Le banquet du Canon français dans la tourmente : enquête judiciaire et menaces de mort
Le 8 mai 2026, l'affaire du Canon français s'est brusquement durcie. Alors que l'organisation fêtait son centième banquet à Caen (Calvados) le week-end dernier, le parquet a annoncé l'ouverture d'une enquête pour provocation à la haine raciale. Le ministre de l'Intérieur est sorti de son silence, tandis que les fondateurs de l'événement, Géraud de la Tour et Pierre-Alexandre de Boisse, dénoncent une campagne de harcèlement.
Présenté comme une fête de valorisation du terroir français, le Canon français rassemble plusieurs milliers de convives autour de cochons à la broche et de produits locaux. Mais depuis plusieurs mois, les accusations de débordements racistes et de dérives d'extrême droite se multiplient. Un reportage de France Inter affirme avoir filmé des gestes évoquant des saluts nazis et des propos racistes lors d'une édition précédente. Les organisateurs contestent fermement ces assertions et parlent de "fake news".
Sur RMC ce vendredi matin, les deux co-fondateurs ont confié recevoir des centaines de messages de menaces de mort. "On lit : 'On va vous brûler au lance-flammes', 'On va vous faire une Deranque'", a rapporté Pierre-Alexandre de Boisse, ajoutant que des fournisseurs et des artistes sont également ciblés. "Ça devient un champ de bataille politique alors que ce sont de simples fêtes", a-t-il plaidé, appelant au calme.
Un événement dans le viseur des politiques et de la justice
L'enquête pour provocation à la haine raciale
L'enquête ouverte par le parquet de Caen vise à déterminer si des propos tenus lors du banquet du 2 mai 2026 constituent une provocation à la haine raciale. Selon les premiers éléments, plusieurs convives auraient tenu des discours ouvertement identitaires et xénophobes, ce que les fondateurs démentent catégoriquement. "Notre charte est claire : nos événements sont apolitiques. Si de tels comportements avaient été constatés, les contrevenants auraient immédiatement été exclus", a assuré Géraud de la Tour au JDD.
Le ministre de l'Intérieur a brisé le silence via Twitter, condamnant "toute forme de haine et de racisme" et promettant que "la justice fera son travail". Il a également reçu une lettre ouverte des fondateurs dénonçant une "campagne de harcèlement" menée selon eux par des "groupuscules extrémistes" excités par des députés LFI, en particulier l'eurodéputée Emma Fourreau.
La polémique autour de l'actionnaire Pierre-Édouard Stérin
Un autre point chaud : l'entrée au capital du Canon français du milliardaire ultraconservateur Pierre-Édouard Stérin, via un fonds d'investissement. Les détracteurs de l'événement y voient une preuve de l'ancrage à l'extrême droite de la manifestation. Les fondateurs répondent qu'ils n'ont jamais rencontré Stérin et que l'investisseur ne dispose d'aucun droit de vote ou d'ingérence. "Si des investisseurs veulent racheter ses parts, qu'ils discutent avec lui, on est ouvert", ont-ils lancé sur RMC.
Cette polémique fait écho à d'autres controverses autour d'événements festifs identitaires. Le recteur de la Grande Mosquée de Paris, Chems-Eddine Hafiz, a récemment critiqué l'exclusion implicite des musulmans dans les banquets autour du porc, une critique relayée par plusieurs médias. Pour rappel, la question de l'apologie du porc comme symbole identitaire avait déjà enflammé le débat en avril dernier (Canon français : Chems-Eddine Hafiz dénonce l'exclusion par le porc, la polémique enfle).
Un débat qui dépasse la simple fête de village
La maire de Quimper insultée après un refus
La pression politique se fait sentir jusqu'en Bretagne. La maire de Quimper, qui a refusé d'accueillir un banquet du Canon français, a été insultée sur les réseaux sociaux. Cet épisode illustre la polarisation autour de l'événement : d'un côté, ses partisans y voient une fête populaire et apolitique ; de l'autre, ses opposants le considèrent comme un vecteur de l'extrême droite identitaire.
La récupération politique et médiatique
Au-delà du banquet lui-même, c'est toute une frange de la société française qui se retrouve sous les projecteurs. Le Canon français, avec ses cent événements et plus de 100 000 participants cumulés, est devenu un symbole. Un symbole que certains veulent voir comme le terreau d'une nouvelle droite populaire, tandis que d'autres le réduisent à un rassemblement xénophobe.
Les fondateurs du Canon français, eux, persistent : ils ne sont pas responsables des interprétations politiques de leurs convives et appellent à un retour au calme. Mais à l'approche de la présidentielle de 2027, ce type de rassemblement pourrait bien devenir un enjeu électoral. Des figures comme Natacha Polony, dont une candidature à l'Élysée est jugée "de plus en plus sérieuse", ou Philippe de Villiers, régulièrement associé à des polémiques identitaires, illustrent cette tentation de mêler tradition et patriotisme (Natacha Polony : une candidature à la présidentielle 2027 de plus en plus sérieuse).
En attendant, le Canon français se déchire entre son rêve de fête apolitique et la réalité d'un paysage politique fracturé. L'enquête judiciaire et les menaces de mort qui pèsent sur ses organisateurs montrent que, désormais, il est impossible de dissocier le cochon à la broche du climat politique du moment.
Et demain ?
Les prochains banquets, prévus dans plusieurs villes, seront scrutés de près par les médias et les autorités. Les fondateurs promettent de maintenir le cap, mais avouent avoir peur de voir la violence dégénérer. "On a peur que ça commence à exciter d'autres groupuscules en face, ça nous panique", ont-ils confié. Un appel au calme qui, dans le bruit assourdissant des polémiques, pourrait bien ne pas être entendu.
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