Présidentielle 2027 : Vallaud, Glucksmann et Jadot lancent une initiative pour unir la gauche sans LFI ni primaire

Présidentielle : ceux qui pensent déjà à... 2027

Une quarantaine d'élus de gauche se mobilisent autour d'un manifeste commun

C'est une initiative qui bouscule le calendrier politique de la gauche. Le 18 avril 2026, une quarantaine d'élus et responsables politiques issus du Parti socialiste, des écologistes et de Place publique ont co-signé une tribune appelant à « construire » un « projet crédible et mobilisateur » en vue de l'élection présidentielle de 2027. Parmi les figures de proue de ce mouvement : Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale, le sénateur écologiste Yannick Jadot, et l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, fer de lance de Place publique.

Publié sur un site dédié baptisé « construire2027 » et relayé par plusieurs grands titres de la presse régionale — Ouest-France, La Dépêche, Sud-Ouest, Le Télégramme ou encore le groupe Ebra —, le texte s'alarme d'une « percée inédite de l'extrême droite » aux récentes élections municipales. Ses signataires y dressent un constat sévère : la gauche et les écologistes « reculent dramatiquement dans les territoires ruraux et péri-urbains », tandis que « des pans entiers de nos élites se résignent et se préparent à la bascule annoncée de la France dans le camp trumpiste et poutiniste ».

Un plan en trois étapes pour désigner un candidat d'ici l'été

Concrètement, les initiateurs de ce mouvement proposent une feuille de route structurée en trois étapes, dont l'objectif final est la désignation d'un candidat commun à la présidentielle avant la fin de l'été 2026. La démarche se veut ancrée dans les territoires et ouverte aux sympathisants de gauche, qui sont invités à signer le manifeste en ligne. « Notre objectif est bien d'unir la gauche, dans toute sa diversité politique et géographique, pour être ancré dans la vie des gens », a précisé Boris Vallaud à Ouest-France.

Parallèlement, Vallaud a également commencé à alimenter le débat d'idées au sein du PS, notamment autour du concept de « démarchandisation », une piste programmatique destinée à poser les jalons d'un projet de gouvernement cohérent pour 2027.

Une initiative qui court-circuite la primaire et exclut La France Insoumise

Ce qui distingue clairement « Construire 2027 » des autres dynamiques en cours à gauche, c'est son double positionnement : contre la primaire ouverte prônée par certains courants du PS et des Écologistes, et sans La France Insoumise. L'initiative se positionne ainsi comme une « troisième voie », à mi-chemin entre l'union populaire façon Mélenchon et l'éparpillement des candidatures individuelles.

Parmi les signataires figurent plusieurs figures connues pour leur opposition interne au premier secrétaire du PS Olivier Faure : Carole Delga, présidente de la région Occitanie, et Nicolas Mayer-Rossignol, maire de Rouen, ont notamment apposé leur signature, aux côtés du président des sénateurs socialistes Patrick Kanner. Cette configuration souligne que la tribune transcende les clivages internes au PS, tout en restant fermement ancrée dans un périmètre excluant LFI.

Un contexte de divisions internes préoccupant

Le timing de cette initiative n'est pas anodin. La primaire initialement envisagée entre le PS, les Écologistes et le mouvement « L'Après » — issu de dissidents de LFI — semble de plus en plus compromise, fragilisée par des divisions internes profondes au sein des partis concernés. Dans ce contexte de blocage, le trio Vallaud-Glucksmann-Jadot tente de reprendre la main en proposant un cadre alternatif, plus souple et moins institutionnalisé.

La gauche, toutes tendances confondues hors LFI, plafonne selon leurs propres estimations à moins de 30 % des intentions de vote, avec le spectre d'une troisième élimination consécutive au premier tour de la présidentielle. L'urgence ressentie par ces élus est donc réelle : « Nous ne nous résignons pas à la victoire du Rassemblement national en 2027. Nous voulons gagner maintenant », affirment-ils dans leur texte.

Ce que cette initiative change pour la gauche et pour 2027

Au-delà du symbole, « Construire 2027 » représente une tentative sérieuse de recomposition du paysage politique à gauche, à un an d'une échéance cruciale. En réunissant des profils aussi divers que Vallaud (socialiste orthodoxe), Glucksmann (social-démocrate européen) et Jadot (écologiste), l'initiative dessine les contours d'un espace politique qui pourrait peser dans la désignation du candidat unique capable de tenir tête au RN.

Si la démarche parvient à fédérer suffisamment de sympathisants et à convaincre les appareils partisans de se rallier à sa méthode, elle pourrait court-circuiter les lenteurs des négociations inter-partis et accélérer l'émergence d'une candidature crédible. Mais des obstacles demeurent : l'absence de LFI réduit mécaniquement le potentiel électoral du bloc ainsi constitué, et les ambitions personnelles des différents protagonistes — Glucksmann notamment est régulièrement cité comme candidat potentiel — pourraient rapidement complexifier la donne.

L'été 2026 s'annonce donc décisif. Si « Construire 2027 » tient son calendrier et parvient à désigner un nom avant septembre, la gauche non-insoumise aura réussi un pari que beaucoup jugeaient impossible. Dans le cas contraire, le risque d'un nouveau morcellement fatal pour 2027 restera bien présent.

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