Pénurie de carburants : 1 station sur 6 à sec, prix record et exode vers l'Andorre

Le deuxième Leclerc (Saint-Louis) de Carrières-sous-Poissy est presque désert et est en rupture de SP95-E5.

Pénurie de carburants : près d'une station sur six à sec ce lundi

La situation s'aggrave de jour en jour. Ce lundi 21 septembre au matin, 15,6 % des stations-service de l'Hexagone ne disposent plus ni d'essence ni de gazole, selon un calcul de Selectra à partir des données publiques de prix-carburants.gouv.fr. Cela représente 1 510 stations sur 9 679, et pour 996 d'entre elles (10,3 %), les deux carburants sont indisponibles. La veille, le ministère de l'Économie recensait 15 % de stations en difficulté, contre 13 % le 19 septembre et 11 % le 18. Une dégradation rapide qui touche désormais toutes les régions, ou presque.

Le Grand Est et les Pays de la Loire en première ligne

Le Grand Est est la région la plus affectée avec 20 % de stations en difficulté, devant les Pays de la Loire (17 %). La Corse reste épargnée. Au niveau départemental, la Mayenne (24,5 %), le Haut-Rhin (23,9 %), l'Indre-et-Loire (23,6 %), le Bas-Rhin (23,1 %) et l'Ille-et-Vilaine (23 %) affichent les taux les plus élevés. Le SP98 manque dans 17,1 % des stations, et le gazole, longtemps épargné, commence lui aussi à se raréfier. Des files d'attente se forment devant les pompes encore approvisionnées.

Le gouvernement se veut rassurant : « La France ne manque pas de carburant », répète l'exécutif, qui pointe un problème logistique entre les dépôts et les stations, aggravé par un écart de prix de 17 à 19 centimes par litre selon les enseignes. Mais pour les automobilistes, la réalité est toute autre.

Une flambée des prix historiques

La pénurie s'ajoute à une hausse des prix déjà insoutenable. Le litre de gazole atteint 2,40 euros dans l'Hexagone, un niveau record. Une situation qui pousse certains Français à traverser les frontières pour faire le plein. En Ariège, les automobilistes se rendent en masse en Andorre, où le gazole ne coûte que 1,66 euro le litre, soit 70 centimes de moins qu'en France. Sur un plein de 60 litres, l'économie atteint une quarantaine d'euros.

« C'est honteux, ça devient du racket », témoigne Marc, un retraité venu de Lavelanet. Coraline, assistante de vie à Pamiers, économise 37 euros par plein en se rendant au Pas de la Case. « Honte à la France de nous faire payer si cher. L'État se gave, ne veut pas réduire ses taxes et c'est à notre détriment », s'indigne-t-elle. La station Gasopas du Pas de la Case, forte de 42 pompes, voit affluer une clientèle majoritairement française.

Cette grogne s'inscrit dans un contexte de tensions fiscales plus large, alors que la question d'une taxe sur les carburants : 1 euro par litre alimente les débats. L'Allemagne a d'ailleurs annoncé une baisse de taxe sur les carburants avant deux élections importantes, accentuant la pression sur Paris.

Un contexte de crise énergétique persistante

La pénurie actuelle n'est pas un phénomène isolé. Depuis plusieurs mois, les tensions sur les approvisionnements énergétiques se multiplient en Europe, entre hausse de la demande, incidents techniques sur les raffineries et spéculation sur les marchés. Le gouvernement français assure « accompagner au mieux » ceux qui « souffrent », selon le ministre de l'Économie, mais les mesures d'urgence se font attendre.

Les stations en rupture sont définies par le ministère comme celles où au moins un type de carburant (essence ou gazole) est manquant. Si une catégorie reste disponible, la station n'est pas comptabilisée parmi les stations en difficulté. Un mode de calcul qui sous-estime sans doute l'ampleur du phénomène, alors que de nombreux automobilistes rapportent des difficultés pour trouver du SP95 ou du gazole.

Les départements les plus touchés

Quelles perspectives ?

À court terme, la situation pourrait encore se dégrader si les tensions logistiques persistent. Les files d'attente et les comportements de panique – certains automobilistes remplissent des jerricans – risquent d'aggraver les ruptures. Le gouvernement, qui exclut pour l'instant un rationnement, mise sur une amélioration rapide des approvisionnements. Mais l'écart de prix entre la France et ses voisins (Andorre, Allemagne, Luxembourg) continue d'alimenter un tourisme de la pompe qui prive le pays de recettes fiscales.

À plus long terme, cette crise pourrait accélérer la transition vers des alternatives : véhicules électriques, covoiturage, transports en commun. Elle pourrait aussi raviver les débats sur la fiscalité des carburants et la dépendance énergétique du pays. Une chose est sûre : pour les automobilistes, l'automne 2026 commence sous le signe de la galère et de la colère.

Commentaires