Affaire Nahel : la Cour de cassation rouvre la voie à un procès pour meurtre

Affaire Nahel : un rebondissement qui change tout pour le policier mis en cause

La chambre criminelle casse l'arrêt de la cour d'appel de Versailles

Le 12 juin 2026, la Cour de cassation a pris une décision majeure dans l'affaire Nahel Merzouk, trois ans après le drame. La chambre criminelle a annulé l'arrêt rendu le 5 mars 2026 par la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles, qui avait requalifié les faits reprochés au policier Florian M. de « meurtre » en « violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Cette requalification envoyait le fonctionnaire devant la cour criminelle départementale des Hauts-de-Seine, une juridiction composée uniquement de magistrats professionnels, sans jury populaire.

Les juges du Quai de l'Horloge ont estimé que la cour d'appel n'avait pas suffisamment justifié sa décision, alors même qu'elle avait constaté que le policier « a fait volontairement usage de son arme à feu de calibre 9 mm, à une courte distance de la victime, visée dans une zone considérée comme vitale » et qu'il « avait nécessairement conscience du risque létal de son acte ». L'affaire est renvoyée devant la chambre de l'instruction de la cour d'appel de Versailles, qui devra statuer à nouveau, avec une composition différente.

Un feuilleton judiciaire de presque trois ans

Le 27 juin 2023, Nahel Merzouk, 17 ans, est tué d'une balle à bout portant par un policier lors d'un refus d'obtempérer à Nanterre (Hauts-de-Seine). L'adolescent, au volant d'une voiture sans permis, avait manqué de renverser des piétons et cyclistes dans une course-poursuite. La mort de Nahel déclenche alors les émeutes les plus violentes en France depuis Mai-68.

L'enquête est longue, et la qualification juridique des faits cristallise les tensions. En mars 2026, la cour d'appel de Versailles écarte l'intention homicide et renvoie le policier devant la cour criminelle départementale pour « violences volontaires ayant entraîné la mort sans intention de la donner ». Cette décision est contestée par toutes les parties : le policier, le parquet général et les parties civiles se pourvoient en cassation.

Le 10 juin, la Cour de cassation examine le dossier. L'avocat général plaide le rejet des pourvois, arguant que le policier agissait dans un cadre réglementaire. Mais la chambre criminelle ne le suit pas et censure l'arrêt pour défaut de motivation, sans trancher le fond de l'affaire ni se prononcer sur le cadre légal de l'usage des armes.

Cour criminelle départementale ou cour d'assises : un enjeu symbolique et procédural

Derrière ce débat juridique se joue une question cruciale : quelle juridiction jugera le policier ? La cour criminelle départementale, composée uniquement de magistrats professionnels, est souvent perçue comme moins solennelle et moins sévère que la cour d'assises, qui réunit des jurés populaires tirés au sort. Pour les parties civiles et une partie de l'opinion, renvoyer l'affaire devant une cour criminelle départementale revient à minimiser la gravité des faits.

La décision de la Cour de cassation ne préjuge pas de la qualification finale. La chambre de l'instruction de Versailles conserve sa liberté d'appréciation. Toutefois, en énumérant les éléments qui rendent l'écartement de l'intention homicide difficilement justifiable, les Sages réduisent considérablement la marge de manœuvre des juges d'appel. Un procès pour meurtre devant une cour d'assises semble aujourd'hui l'hypothèse la plus probable.

Le système judiciaire sous pression : témoignage de l'affaire Lyhanna

Cette affaire s'inscrit dans un contexte plus large de remise en question de l'efficacité de la justice face aux violences et aux crimes. Alors que l'affaire Nahel rebondit, un autre drame secoue la France : la mort de Lyhanna, qui a relancé l'appel à une loi dite « intégrale » contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, portée par la députée socialiste Céline Thiébault-Martinez.

L'élue de Seine-et-Marne rappelle des chiffres accablants : « Toutes les trois minutes, un enfant est victime de violences sexuelles », et « seuls 1% des viols et 1% des incestes aboutissent à une condamnation ». Pour elle, la réponse judiciaire est « morcelée, lente et insuffisante ». Le garde des Sceaux, Gérald Darmanin, a lui-même annoncé vouloir revisiter les 70.000 plaintes concernant des mineurs victimes de délits ou de crimes sexuels, signe d'un engorgement systémique.

Dans un registre similaire, la proposition de créer un fichier public des pédocriminels, défendue par Sarah Knafo, divise : Sarah Knafo veut un fichier public des pédocriminels : le débat qui divise. Et l'affaire Lyhanna continue de faire des vagues dans le monde politique : Affaire Lyhanna : Alain Duhamel réclame la démission de Gérald Darmanin.

Perspectives : vers une refonte de la justice criminelle ?

L'affaire Nahel cristallise plusieurs enjeux : la question de l'usage des armes par les forces de l'ordre, celle de la place du jury populaire dans les procès criminels, et plus largement celle de la confiance des citoyens dans l'institution judiciaire. La décision de la Cour de cassation, en rouvrant la voie à un procès pour meurtre, contribue à apaiser les tensions tout en renvoyant la balle dans le camp des juges d'appel.

Le procès, un temps espéré pour 2026, est désormais repoussé de plusieurs mois. La nouvelle chambre de l'instruction de Versailles devra statuer, sans doute avant la fin de l'année. La suite pourrait avoir des répercussions bien au-delà de ce seul dossier, alors que les appels à une réforme de la justice et des procédures se multiplient. Le cas de Lyhanna, comme celui de Nahel, montre que derrière chaque affaire judiciaire se cache une interrogation plus large sur la capacité de l'État à protéger et à juger.

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