« Rien de Jacques Chirac » : Dominique de Villepin recadre Gabriel Attal
À moins d’un an de l’élection présidentielle de 2027, la course à l’Élysée s’accélère et les passes d’armes se multiplient. Dernière sortie en date : celle de Dominique de Villepin, invité dimanche 24 mai sur BFMTV, qui a vivement critiqué la candidature de Gabriel Attal. L’ancien Premier ministre a estimé qu’il n’y avait « rien de Jacques Chirac chez Gabriel Attal », après que ce dernier a officialisé sa candidature dans une mise en scène ouvertement inspirée de l’ancien président.
« S’il y a une chose dont je peux témoigner, c’est qu’il n’y a rien dans Gabriel Attal de Jacques Chirac », a lancé celui qui a été successivement secrétaire général de l’Élysée, ministre des Affaires étrangères, de l’Intérieur puis Premier ministre de Jacques Chirac. Et d’ajouter, cinglant : « Jacques Chirac a toujours été Jacques Chirac, Gabriel Attal doit apprendre à devenir Gabriel Attal. »
Un tacle appuyé sur le fond et la forme
Au-delà de la comparaison personnelle, Dominique de Villepin a également critiqué la stratégie de communication du candidat Renaissance. « Le premier objectif d’un homme politique est d’être lui-même. On peut se donner des exemples, on peut prendre des modèles mais on doit s’affirmer », a-t-il développé, avant d’ironiser sur « les jeunes responsables politiques qui veulent se faire les dents et montrer à quel point ils sont talentueux ». Une pique qui vise directement le jeune patron du parti présidentiel, mais aussi, en filigrane, Édouard Philippe, dont les « périphrases pour expliquer qu’ils sont les hommes de la rupture et du changement » l’étonnent.
Interrogé sur ses propres intentions, l’ancien locataire de Matignon a botté en touche avec une formule qui en dit long : « Laissons passer les plus pressés. »
Dominique de Villepin, une candidature encore dans le flou
Si Dominique de Villepin se garde bien de déclarer officiellement sa candidature, sa présence médiatique et ses prises de position récentes intriguent. Depuis plusieurs mois, l’ancien diplomate, héros du discours de l’ONU contre la guerre en Irak en 2003, s’est imposé comme une voix singulière dans le débat public, souvent perçue comme une « boussole » en ces temps de crise.
Un contexte judiciaire qui complique la donne
Pourtant, cette « presque campagne » est aujourd’hui entachée par une polémique. Visé par une enquête du parquet financier concernant des statuettes reçues lorsqu’il était ministre des Affaires étrangères, Dominique de Villepin a préféré rendre les objets. Si ses proches minimisent l’affaire, elle pourrait peser sur son image de « valeur refuge » qu’il cultive depuis le début de la décennie. Reste que, comme le souligne une analyse récente, « l’affaire des statuettes finira probablement par s’éteindre devant les enjeux majeurs – économiques, internationaux ou sociaux – qui rythmeront la campagne ».
Un espace politique encore incertain
La question centrale est ailleurs : de quoi l’hypothétique candidature de Dominique de Villepin est-elle le nom ? Jamais élu, sans ancrage territorial ni parti fort (son mouvement, La France Humaniste, reste confidentiel), il séduit surtout un électorat en quête de hauteur et d’indépendance. Mais dans un paysage politique fragmenté, où la droitisation du débat et la poussée de l’extrême droite structurent les discours, sa capacité à rassembler au-delà des cercles intellectuels et médiatiques reste à prouver.
Une campagne qui s’emballe avant l’heure
Des concurrents déjà lancés
Au-delà du duel verbal entre les deux anciens Premiers ministres, la course à l’Élysée voit se multiplier les candidatures officielles ou officieuses. Gabriel Attal, donné favori dans les sondages pour la primaire de son camp, doit composer avec la concurrence interne d’Édouard Philippe, lui-même en opération séduction, notamment auprès des partenaires européens. À gauche, Raphaël Glucksmann (Place Publique) se donne « trois mois pour convaincre », tandis que Jean-Luc Mélenchon (LFI) et Marine Tondelier (EELV) tentent de structurer l’opposition à Emmanuel Macron.
L’ombre des crises internationales
La campagne se déroule dans un climat géopolitique tendu. Alors que Moscou somme les diplomates de quitter Kiev avant des frappes imminentes, la guerre en Ukraine et l’instabilité au Proche-Orient imposent aux candidats de se positionner sur la scène internationale. Un terrain de prédilection pour Dominique de Villepin, fort de son expérience au Quai d’Orsay, mais qui le met aussi en concurrence directe avec des figures comme Édouard Philippe, récemment reçu par Volodymyr Zelensky.
La tentation de l’attentisme
En optant pour une posture d’attente (« laissons passer les plus pressés »), Dominique de Villepin joue une carte risquée mais cohérente avec son personnage : celle de l’homme d’État qui prend de la hauteur, loin des « faux départs de campagne électorale ». Un pari qui pourrait séduire un électorat fatigué par la frénésie médiatique, mais qui, à moins d’un an du scrutin, demande à être confirmé par une décision claire. Dans un paysage politique où Mathilde Panot prône l'annulation des concerts de Patrick Bruel et s'explique sur une interview polémique, le besoin de figures « sérieuses » se fait sentir.
L’hypothèse Villepin : entre rêve et réalité
Au final, la sortie de Dominique de Villepin contre Gabriel Attal est moins une annonce de candidature qu’un rappel de son existence politique. Elle ravive l’espoir d’une candidature « à l’ancienne », portée par la parole et les idées plutôt que par les apparats, mais ne lève pas les doutes sur sa faisabilité. Dans un débat public qui réclame des réponses concrètes sur le pouvoir d’achat, l’immigration ou le climat, le registre gaullien et poétique de l’ex-diplomate parle aux cœurs, mais convaincra-t-il les urnes ?
Réponse dans les prochains mois, quand les « pressés » auront laissé la place aux candidats réels. En attendant, Dominique de Villepin cultive son jardin d’intellectuel, admiré pour son verbe mais toujours sans mandat. Une position inconfortable pour prétendre à l’Élysée.
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