Coup de théâtre : l'accord commercial Canada-États-Unis s'effondre
Washington et Ottawa semblaient pourtant à un cheveu d'un accord historique. Mercredi 19 août, Mark Carney et Donald Trump se félicitaient mutuellement d'une entente « bénéfique pour les deux pays », évoquant des avancées majeures sur les secteurs stratégiques. Mais dans la nuit de vendredi à samedi, les négociations ont capoté. Dès lors, les droits de douane de 50 % annoncés par le président américain sont entrés en vigueur samedi à minuit, une mesure lourde de conséquences pour l'économie canadienne.
Le premier ministre canadien a immédiatement réagi : « Le Canada appliquera des droits de douane équivalents, au dollar près, afin de protéger nos travailleurs et nos entreprises ». Une riposte qui promet de raviver les tensions, alors que les deux pays semblaient s'acheminer vers une sortie de crise après des mois de guerre tarifaire.
Le blocus des provinces : un obstacle insurmontable
Si les discussions butaient encore sur des détails techniques, un point de friction majeur est apparu au grand jour : le refus de certaines provinces de lever le boycott des alcools américains. Québec, Ontario et Colombie-Britannique – les trois plus grandes provinces – restent muettes face à la demande de Mark Carney de rétablir la vente de vins et spiritueux américains. Christine Fréchette, première ministre du Québec, a été catégorique : « C'est le Québec, puis le Québec seul, qui décide de cette question-là. Et quand j'aurai davantage d'informations, je vais pouvoir prendre une décision. »
Le premier ministre ontarien Doug Ford exige des garanties pour le secteur manufacturier de sa province avant de rouvrir les rayons de la LCBO. En Colombie-Britannique, le silence de David Eby en dit long sur la difficulté de vendre un accord à une population marquée par les pertes d'emplois.
Cette division provinciale a été déterminante dans l'échec des négociations. Donald Trump, qui avait suspendu l'application des tarifs pour trois jours afin de permettre la finalisation des documents, n'a pas accepté que les provinces fassent cavalier seul. Son représentant au Commerce, Jamieson Greer, exigeait un « accès complet au marché canadien pour tous les produits américains », un scénario inacceptable pour plusieurs provinces.
Une guerre commerciale qui dure : un coût élevé pour les deux pays
L'échec de cette semaine marque le point culminant d'une escalade débutée en 2025. La Maison-Blanche a imposé des droits de douane sur l'acier, l'aluminium, la sylviculture et l'automobile, provoquant une riposte canadienne immédiate. Les interdictions d'alcools américains, le boycott de produits américains et la suspension de contrats d'approvisionnement ont été les armes de choix d'Ottawa et des provinces.
Ces mesures ont durement frappé les consommateurs et les entreprises. Au Québec, l'interdiction d'alcools américains est en vigueur depuis le 4 mars dernier à la SAQ. Une mesure qui, selon certaines sources, n'a guère été regrettée par les Canadiens. « Ça ne m'a pas vraiment manqué, donc je pense que ça ira », témoigne Peter Olson, un habitant de Toronto. Une opinion partagée par bien des consommateurs qui ont substitué les produits locaux aux importations américaines.
Les conséquences économiques sont toutefois bien tangibles. Les provinces comme l'Ontario et le Québec, fortement intégrées aux chaînes d'approvisionnement nord-américaines, subissent des pertes majeures. L'incertitude pèse sur les investissements et les emplois, tandis que les PME canadiennes cherchent à diversifier leurs marchés, notamment vers l'Europe et l'Asie.
Vers une nouvelle escalade ou une reprise des négociations ?
L'échec de cette semaine risque de renforcer la position des faucons des deux côtés. Donald Trump, qui a fait de la renégociation des accords commerciaux une priorité de son mandat, ne semble pas prêt à céder. Mark Carney, sous pression politique interne, doit composer avec des provinces récalcitrantes qui menacent de faire échouer toute entente.
L'issue reste incertaine. Chaque nouvel échec creuse un peu plus le fossé entre les deux pays et pourrait entraîner des représailles économiques supplémentaires. Les secteurs laitiers et agricoles, déjà très protégés au Canada, constituent des points de blocage majeurs. L'économie mondiale observe avec inquiétude cette montée des tensions commerciales, qui s'ajoute aux conflits en mer Noire et à la fragmentation des échanges internationaux.
En attendant, les consommateurs canadiens semblent résignés à s'adapter. Dans les provinces où le boycott est toujours en vigueur, les rayons restent vides de bourbon et de vins californiens. Et même si l'accord venait à être conclu, l'habitude est prise : beaucoup de Canadiens affirment qu'ils ne reviendront pas aux produits américains. Un signe que la guerre commerciale a durablement modifié les comportements d'achat, bien au-delà des négociations gouvernementales.
Les prochains jours seront décisifs pour savoir si cet échec n'est qu'une péripétie ou le début d'une nouvelle phase de tensions. Les regards se tournent déjà vers les trois grandes provinces qui détiennent les clés d'un éventuel accord. Leur décision, notamment celle du Québec, sera scrutée à la loupe, tant les enjeux économiques sont élevés.
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