Kazakhstan : Tokaïev à Bruxelles pour un partenariat renforcé avec l'UE

Kazakhstan-UE : Tokaïev à Bruxelles pour un partenariat stratégique renforcé

Le président kazakh Kassym-Jomart Tokaïev est arrivé à Bruxelles ce mardi 23 juin 2026 pour une visite stratégique visant à approfondir les liens entre son pays et l'Union européenne. Alors que le monde est marqué par des tensions géopolitiques croissantes et une recomposition des chaînes d'approvisionnement, Astana veut se positionner comme un partenaire fiable au cœur de l'Eurasie.

Dans une tribune publiée lundi dans Euronews, Tokaïev a identifié trois objectifs clés pour ce nouveau chapitre de la coopération : renforcer la résilience, étendre la connectivité et créer de nouvelles opportunités pour les citoyens. « La géographie et la puissance font leur retour. La concurrence renaissante redessine rapidement les flux commerciaux, technologiques et d'investissement », écrit-il, appelant à dépasser les logiques de blocs rivaux.

Cette visite intervient alors que l'économie kazakhe affiche une croissance de 6,5 % en 2025, avec un PIB atteignant 306 milliards de dollars, et des projections à 360 milliards pour 2026 selon le FMI. Une dynamique qui renforce la crédibilité du pays comme pivot économique entre l'Europe et l'Asie.

Ambassadeur : « Nous avons fait beaucoup, mais nous pouvons faire bien plus »

Dans un entretien exclusif accordé à Euronews, l'ambassadeur du Kazakhstan auprès de l'UE, Roman Vassilenko, a résumé l'ambition de son pays : « Nous sommes au cœur de l'Eurasie. Nous sommes voisins de la Russie, de la Chine, mais nous souhaitons renforcer nos liens mutuellement bénéfiques avec l'Union européenne. » Il a souligné que les investissements européens au Kazakhstan atteignent déjà 210 milliards de dollars (environ 184 milliards d'euros), principalement dans le secteur énergétique.

Mais les plus grandes opportunités, selon Vassilenko, se trouvent ailleurs : transports et logistique, minerais critiques, intelligence artificielle, hydrogène vert, énergies renouvelables et finance. Le Kazakhstan produit 21 des 34 matières premières jugées stratégiques par l'UE dans le cadre de son Critical Raw Materials Act. Plutôt que de se contenter d'exporter ces ressources, Astana propose aux entreprises européennes d'investir dans leur transformation locale, en apportant technologies et savoir-faire.

Le Centre financier international d'Astana (AIFC) accueille déjà près de 5 800 entreprises du monde entier, signe de l'attractivité croissante du pays pour les affaires internationales.

Contexte : un partenariat déjà solide mais perfectible

Dix ans après l'accord de partenariat et de coopération renforcé (EPCA) signé en 2015 entre le Kazakhstan et l'UE, les relations bilatérales n'ont cessé de se développer. L'UE est aujourd'hui le premier partenaire commercial et investisseur du Kazakhstan. Des milliers d'entreprises européennes y opèrent avec succès, contribuant à la modernisation et à la diversification de l'économie locale.

Ce contexte favorable est pourtant mis à l'épreuve par un environnement mondial instable. Tokaïev lui-même note que « les vulnérabilités des chaînes d'approvisionnement mondiales sont nouvelles » et que « l'interdépendance commerciale et économique est désormais soumise aux considérations de sécurité nationale ». Dans ce cadre, le Kazakhstan entend jouer le rôle de connecteur, une position que sa situation géographique lui permet d'occuper naturellement.

Par ailleurs, un événement météorologique violent a frappé le pays ce week-end. Le 21 juin, des vents atteignant 30 mètres par seconde ont balayé la ville d'Aktobe, déracinant des arbres, arrachant des toitures et endommageant des structures publicitaires. Ces intempéries, bien que sans lien direct avec la visite présidentielle, rappellent la vulnérabilité de certaines régions face aux phénomènes climatiques extrêmes, un enjeu que le Kazakhstan doit aussi intégrer dans sa stratégie de résilience.

Perspective : un nouvel axe stratégique pour l'Europe et l'Asie centrale

La visite de Tokaïev à Bruxelles s'inscrit dans une tendance plus large de rapprochement entre l'Union européenne et les pays d'Asie centrale. Dans un monde fragmenté, le Kazakhstan cherche à diversifier ses partenariats au-delà de ses deux grands voisins, la Russie et la Chine. L'UE, de son côté, voit en Astana un fournisseur potentiel de minerais critiques indispensables à la transition énergétique et numérique, ainsi qu'une plateforme logistique pour les corridors commerciaux contournant les zones de tension.

Les secteurs de l'IA et des technologies vertes constituent également des axes de collaboration prometteurs. Alors que l'Europe cherche à réduire sa dépendance à l'égard de la Chine pour les technologies de pointe et les métaux rares, le Kazakhstan offre une alternative crédible, à condition de développer sa capacité de transformation locale.

Cette visite pourrait donc poser les jalons d'une relation plus équilibrée et plus ambitieuse, où le Kazakhstan ne serait plus seulement un fournisseur de matières premières, mais un véritable partenaire industriel et technologique. Reste à savoir si les annonces concrètes suivront les déclarations d'intention. Les discussions en cours à Bruxelles devraient permettre de préciser les contours de ce « prochain chapitre » évoqué par le président kazakh.

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