Livret A : une néobanque le propose pour la première fois, le produit star de l'épargne se réinvente

Livret A, `Laposte` postal savings book in the hand of a person stock photography

Une néobanque s'empare du Livret A, une première dans l'épargne réglementée

Depuis le 20 août 2026, une néobanque propose le Livret A à ses clients français, une première dans l'histoire de ce placement créé en 1818. Jusqu'ici, la distribution du livret réglementé était l'apanage des réseaux bancaires classiques (La Banque Postale, Caisses d'Épargne, Crédit Mutuel, etc.) et des banques en ligne adossées à des établissements agréés. Cette néobanque, agréée en Allemagne, casse les codes en s'appuyant sur un partenariat avec un assureur-banquier historique.

Concrètement, l'application de la néobanque permet d'ouvrir, d'alimenter et de suivre le compte, mais c'est l'assureur-banquier partenaire qui héberge juridiquement les dépôts et assure leur gestion. Ce montage à deux étages, courant dans l'univers des produits d'épargne adossés à des acteurs de l'assurance, permet à une fintech de proposer un produit strictement français sans devenir elle-même dépositaire réglementé. Une répartition des rôles inédite qui interroge sur l'avenir de la distribution de l'épargne réglementée en France.

Un taux et des conditions identiques

Pour l'épargnant, rien ne change sur le fond : le taux appliqué est le taux légal unique fixé pour tous les établissements, actuellement 1,7 % net, en vigueur depuis le 1er août 2026. Les intérêts restent exonérés d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux, et le plafond de versement demeure fixé à 22 950 euros, comme pour n'importe quel autre Livret A du marché. Aucune bonification n'est accordée pour attirer les clients : la seule vraie différence tient à l'expérience d'usage et à la centralisation des avoirs dans une application unique.

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Une règle d'or inchangée : un seul Livret A par personne

La loi encadrant l'épargne réglementée impose une contrainte incontournable : chaque personne ne peut détenir qu'un unique Livret A, tous établissements confondus. Un client qui possède déjà ce produit ailleurs doit donc clôturer son compte existant avant d'en ouvrir un nouveau via la néobanque. Les intérêts déjà acquis sont versés par l'établissement d'origine au moment de la clôture, et les sommes transférées ne bénéficient d'aucun avantage particulier.

Ce rappel est essentiel avant toute décision de transfert, car il implique une démarche active et définitive. Il faut néanmoins souligner que le taux étant strictement identique quel que soit l'endroit où le livret est logé, l'intérêt de changer de distributeur réside uniquement dans les services associés, la qualité de l'application, ou la possibilité de regrouper ses finances au même endroit.

Les atouts de la néobanque : simplicité et centralisation

Pour les clients de la néobanque, l'ouverture d'un Livret A se fait en quelques clics directement dans l'application. L'ensemble des comptes (compte courant, éventuels autres produits d'épargne, et désormais Livret A) est visible sur un écran unique. Cette centralisation est souvent plébiscitée par les utilisateurs de fintechs, qui apprécient la gestion intégrée de leur patrimoine.

De plus, la néobanque mise sur des fonctionnalités innovantes comme l'arrondi automatique des dépenses pour alimenter le livret, la programmation d'épargne mensuelle, ou encore des alertes personnalisées. Autant d'outils qui visent à encourager l'épargne des Français, dans un contexte où le taux du Livret A a baissé.

Contexte : un taux en baisse depuis 2025, mais un succès qui ne se dément pas

Le Livret A a connu une période faste en 2023 et 2024 avec un taux à 3 %, avant d'être abaissé à 2,4 % début 2025 puis à 1,7 % à l'été suivant, selon les statistiques de la Banque de France. Cette baisse, décidée par les pouvoirs publics en fonction de l'inflation et des taux interbancaires, reflète la détente des prix. Elle n'a pas entamé la popularité du placement auprès des Français, qui y voient une épargne de précaution sûre, liquide et défiscalisée.

D'ailleurs, une anecdote rapportée par Pleine Vie illustre cette persistance : en 2005, un jeune militaire ouvre un Livret A avec 10 euros, le montant minimal exigé, puis part en opération extérieure et oublie totalement cette épargne. Vingt ans plus tard, en 2025, il découvre que le compte est resté actif et affiche un solde de 13,70 euros. Les 10 euros initiaux ont donc généré 3,70 euros d'intérêts en deux décennies, soit une hausse de 37 % sur la période, ce qui correspond à un rendement annuel moyen d'environ 1,586 % net. Un chiffre à relativiser : pendant certaines années, le taux est resté sous 1 %, ce qui tire la moyenne vers le bas. L'inflation, elle, a rogné le pouvoir d'achat de la somme : le capital affiché a beau avoir augmenté, il permet d'acheter moins de biens qu'en 2005 dans bien des cas.

La loi Eckert, un cadre qui impacte les livrets oubliés

Ce genre de situation existe précisément parce qu'un cadre légal encadre les comptes dormants. La loi Eckert, promulguée le 13 juin 2014 et entrée en application le 1er janvier 2016, prévoit qu'un livret devient inactif après cinq ans sans opération à l'initiative du client ni nouvelles de sa part. Le Livret A, que des millions de Français possèdent parfois dès leur plus jeune âge, est le produit le plus exposé à ce mécanisme.

Passé ce délai de cinq ans, la banque classe le livret parmi les comptes inactifs et doit tenter de reprendre contact avec le titulaire chaque année, précise la Banque de France. Six mois avant l'échéance du transfert, un courrier recommandé est envoyé à la dernière adresse connue. Au bout de dix ans d'inactivité, l'établissement clôture le livret et transfère le solde à la Caisse des Dépôts et Consignations, même sans demande du titulaire. Les sommes restent ensuite consignées vingt années supplémentaires, soit trente ans au total depuis le début de l'inactivité, avant d'être définitivement acquises à l'État.

Le piège tient à un détail que peu de gens connaissent : seules les opérations initiées par le client font repartir le compteur. Les versements d'intérêts automatiques, chaque 31 décembre, ne comptent pas comme une activité du titulaire. Un livret totalement dormant peut donc être transféré au bout de dix ans, alors même que des intérêts continuent d'apparaître sur les relevés chaque année. Tant que ce délai n'est pas écoulé, le titulaire ou ses héritiers peuvent réclamer leur argent sur la plateforme gratuite Ciclade.

Perspective : vers une révolution de la distribution de l'épargne réglementée ?

L'arrivée d'une néobanque sur le terrain du Livret A est bien plus qu'une simple nouveauté : c'est un signal fort sur l'évolution du secteur bancaire français. Les fintechs, qui ont déjà conquis le marché des comptes courants et des crédits à la consommation, s'attaquent désormais à l'épargne réglementée, un marché historiquement verrouillé.

Ce mouvement pourrait se développer, d'autres néobanques observant sans doute avec intérêt le succès potentiel de cette initiative. Les autorités, elles, restent vigilantes : l'épargne réglementée est un outil de politique publique, servant notamment à financer le logement social. La centralisation des dépôts à la Caisse des Dépôts, qui collecte une partie des fonds, n'est pas affectée par ce nouveau canal de distribution.

En outre, cette évolution pourrait pousser les banques traditionnelles à améliorer leurs offres digitales et à simplifier l'ouverture en ligne d'un Livret A. Elles doivent déjà composer avec la baisse du taux, qui réduit leur marge (elles reversent une partie de la rémunération à l'État). L'arrivée de nouveaux acteurs pourrait relancer la concurrence sur la qualité de service, même si le taux reste encadré.

À plus long terme, il est possible que d'autres produits d'épargne réglementée (LDDS, LEP) soient un jour distribués par des fintechs. Tout dépendra du cadre réglementaire et de la capacité des partenaires à assurer la conformité. Pour l'épargnant, l'essentiel reste de comprendre les mécanismes (comme la loi Eckert) et de vérifier s'il est éligible à un livret plus rémunérateur, comme le LEP.

Cette actualité, qui conjugue innovation et tradition, confirme que le Livret A demeure un produit d'épargne incontournable pour les Français. Alors que le taux est à son plus bas depuis 2020, la question de son attractivité sera au cœur des prochains mois, d'autant que certains spéculent déjà sur une hausse en février 2027. Mais pour l'heure, la nouveauté vient de la distribution, avec cette incursion des néobanques dans un univers jusqu'ici très protégé.

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