Une candidature qui prend forme
Invitée sur le plateau des Grandes Gueules ce lundi 4 mai, Natacha Polony a ravivé les spéculations sur son avenir politique. Alors qu'elle venait présenter son dernier ouvrage, La France corps et âme (paru le 7 mai), l'éditorialiste et directrice de la revue L'Audace n'a pas fermé la porte à une candidature à l'élection présidentielle de 2027. Interrogée par les chroniqueurs de RMC Story, elle a reconnu que la question lui était posée « de plus en plus souvent », en particulier lors de ses déplacements à travers la France. « Je suis frappée parce qu'on m'en parle », a-t-elle confié, ajoutant que de « plus en plus de gens » l'encouragent à se lancer.
« Ce n'est pas un jeu, ce n'est pas un hobby, ce n'est pas une plaisanterie », a-t-elle insisté, tout en mesurant le poids d'un tel engagement : « C'est une responsabilité absolument gigantesque et pour y avoir réfléchi depuis des années, je sais ce que ça signifie. » Face à ce qu'elle décrit comme un « niveau global des candidats » insuffisant, Polony estime avoir « une cohérence » que la vie politique française actuelle « manque ». Elle prône un « récit, une architecture » pour répondre aux attentes des Français.
Un contexte politique marqué par la candidature Mélenchon
Cette sortie médiatique intervient quelques jours seulement après l'annonce officielle de la candidature de Jean-Luc Mélenchon à la présidentielle de 2027, officialisée le dimanche 3 mai lors du JT de 20H de TF1. Natacha Polony, qui ne mâche pas ses mots sur le leader insoumis, estime qu'il n'y avait « aucun suspens » : « Vous avez vu l'évolution de la vie politique ces dernières années, je pense que les Français savaient très bien que Jean-Luc Mélenchon serait candidat puisqu'il a une manière de faire qui est assez simple. »
La gauche non-mélenchoniste en pleine crise
Parallèlement, la gauche non-mélenchoniste peine à s'organiser. Écologistes et socialistes, réunis en meeting mardi soir à la Bellevilloise à Paris, plaident toujours pour l'organisation d'une primaire, mais l'espoir semble s'effriter. « L'union a du plomb dans l'aile », a déploré Clémentine Autain, tandis que Marine Tondelier fustigeait « le spectacle donné par quelques mégalomaniaques de notre politique ». Un responsable de gauche résume : « 2027 sera un mauvais moment à passer. »
Cette division profite indirectement à des figures plus atypiques, comme Natacha Polony, qui capitalise sur ce vide politique. Son profil d'éditorialiste, passée par Le Figaro et régulière sur les plateaux de CNews, la place dans la mouvance conservatrice, aux côtés d'autres figures comme Eugénie Bastié, récemment recrutée par France 2 pour animer l'émission L'Heure de Vérité lors de la campagne présidentielle. Un rapprochement médiatique qui n'est pas passé inaperçu.
Un paysage médiatique qui se recompose
Cette éventuelle candidature illustre une tendance plus large : la porosité entre le monde médiatique et la vie politique. Natacha Polony, qui officie sur CNews, proche de l'empire Bolloré, pourrait incarner une candidature dite « souverainiste », se posant en alternative à la fois à Emmanuel Macron et à Jean-Luc Mélenchon. Elle rejoint ainsi un mouvement où des figures issues des médias — comme Éric Zemmour en 2022 — tentent de capitaliser sur leur notoriété et leur ligne éditoriale pour s'imposer dans le débat public.
« Des gens de tout milieu social et origine me posent la question et me disent de m'engager », assure Polony. Mais elle reste prudente : « Ce n'est pas une question d'envie, ce n'est pas un plaisir. » À un an de l'échéance, le flou reste savamment entretenu. La journaliste s'inscrit dans une dynamique où, comme l'a souligné Philippe de Villiers lors de son absence remarquée sur CNews, les figures médiatiques conservatrices cherchent à peser sur l'agenda politique.
Une campagne qui s'annonce fragmentée
Au-delà du cas Polony, les prochains mois s'annoncent décisifs pour façonner l'offre politique de 2027. Avec une gauche fragmentée, une possible candidature de Raphaël Glucksmann, et d'autres figures comme Jean-Luc Mélenchon déjà ancrés, l'espace pour un candidat « hors système » semble réel. Natacha Polony, si elle se lance, pourrait capter un électorat déçu, en quête de cohérence intellectuelle et de rupture avec les partis traditionnels.
Mais le chemin est semé d'embûches : l'éditorialiste devra convaincre au-delà de son cercle médiatique, rassembler des soutiens politiques et financiers, et surtout clarifier son projet. « J'ai trop vu la déception des gens face à des slogans, des discours que je trouve insupportables », dit-elle. Une critique acerbe du système, qui pourrait séduire, mais qui devra se traduire en propositions concrètes.
À un an du premier tour, la présidentielle 2027 prend déjà des allures de feuilleton, où les médias et la politique s'entremêlent comme jamais. Natacha Polony, en semant le doute, s'assure une place dans le débat, mais sa décision finale reste à écrire.
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