Flambée des cours après l'échec diplomatique sur le détroit d'Ormuz
Les automobilistes vont devoir faire face à une nouvelle hausse des prix à la pompe. Ce lundi 28 septembre, les cours du pétrole ont bondi dans les échanges asiatiques, poussés par l'impasse diplomatique persistante au Moyen-Orient. Vers 06h15 GMT, le baril de Brent de la mer du Nord, référence du marché mondial, grimpait de 3%, à 107,45 dollars. Celui du WTI nord-américain gagnait 1,98%, à 94,24 dollars.
Cette flambée fait suite au rejet par le président américain Donald Trump d'un plan formulé par Téhéran pour rouvrir sous sept jours le détroit d'Ormuz. Ce passage stratégique, par où transitait d'ordinaire un cinquième des hydrocarbures mondiaux, reste largement paralysé : la République islamique en revendique le contrôle, tandis que Washington impose un blocus aux ports iraniens. « Les tensions au Moyen-Orient demeurent vives, en l'absence de résolution claire des perturbations autour du détroit d'Ormuz et face à l'incertitude quant à la normalisation de l'approvisionnement pétrolier », constate Lloyd Chan, analyste chez MUFG.
Des espoirs de désescalade déçus
Les investisseurs avaient pourtant cru à une accalmie. « Les espoirs de voir ces discussions contribuer à une désescalade et ouvrir la voie à la réouverture du détroit d'Ormuz ont été déçus », abonde Rajeev De Mello, de Gama Asset Management, cité par Bloomberg. Donald Trump a toutefois déclaré dimanche s'attendre à une reprise sous peu des discussions avec Téhéran, laissant planer une lueur d'incertitude sur l'évolution des cours.
Le diesel européen atteint des sommets historiques
Cette nouvelle poussée des cours du brut intervient dans un contexte déjà tendu sur le front des carburants. La semaine dernière, le prix moyen du litre de diesel dans l'Union européenne a atteint 2,23 euros, soit le niveau le plus élevé des relevés hebdomadaires tenus par la Commission européenne depuis 2005. Une moyenne qui masque de fortes disparités entre les États membres, liées aux fiscalités nationales et aux politiques d'aide mises en place depuis le début de la guerre au Moyen-Orient.
La France parmi les pays les plus chers
Avec un tarif moyen de 2,38 euros le litre de gazole au 21 septembre, la France se classe à la sixième place des pays les plus chers, derrière les Pays-Bas (2,58 euros), le Danemark et la Finlande (2,56 euros), l'Allemagne (2,46 euros) et la Belgique (2,39 euros). À l'inverse, Malte affiche le prix le plus bas de l'Union, à 1,21 euro le litre, grâce à des aides publiques en place depuis 2022. L'Espagne (1,92 euro), la Bulgarie (1,92 euro), la Slovaquie (1,95 euro) et la Hongrie (1,95 euro) complètent le peloton des pays les plus abordables.
Cette situation pèse lourdement sur le budget des ménages. Un plein de 50 litres de diesel coûte désormais 129 euros aux Pays-Bas, contre 119 euros en France. Depuis fin février, la hausse atteint 73 centimes par litre dans l'Hexagone, une progression qui alimente les tensions sociales et les débats sur le pouvoir d'achat.
Un risque inflationniste mondial
L'impasse autour du détroit d'Ormuz ne se limite pas à une simple question d'approvisionnement énergétique. « Compte tenu de l'incertitude persistante concernant l'offre de pétrole, le niveau élevé des prix du brut devrait continuer d'alimenter les risques d'inflation mondiale », poursuit Lloyd Chan. Une analyse partagée par de nombreux économistes, qui redoutent un effet domino sur l'ensemble des prix à la consommation.
Quelles réponses politiques ?
Face à cette crise, les appels à des mesures ciblées se multiplient. Dans une tribune publiée dimanche, des économistes plaident pour une redistribution ciblée vers les plus vulnérables, plutôt que des aides générales qui creuseraient les déficits publics. D'autres voix, comme celle de Carole Delga en Occitanie, annoncent des mesures supplémentaires : doublement des aides au covoiturage, éco-chèque mobilité, etc. Le gouvernement français, de son côté, n'a pas encore détaillé sa stratégie pour faire face à cette nouvelle flambée.
Vers une recomposition durable du marché de l'énergie ?
Au-delà de la crise actuelle, la paralysie du détroit d'Ormuz pourrait accélérer une tendance de fond : la transition vers des mobilités moins dépendantes des énergies fossiles. Certains experts évoquent déjà la nécessité de constituer un parc social automobile électrique, un « HLM de la voiture électrique » et un service public de la mobilité électrique. Des propositions qui, jusqu'ici marginales, pourraient gagner en écho si la situation perdure.
En attendant, les automobilistes européens doivent composer avec des prix qui devraient rester élevés tant que la situation géopolitique ne se dénoue pas. La prochaine échéance diplomatique entre Washington et Téhéran sera scrutée de près par les marchés, mais aussi par les consommateurs. Comme le soulignait récemment un article sur les aides aux pêcheurs, la question du carburant reste un sujet explosif, à même de provoquer des tensions sociales dans de nombreux secteurs.
La guerre en Iran, débutée il y a plusieurs mois, continue de peser sur l'économie mondiale. Et si les regards se tournent vers le détroit d'Ormuz, c'est bien l'ensemble de la chaîne énergétique qui est aujourd'hui sous pression. Une chose est sûre : le passage à la pompe va continuer de faire mal au portefeuille.
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