marché monétaire, s'établissait autour de 2,19 % fin août et converge vers 2,40 % après le relèvement du taux de dépôt de la BCE de 2,25 % à 2,50 %, décidé le 10 septembre et applicable le 16 septembre.

Mais l'arithmétique est cruelle. Après déduction des frais de gestion (0,10 à 0,50 %) et application du prélèvement forfaitaire unique de 30 % (12,8 % d'impôt et 17,2 % de prélèvements sociaux), le rendement net d'un fonds monétaire se situe entre 1,33 % et 1,61 %. Soit un niveau inférieur au 1,70 % net du Livret A. Pour égaler ce dernier, un fonds imposé au PFU devrait servir 2,43 % nets de frais.

Le seuil de bascule n'est pas atteint

C'est le calcul que met en avant Le Courrier des Stratèges : malgré l'écart de taux entre la dette française et la dette allemande, qui a franchi 105 points de base le 18 septembre 2026 (l'OAT dix ans s'établissant autour de 4,55 % contre 3,50 % pour le Bund), le Livret A reste compétitif pour une épargne de précaution. La liquidité immédiate, la garantie de l'État et l'exonération fiscale compensent un rendement brut inférieur.

Un contexte de défiance plus large

La désaffection pour le Livret A s'inscrit dans un mouvement plus vaste de défiance des épargnants français. La baisse continue des taux, conjuguée à une inflation persistante, érode la confiance dans les produits d'épargne réglementés. Beaucoup se tournent vers l'assurance-vie et ses fonds euros, ou explorent des alternatives plus risquées mais potentiellement plus rémunératrices.

Cette tendance pourrait s'accentuer si la BCE poursuit sa politique de taux élevés. Mais elle pourrait aussi s'inverser si l'inflation ralentit et que les taux directeurs baissent à nouveau. Dans ce cas, le Livret A, avec son taux fixé par les pouvoirs publics, retrouverait un avantage comparatif.

Le poids des décisions publiques

Le taux du Livret A est fixé par les pouvoirs publics, qui le révisent périodiquement en fonction de l'inflation et des conditions économiques. Cette spécificité française signifie que les épargnants sont tributaires des choix politiques. Une situation qui peut créer de l'incertitude, mais qui garantit aussi une certaine stabilité.

Perspectives : vers une recomposition de l'épargne populaire ?

À court terme, le Livret A devrait continuer à attirer l'épargne de précaution, grâce à sa liquidité et sa sécurité. Mais sa part dans le patrimoine des Français pourrait diminuer au profit du LEP, dont le plafond pourrait être relevé, et des supports plus diversifiés. Les pouvoirs publics pourraient être tentés de revaloriser le taux du Livret A pour freiner cette érosion, mais l'équation budgétaire est complexe.

Une chose est sûre : le Livret A n'est plus le placement miracle qu'il a pu être. Les épargnants doivent désormais arbitrer entre sécurité, liquidité et rendement, en gardant à l'esprit que la fiscalité et les frais peuvent réduire à néant les avantages apparents de certains produits. Dans ce contexte, le LEP apparaît comme une alternative séduisante pour les ménages modestes, à condition d'en connaître les conditions d'accès.

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