Prime d'activité : vers un gel en 2027, 4,5 millions de bénéficiaires inquiets

La prime d’activité est destinée à compléter les revenus du travail des ménages modestes ( crédit photo : GaudiLab/Shutterstock / GaudiLab )

Budget 2027 : la prime d'activité ne sera pas indexée sur l'inflation

C'est une annonce qui risque de faire des vagues. Invité de LCI ce jeudi 24 septembre, le ministre du Travail Jean-Pierre Farandou a confirmé que la prime d'activité ne bénéficierait pas d'une indexation sur l'inflation dans le cadre du projet de loi de finances pour 2027. Une décision qui concerne directement 4,5 millions d'allocataires, pour un coût total de 10,7 milliards d'euros en 2024.

« Si nous avons dit que nous garantissons l'indexation à 100 % sur le RSA, l'allocation aux adultes handicapés et le minimum vieillesse, c'est donc que ce n'est pas 100 % pour les autres », a déclaré l'ancien PDG de la SNCF, précisant que la prime d'activité pourrait être « gelée » ou « partiellement gelée ». Une façon de dire que l'aide ne suivra pas la hausse des prix, contrairement à d'autres minima sociaux.

Une décision qui dépendra du débat parlementaire

Le ministre a toutefois laissé une porte entrouverte. « Cela dépendra du débat parlementaire », a-t-il poursuivi. « Cela pourra être une variable d'ajustement par rapport à la clôture du budget, comme nous le faisons par décret. Nous allons voir comment le budget avance, et nous verrons jusqu'où il faut aller dans le gel ou le gel partiel de la prime d'activité. »

En clair, le gouvernement cherche à économiser sur ce poste de dépenses, mais laisse au Parlement le soin de trancher l'ampleur exacte du tour de vis. Une revalorisation n'est donc pas totalement exclue, mais elle serait nécessairement inférieure à l'inflation, estimée à plus de 2 % pour 2026 selon les prévisions officielles.

Un coup de pouce essentiel pour les travailleurs modestes

La prime d'activité est un complément de revenu mensuel versé par les caisses d'allocations familiales (CAF) ou la Mutualité sociale agricole (MSA). Elle s'adresse aux travailleurs modestes, salariés, fonctionnaires ou indépendants, dès 18 ans, sous conditions de ressources. Son montant forfaitaire de base est de 638,28 € pour une personne seule, mais il varie selon la situation familiale et les revenus du foyer.

Qui est concerné ?

Pour en bénéficier, il faut être domicilié fiscalement en France et percevoir des revenus d'activité modestes. Le calcul prend en compte les revenus nets, les pensions alimentaires, les prestations sociales et les autres revenus imposables. La prime exceptionnelle de pouvoir d'achat, dite « prime Macron », n'est pas incluse dans ce calcul.

Avec 4,5 millions de bénéficiaires, la prime d'activité constitue un soutien majeur pour les ménages dont les salaires ne suffisent pas à couvrir leurs besoins. Son non-indexation reviendrait à une perte de pouvoir d'achat pour ces foyers, à un moment où l'inflation reste supérieure à 2 %.

Un précédent : la revalorisation de 0,8 % en avril 2026

L'an dernier, l'indexation de cette prime avait déjà été un point de négociation. Elle avait finalement été revalorisée de 0,8 % au 1ᵉʳ avril 2026, dans le cadre d'un compromis entre l'exécutif et le Parti socialiste. Ce taux, inférieur à l'inflation, avait déjà été critiqué par les associations de défense des consommateurs.

Un contexte budgétaire sous tension

Cette annonce intervient dans un contexte de rigueur budgétaire accrue. Le gouvernement cherche à réduire les dépenses publiques avant l'élection présidentielle de 2027. Le budget 2027, dernier examen périlleux avant le scrutin, est marqué par des arbitrages difficiles.

Les autres aides épargnées

Le RSA, l'allocation aux adultes handicapés (AAH) et le minimum vieillesse seront, eux, indexés sur l'inflation à 100 %. Une décision qui vise à protéger les publics les plus vulnérables, mais qui laisse de côté les travailleurs modestes beneficiant de la prime d'activité. Une distinction qui pourrait être mal perçue par les intéressés.

Un coût de 10,7 milliards d'euros

Avec un coût de 10,7 milliards d'euros en 2024, la prime d'activité représente un poste de dépenses important pour les finances publiques. Ne pas l'indexer sur l'inflation permettrait à l'État d'économiser plusieurs centaines de millions d'euros, voire plus d'un milliard selon l'ampleur du gel. Un argument que ne manqueront pas de mettre en avant les partisans de la rigueur.

Mais cette économie se ferait au détriment du pouvoir d'achat des ménages modestes, qui verraient leur complément de salaire stagner alors que les prix continuent d'augmenter. Un choix politique qui pourrait avoir des conséquences électorales à quelques mois de la présidentielle.

Quelles conséquences pour les bénéficiaires ?

Si le gel est confirmé, les 4,5 millions de bénéficiaires devront faire face à une baisse de leur pouvoir d'achat. La prime d'activité, qui s'ajoute aux revenus du travail, est souvent utilisée pour couvrir des dépenses courantes : loyer, alimentation, transport. Sa stagnation, dans un contexte inflationniste, signifie une perte réelle de ressources.

Une variable d'ajustement budgétaire

Le ministre l'a clairement indiqué : la prime d'activité servira de « variable d'ajustement » en fonction de l'évolution du débat parlementaire. Une manière de dire que son sort n'est pas définitivement scellé, mais que les arbitrages finaux dépendront des équilibres politiques. Les parlementaires, notamment ceux de la majorité, pourraient être tentés de corriger le tir pour éviter une colère sociale.

Un sujet qui pourrait s'inviter dans la campagne présidentielle

À moins d'un an de l'élection présidentielle, la question du pouvoir d'achat est au cœur des préoccupations des Français. Le gel de la prime d'activité pourrait devenir un thème de campagne, les oppositions ne manquant pas de pointer du doigt une mesure injuste pour les travailleurs modestes. À droite comme à gauche, les critiques devraient fuser.

Vers une revalorisation partielle ?

Le scénario le plus probable reste celui d'une revalorisation partielle, inférieure à l'inflation. Le gouvernement pourrait accorder un coup de pouce symbolique, tout en réalisant des économies substantielles. Une solution médiane qui permettrait de limiter la casse politique tout en respectant les contraintes budgétaires.

Les syndicats et associations en embuscade

Les organisations syndicales et les associations de défense des consommateurs devraient monter au créneau. Pour elles, geler la prime d'activité revient à pénaliser les travailleurs pauvres, ceux qui occupent des emplois peu rémunérés et qui comptent sur ce complément pour joindre les deux bouts. Un argument difficile à contrer sur le plan moral.

Un débat qui ne fait que commencer

Le débat parlementaire sur le budget 2027 s'annonce houleux. Entre les partisans de la rigueur et ceux qui plaident pour la protection du pouvoir d'achat, les discussions seront âpres. La prime d'activité sera l'un des points de tension. Son sort dépendra in fine des rapports de force politiques et de la capacité du gouvernement à faire passer son texte.

Une chose est sûre : les 4,5 millions de bénéficiaires suivront de près l'évolution du dossier. Pour eux, chaque euro compte.

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