Alain Minc, « dernier marxiste français », alerte sur un capitalisme devenu fou

French businessman, political advisor and author Alain Minc is pictured during a photo session on February 22, 2017 in his office in Paris. / AFP /...

Alain Minc, invité de « C Ce Soir », dénonce un capitalisme devenu fou

L'économiste et essayiste Alain Minc était l'invité de l'émission C Ce Soir sur France Télévisions, mardi 22 septembre 2026. Il y a présenté son nouveau livre, Un capitalisme devenu fou, co-écrit avec un autre auteur, dans lequel il critique les excès du monde financier. « Je suis le dernier marxiste français », a-t-il déclaré, provoquant la surprise. Mais il précise aussitôt : son objectif n'est pas de mettre à bas le capitalisme, mais de le sauver « de ses propres dérives ».

Selon lui, le capitalisme contemporain s'est emballé, porté par une finance déconnectée de l'économie réelle. Il plaide pour une régulation forte, sans pour autant basculer dans une économie planifiée. Cette position, qu'il qualifie lui-même de paradoxale, vise à interpeller l'opinion sur les dangers d'un système qui, à force de dérégulation, finit par s'auto-détruire.

Un diagnostic partagé par d'autres économistes

Sur le même plateau, l'économiste Lucas Chancel a renchéri : « Ceux qui ne possèdent pas le capital n'ont que l'aliénation. » Il observe une résistance croissante de la société face aux dérives du capitalisme. Pour Chancel, les inégalités extrêmes et la concentration des richesses alimentent une contestation qui pourrait devenir incontrôlable. Ce constat rejoint les analyses de Thomas Piketty ou Joseph Stiglitz, qui appellent à un contrôle accru des flux financiers et à une meilleure redistribution.

Budget 2027 : Alain Minc alerte sur un « grave dérapage »

Quelques jours plus tôt, Alain Minc s'était déjà illustré sur le terrain budgétaire. Dimanche 20 septembre, sur BFMTV, il a commenté les avertissements d'Amélie de Montchalin, première présidente de la Cour des comptes. Celle-ci avait tiré la sonnette d'alarme sur l'envolée des intérêts de la dette, qui devraient atteindre 100 milliards d'euros en 2027, et sur une « asphyxie financière » menaçant la France.

Alain Minc a jugé que Mme de Montchalin avait « toute la légitimité » pour s'exprimer, rappelant qu'elle avait « mené le débat budgétaire apocalyptique avec sang-froid et professionnalisme ». Il a confirmé ses craintes : « On est aujourd'hui au bord du grave dérapage. » Pour lui, la situation actuelle est « le moment le plus déterminant de la Ve République ».

Des critiques contre les promesses d'économies du RN

L'essayiste n'a pas épargné le Rassemblement national. Il a raillé les « 125 milliards d'économies » promis par Marine Le Pen, les qualifiant de « poudre de Perlimpinpin ». Il pointe du doigt des mesures irréalistes, comme la réduction drastique de l'immigration ou de la contribution française à l'Union européenne, qui ne suffiraient pas à combler le déficit. Selon lui, les vraies questions portent sur l'âge de départ à la retraite, la durée du travail, la fin des 39 heures ou encore l'équité fiscale.

Une voix critique dans le débat public

Alain Minc, ancien banquier d'affaires et conseiller de plusieurs présidents, est un habitué des plateaux de télévision. Son positionnement, à la fois libéral et critique du capitalisme débridé, lui confère une place singulière dans le paysage intellectuel français. Il se définit comme un « marxiste » hétérodoxe, non pas au sens d'une adhésion au communisme, mais dans sa volonté de dénoncer les contradictions du système.

Son livre Un capitalisme devenu fou s'inscrit dans un contexte de défiance croissante envers les marchés financiers, exacerbée par les crises successives (2008, Covid, inflation). La France, comme d'autres pays européens, fait face à un endettement record et à une pression fiscale élevée. Les appels à une refonte du modèle économique se multiplient, à droite comme à gauche.

Un débat qui dépasse les clivages traditionnels

Les propos d'Alain Minc illustrent une tendance de fond : la critique du capitalisme n'est plus l'apanage de la gauche radicale. Des figures issues de la droite libérale ou du centre s'inquiètent des excès du système et plaident pour des correctifs. Cette convergence pourrait ouvrir la voie à des réformes ambitieuses, mais elle se heurte aux intérêts établis et aux divisions politiques.

Perspective : vers une régulation plus stricte ?

À l'approche du budget 2027, les débats sur la dette et la fiscalité vont s'intensifier. Les alertes d'Alain Minc et d'Amélie de Montchalin pourraient peser sur les choix du gouvernement. La question de la soutenabilité des finances publiques est centrale, alors que les taux d'intérêt remontent et que la croissance reste fragile.

Au-delà de la France, la critique du capitalisme financier alimente des mouvements politiques et sociaux à travers le monde. La proposition de Lucas Chancel et d'autres économistes de créer un Panel international sur les inégalités, sur le modèle du GIEC, témoigne de cette volonté de reprendre le contrôle. Si elle aboutissait, cette initiative pourrait imposer un cadre global de régulation et redistribuer les cartes.

En attendant, Alain Minc continue de semer le trouble dans le débat public. Sa formule provocatrice de « dernier marxiste français » vise à secouer les consciences. Reste à savoir si ses avertissements seront entendus au-delà des studios de télévision.


Sources : France Info, Capital.fr, Ma Presse, Titres Presse.

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