Zalando Erfurt : le sort de 2 100 salariés entre les mains d’un médiateur
Alors que l’horizon se referme sur le centre logistique de Zalando à Erfurt, un processus de médiation formel a débuté ce mardi 23 juin. L’Einigungsstelle – une instance de conciliation présidée par un ancien juge du travail – tient ses premières réunions pour tenter de trouver un compromis entre la direction du géant de la mode en ligne et le comité d’entreprise. Derrière la table des négociations, l’enjeu est colossal : un plan social pour les 2 100 employés du site, dont la fermeture est prévue pour le 30 septembre 2026.
Les positions restent très éloignées. Côté salariés, on réclame un fonds de 100 millions d’euros pour financer indemnités, reclassements et formations. Côté direction, l’offre plafonne à 30 millions. Après l’échec des discussions directes le week-end dernier, c’est désormais ce tiers neutre qui doit trancher. Quatre séances sont programmées, la dernière étant fixée au 9 juillet.
Les points de blocage : argent, avenir et reconnaissance
Au-delà du montant global, c’est la philosophie du plan social qui divise. La ministre du Travail de Thuringe, Katharina Schenk (SPD), a vivement critiqué la stratégie de Zalando : « l’entreprise investit des millions dans le sponsoring sportif tandis que ses salariés historiques attendent une reconnaissance de leurs années de loyauté ». Elle réclame des mesures de qualification professionnelle et pas seulement des chèques de départ.
De son côté, le président du groupe parlementaire de Die Linke, Christian Schaft, enfonce le clou : « Une société qui a racheté About You pour un milliard, dépensé 300 millions en rachat d’actions et signé des contrats de sponsoring mirobolants doit être capable de répondre aux attentes légitimes d’un vrai plan social ». Pour les élus locaux, la fermeture d’Erfurt est une double peine : un territoire déjà fragilisé perd son plus gros employeur logistique, tandis que l’image de la marque « made in Germany » s’en trouve écornée.
Une fermeture qui tranche avec la bonne santé boursière
Pendant que l’incertitude sociale monte en Thuringe, la Zalando SE (DE000ZAL1111) continue de séduire les investisseurs. L’action se maintient autour de 25 euros sur le Xetra, et les analystes restent majoritairement optimistes. RBC Capital Markets a récemment réitéré sa recommandation d’achat avec un objectif de cours de 28 euros, saluant les efforts d’efficacité et le potentiel du marché européen de la mode en ligne.
Cette dichotomie – un groupe au bilan solide qui ferme un site historique – nourrit la colère des syndicats. Pourtant, la direction justifie sa décision par des mutations structurelles : l’automatisation croissante des entrepôts, la concentration des flux logistiques sur des hubs plus récents et la nécessité de réduire les coûts fixes pour rester compétitif face à Shein ou Temu.
La logistique comme variable d’ajustement
Pour les 2 100 salariés, l’avenir est suspendu à la décision de l’Einigungsstelle. En cas d’échec, le dossier pourrait atterrir devant les prud’hommes, repoussant les échéances de plusieurs mois. Mais le temps presse : chaque journée sans accord fragilise un peu plus des familles entières, dans une région où le taux de chômage est déjà supérieur à la moyenne nationale.
Certains observateurs voient dans ce conflit un signal pour l’ensemble du secteur. Si un des fleurons du commerce en ligne allemand n’est pas capable d’accompagner socialement une restructuration, quel message cela envoie-t-il aux autres acteurs ? L’enjeu dépasse largement le périmètre d’Erfurt.
Perspectives : le précédent Vivantes et l’avenir du dialogue social
À quelques jours d’intervalle, deux géants berlinois ont offert un contraste saisissant. Alors que les négociations s’enlisent chez Zalando, le groupe hospitalier Vivantes est parvenu à un accord avec Verdi pour ses 2 200 salariés des services. La hausse progressive des salaires d’ici 2031, la réduction du temps de travail et les primes de poste forment un compromis jugé acceptable par les deux parties.
Cet exemple montre qu’un dialogue de qualité reste possible, même dans des secteurs sous pression. Il donne aussi du poids aux revendications des salariés d’Erfurt : ce qui a été obtenu dans la santé publique peut-il être ignoré dans la logistique privée ?
Alors que les regards se tournent vers le 9 juillet, date de la dernière réunion de la commission de conciliation, une issue positive n’est pas garantie. Mais une certitude demeure : l’issue de ce bras de fer façonnera durablement la perception de Zalando auprès du grand public, des pouvoirs publics… et de ses propres employés.
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