Le recteur de la Grande Mosquée de Paris s'attaque aux banquets du Canon français
Dans une vidéo publiée le 29 avril 2026, Chems-Eddine Hafiz, recteur de la Grande Mosquée de Paris, a vivement critiqué les banquets organisés par le collectif Canon français. Il déplore que ces événements, qui rassemblent plusieurs milliers de convives autour d'un cochon à la broche, excluent symboliquement une partie de la population, notamment les musulmans et les juifs. Ses propos, relayés par Le Figaro, ont rapidement déclenché une polémique.
« Il y a une différence entre une communauté qui se rend visible parce qu'elle a souvent été invisible, et une communauté qui se rend visible pour rappeler aux autres qu'ici, en France, ils ne sont pas chez eux », a notamment déclaré Chems-Eddine Hafiz. Il s'interroge sur la nature de ces rassemblements, présentés comme une célébration des valeurs françaises, mais qui selon lui, véhiculent un message d'exclusion.
Des réactions politiques immédiates et tranchées
Les propos du recteur n'ont pas tardé à susciter des réactions, notamment de la part d'élus locaux. Gilles Platret, le maire divers droite de Chalon-sur-Saône, a vertement répondu sur Sud Radio, annonçant que sa ville accueillerait prochainement un banquet du Canon français. Il a accusé Chems-Eddine Hafiz de « franchir un pas très dangereux » et « d'accentuer une logique séparatiste ». Selon lui, le recteur « est très lié au régime algérien » et ses propos sont « de nature à accélérer le processus d'affrontement communautaire ».
Marion Maréchal, eurodéputée et patronne du parti Identité-Libertés, a également réagi avec virulence. « Le recteur de la Grande Mosquée de Paris s'indigne que l'on mange du porc dans les banquets. Ici, nous mangeons du cochon sous toutes ses formes », a-t-elle lancé, rappelant les traditions culinaires françaises.
Contexte : un événement déjà sous le feu des critiques
Le Canon français, fondé il y a quatre ans par Géraud de la Tour et soutenu par Pierre-Édouard Stérin, organise des banquets autour de la gastronomie du terroir, avec le porc comme pièce maîtresse. Ces événements sont régulièrement accusés par une partie de la gauche et par la France insoumise de faire le jeu de la droite identitaire, après plusieurs dérapages jugés racistes. Pour autant, les organisateurs se défendent de toute politisation.
« On commence à en avoir marre de cette politisation. Nos évènements ne sont pas politisés et n'ont pas vocation à être le terrain d'affrontement des extrêmes. On veut juste qu'on nous foute la paix ! », a assuré Géraud de la Tour au Figaro. Malgré ces dénégations, la polémique actuelle, portée par une figure religieuse de premier plan, relance le débat sur la place de la laïcité et des traditions dans l'espace public français.
Un recteur aux positions tranchées sur les questions religieuses et sociétales
Chems-Eddine Hafiz, avocat de formation et recteur de la Grande Mosquée de Paris depuis 2020, n'en est pas à son premier fait d'armes. Il s'est déjà illustré par des prises de position fortes sur des sujets touchant à l'islam de France et aux relations franco-algériennes. Sa critique du Canon français s'inscrit dans une démarche de défense des minorités religieuses, mais ses détracteurs y voient une ingérence dans les traditions culinaires et culturelles françaises. Certains rappellent également son implication dans la certification de produits halal exportés vers l'Algérie, ce qui, selon eux, témoignerait d'une proximité avec le régime algérien.
Perspective : au-delà du porc, une question de société
Cette polémique dépasse largement le simple cadre d'un banquet. Elle interroge la France sur sa capacité à concilier traditions régionales et diversité culturelle et religieuse. Le choix du porc, viande interdite par l'islam et le judaïsme, comme élément central d'un rassemblement se revendiquant des « valeurs françaises », est perçu par certains comme un symbole d'exclusion. D'autres y voient au contraire une défense légitime d'un patrimoine gastronomique et d'un mode de vie.
Ce débat fait écho à d'autres tensions autour de la laïcité et de l'identité nationale, qui traversent la société française. Alors que le pays s'interroge sur son modèle d'intégration et sur la place des communautés, ce type d'incidents risque de se multiplier. Les banquets du Canon français, loin de se calmer, semblent promis à devenir un nouveau symbole des clivages qui animent le débat public.
Pour rappel, d'autres sujets d'actualité résonnent avec ces questions d’identité et de mémoire, comme les réflexions soulevées par les 25 ans de la loi Taubira ou les débats autour de la laïcité dans les outre-mer à l'image de la crise en Guyane. Autant de dossiers qui montrent que la France est toujours en travail sur son unité et sa diversité.
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