Grève dans la fonction publique : une journée noire en perspective
Ce mardi 29 septembre 2026, les agents publics sont appelés à la grève par l'ensemble des syndicats représentatifs. Une mobilisation d'ampleur contre le gel du point d'indice, avec des perturbations attendues dans les écoles et les hôpitaux, tandis que les transports devraient rester quasi normaux.
Une intersyndicale unie pour dénoncer le gel du point d'indice
CGT, FO, CFDT, Unsa, FSU, Solidaires, CFE-CGC et FA-FP : les huit organisations syndicales de la fonction publique appellent les agents des trois versants (État, territoriale et hospitalière) à cesser le travail et à manifester ce mardi. En cause, la volonté du gouvernement de geler à nouveau le point d'indice, qui sert à calculer la rémunération de base des fonctionnaires, pour la quatrième année consécutive. Mi-septembre, le Premier ministre Sébastien Lecornu avait fait savoir qu'il souhaitait reconduire ce gel dans le budget 2027, présenté quelques jours après la mobilisation.
« C'est vraiment une colère que nous tenons à exprimer, et la journée du 29 septembre sera une journée noire », a prévenu Natacha Pommet, secrétaire générale de la Fédération CGT des services publics. La CGT recense environ 170 lieux de mobilisation en France hexagonale et en Corse. À Paris, le cortège s'élancera à 14 heures de la place de la République pour rejoindre la place de la Nation, en passant par la Bastille. À Marseille, le départ est fixé à 10h30 place des Réformés.
Écoles, hôpitaux, transports : à quoi s'attendre
Dans les écoles, le premier syndicat du primaire, le Snuipp-FSU, prévoit 40 % d'enseignants en grève. Le ministre de l'Éducation nationale, Édouard Geffray, a rappelé que les revendications « doivent être entendues », tout en assurant qu'un service minimum d'accueil serait mis en place dès lors qu'au moins 25 % des enseignants se déclarent grévistes. Les collèges et lycées ne disposent pas d'obligation de déclaration préalable, rendant les prévisions plus incertaines.
Du côté des transports, la situation s'annonce bien plus fluide que lors des précédents mouvements. La RATP promet un trafic « normal » sur les réseaux métro et RER franciliens. La SNCF prévoit un trafic « normal » sur les TGV et Intercités, et « quasi normal » sur les TER. Seul le réseau Transilien connaîtra quelques perturbations sur les RER C, D, E et les lignes R et V. Une accalmie notable par rapport aux grèves de 2024, où les usagers avaient subi des perturbations importantes.
Les hôpitaux ne sont pas en reste : l'intersyndicale hospitalière s'est jointe au mouvement, tout comme les syndicats de police Alliance, Un1té et Unsa, déçus d'une rencontre avec le ministre de l'Intérieur le 24 septembre. Les pompiers, mobilisés depuis plusieurs jours après un été marqué par les incendies, défileront avec leur propre cortège, sans conséquence sur les secours.
Un contexte social sous tension
Quatre ans de gel du point d'indice
Depuis 2017, les agents publics n'ont connu que très peu de revalorisations du point d'indice. Après une augmentation en 2022, le point a été gelé en 2023, 2024, 2025 et s'annonce à nouveau gelé pour 2027. Cette stagnation, couplée à une inflation persistante – notamment sur les prix des carburants –, érode le pouvoir d'achat des fonctionnaires. « S'il n'y a pas d'augmentation de la rémunération des agents de la fonction publique, je dis au gouvernement : "Ça suffit !" On ne peut pas continuer après 2024, 2025, 2026 sans rien », a tonné Luc Farré, secrétaire général de l'Unsa-Fonction publique, sur BFMTV.
Le mois de septembre 2026 a été marqué par une flambée des prix de l'énergie, dans le sillage des tensions autour du détroit d'Ormuz qui bloque le pétrole et fait s'envoler les prix des carburants. Cette situation a exacerbé les revendications salariales, les syndicats réclamant une revalorisation générale après plusieurs années de vache maigre.
Une mobilisation qui dépasse la fonction publique
Pour la première fois depuis 2018, les dix organisations syndicales de France Travail appellent également à la grève le 29 septembre. Elles réclament des hausses de salaire et dénoncent les effets de l'austérité sur le service public de l'emploi. Cette convergence des luttes témoigne d'un mécontentement social qui dépasse le cadre strict de la fonction publique.
La journée intervient à quelques jours de la présentation du budget 2027, un exercice périlleux pour l'exécutif qui doit concilier réduction des déficits et apaisement social. Le précédent mouvement d'ampleur, le 5 décembre 2024, avait réuni entre 130 000 et 200 000 manifestants selon les sources, et 26 % des enseignants avaient cessé le travail. Les syndicats espèrent faire au moins aussi bien, voire mieux, pour peser sur les arbitrages budgétaires.
Perspective : un rapport de force qui se durcit
Quelle issue pour le dialogue social ?
Le gouvernement se trouve dans une position délicate. D'un côté, il doit maîtriser les dépenses publiques pour respecter ses engagements budgétaires ; de l'autre, il doit éviter une explosion sociale dans un contexte déjà tendu. La stratégie du gel du point d'indice, répétée année après année, montre ses limites : elle génère une colère cumulative chez les agents, qui se traduit par des mobilisations régulières et une érosion de l'attractivité des métiers publics.
Les syndicats, de leur côté, misent sur l'unité pour obtenir des avancées. L'intersyndicale fonction publique, rarement aussi soudée, dispose d'un rapport de force non négligeable. Mais la fragmentation des revendications (salaires, conditions de travail, moyens) et la lassitude des troupes pourraient limiter la portée du mouvement.
Un test pour l'exécutif
Cette journée de grève constitue un test pour le gouvernement Lecornu, qui doit présenter son budget dans les jours qui viennent. Si la mobilisation est massive, il pourrait être contraint de revoir sa copie, notamment sur le point d'indice. Dans le cas contraire, il pourrait camper sur ses positions et poursuivre sa politique de rigueur.
Au-delà de l'issue immédiate, c'est la question du modèle social français qui est posée. La fonction publique, pilier du service public, souffre d'un déficit d'attractivité et d'une perte de pouvoir d'achat qui pourraient avoir des conséquences durables sur la qualité des services rendus aux citoyens. Le mouvement du 29 septembre 2026 s'inscrit dans une série de mobilisations qui, depuis plusieurs années, expriment un malaise profond.
Les regards seront également tournés vers les transports, où la relative accalmie pourrait être perçue comme un signe de démobilisation, ou au contraire comme une volonté de ne pas pénaliser les usagers. Quoi qu'il en soit, la journée s'annonce comme un moment clé du automne social.
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