L'État ponctionne 2,1 milliards sur l'Unédic en 2027
Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé dimanche 4 octobre dans les colonnes de L'Opinion que l'État prélèverait 2,1 milliards d'euros sur l'excédent de l'Unédic en 2027. Cette somme correspond exactement au bénéfice que l'organisme gestionnaire de l'assurance-chômage prévoyait de dégager l'an prochain. « Le régime prévoit un excédent de 2,1 milliards d'euros en 2027. Nous prélèverons donc cet excédent, mais l'Unédic sera à l'équilibre l'an prochain », a déclaré le ministre, ajoutant que « cela aurait pu être plus ! ».
Cette décision s'inscrit dans le cadre du projet de budget 2027, qui prévoit 54 milliards d'euros d'économies. Le ministre a défendu un « budget de redressement des comptes » qui divise quasiment par deux le déficit de la Sécurité sociale, le ramenant d'environ 22 milliards à un peu plus de 12 milliards d'euros. Les crédits de son ministère baisseront de 2,5 milliards d'euros.
Le prélèvement sera effectué via une réduction de la compensation versée par l'État à l'Unédic au titre des allègements de cotisations sur les bas salaires. Concrètement, l'État réduit la fraction de TVA qu'il reverse à l'assurance-chômage pour compenser les exonérations, et la différence reste dans les caisses de l'État. Le projet de loi de finances inscrit 2 milliards d'euros, tandis que le ministre évoque 2,1 milliards.
Un cinquième prélèvement en cinq ans
Cette ponction n'est pas un cas isolé. Depuis 2023, l'État a déjà prélevé 12,05 milliards d'euros sur les recettes de l'Unédic, selon les calculs établis à partir des données de l'organisme. Avec les 2,1 milliards prévus pour 2027, le total atteindra plus de 14 milliards d'euros en cinq ans.
L'historique de ces prélèvements révèle une tendance lourde. En 2023, l'État a pris 2 milliards sur un excédent de 3,5 milliards. En 2024, il a absorbé la totalité des 2,6 milliards d'excédent. En 2025, sur 3,4 milliards d'excédent, 3,35 milliards ont été prélevés. En 2026, la ponction de 4,1 milliards a même dépassé l'excédent prévu de 1,8 milliard, creusant un déficit de 2,3 milliards pour l'organisme. Pour 2027, le prélèvement de 2,1 milliards absorbe à nouveau la totalité de l'excédent attendu, laissant l'Unédic à l'équilibre sans pouvoir rembourser sa dette, qui dépasse désormais les 61 milliards d'euros.
La colère des gestionnaires
Dans une tribune publiée jeudi dans Le Monde, les dirigeants de l'Unédic, Patricia Ferrand et Jean-Eudes Tesson, ont dénoncé cette ponction. « L'assurance-chômage ne doit pas être une variable d'ajustement des finances publiques », écrivent-ils, alertant sur les conséquences d'une telle orientation « au moment où les perspectives économiques se dégradent et où le chômage devrait continuer à progresser ». Ils estiment que les prévisions financières de l'assurance-chômage pourraient être « sensiblement revues à la baisse ».
Le ministre du Travail a défendu son bilan sur LCI lundi, rappelant s'être « beaucoup battu pour que l'Unédic revienne à l'équilibre ». Il cite notamment la réduction de 18 à 15 mois maximum de l'indemnisation après une rupture conventionnelle, qui doit générer jusqu'à 800 millions d'euros par an à partir de 2029, ainsi qu'une économie de 880 millions d'euros par an sur l'indemnisation.
Un enjeu budgétaire et social
Ce nouveau prélèvement illustre la tension croissante entre l'impératif de redressement des comptes publics et la préservation du filet de sécurité sociale. Le gouvernement, qui doit boucler un budget 2027 particulièrement contraint, cherche des sources de financement sans augmenter les impôts. L'Unédic, financée par les cotisations patronales et une fraction de CSG, apparaît comme une cible naturelle.
Mais pour les syndicats et les gestionnaires paritaires, cette ponction affaiblit un régime déjà fragilisé par une dette abyssale. Alors que le chômage pourrait repartir à la hausse, la capacité de l'assurance-chômage à faire face à une dégradation de la conjoncture est questionnée. Les organisations syndicales dénoncent une « ponction » qui prive l'Unédic des moyens de se désendetter et de préparer l'avenir.
Le débat sur les arrêts de travail, en cours de négociation, pourrait également peser sur les comptes. Le ministre a précisé les contours de cette discussion, sans en dévoiler les détails.
Perspectives : une tendance qui interroge
Avec plus de 14 milliards d'euros prélevés en cinq ans, l'État installe une pratique qui pourrait devenir structurelle. Chaque année, l'excédent de l'Unédic est absorbé, parfois au-delà, empêchant tout remboursement de la dette. Cette situation crée un précédent : l'assurance-chômage devient un réservoir dans lequel l'État puise pour équilibrer ses comptes.
Pour les partenaires sociaux, cette logique remet en cause le paritarisme et l'autonomie de la gestion de l'assurance-chômage. Les dirigeants de l'Unédic plaident pour une sanctuarisation des excédents, afin de reconstituer les réserves et de faire face aux chocs économiques. Le gouvernement, de son côté, argue que l'effort est partagé et que l'État contribue déjà au redressement.
À plus long terme, la question de la soutenabilité du modèle d'indemnisation se pose. Si les prélèvements se poursuivent et que la conjoncture se dégrade, l'Unédic pourrait se retrouver dans l'incapacité d'honorer ses engagements, ce qui obligerait l'État à intervenir en urgence. Une hypothèse que personne ne souhaite, mais que la trajectoire actuelle rend plausible.
Alors que le budget 2027 doit encore être voté, la pression reste vive sur le gouvernement pour justifier ces ponctions répétées. Les débats parlementaires à venir s'annoncent tendus, entre nécessité de redressement et préservation de la protection sociale.
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