Enhanced Games : 42 athlètes dopés en plein cœur de Las Vegas ce dimanche

A video is shown at the the 2025 announcement of the Enhanced Games, which are about to commene in Las Vegas

Les Enhanced Games s'ouvrent ce dimanche à Las Vegas : 42 athlètes dopés sous contrôle médical

Ce dimanche 24 mai 2026, à l'ombre du casino Resorts World Las Vegas, s'ouvre la première édition des Enhanced Games, une compétition sportive qui fait débat bien avant son premier sprint. Pendant une journée, 42 athlètes — sprinteurs, nageurs et haltérophiles — vont tenter de battre des records mondiaux en ayant recours à des substances dopantes, non seulement autorisées mais activement encadrées par l'organisation.

L'événement, porté par le milliardaire Peter Thiel (cofondateur de PayPal) et soutenu par Donald Trump Jr., propose une cagnotte totale de 25 millions de dollars, avec un bonus d'un million de dollars pour tout record du monde homologué. Parmi les participants figurent des médaillés olympiques comme les nageurs Cody Miller (États-Unis), Shane Ryan (Irlande), Ben Proud (Royaume-Uni) et le sprinteur Fred Kerley (États-Unis).

Les épreuves — 100 mètres, 50 mètres nage libre, haltérophilie et une exhibition de force — seront diffusées en streaming sur la chaîne Roku Sports Channel à partir de 21 h (heure de l'Est), devant un public restreint de 2 500 invités.

90 % des concurrents sous substances : le pari risqué des Enhanced Games

Selon les données publiées mercredi par les organisateurs, 36 des 42 athlètes ont participé à un essai clinique de 12 semaines à Abu Dhabi, supervisé par une équipe médicale. Parmi eux, 34 ont utilisé des PED (substances améliorant la performance) et deux se sont entraînés « naturellement ». Deux autres athlètes hors essai concourent également sans dopage, ce qui porte à 90,5 % la proportion de concurrents sous produits.

Les substances sont réparties en cinq catégories approuvées par les organisateurs : esters de testostérone, agents anabolisants, peptides et facteurs de croissance, modulateurs métaboliques et stimulants. Le rapport de l'essai clinique indique que 91 % des athlètes dopés ont utilisé de la testostérone ou ses esters, 79 % de l'hormone de croissance humaine, 62 % des stimulants, 50 % des modulateurs métaboliques, 41 % de l'EPO et 29 % un stéroïde anabolisant.

« L'ancien règlement a disparu », a posté Cody Miller sur les réseaux sociaux le mois dernier. Les athlètes qui ont choisi de se doper ont reçu un protocole personnalisé, conçu par le staff médical des Enhanced Games, avec un suivi régulier de leur état de santé. Les organisateurs insistent sur le fait que toutes les substances respectent les réglementations de la Food and Drug Administration (FDA) américaine.

Contexte : un projet qui défie les instances sportives mondiales

L'idée des Enhanced Games a germé en février 2024, lorsque le nageur australien James « The Missile » Magnussen, aujourd'hui retraité, a lancé un défi sur le podcast Hello Sport : si les organisateurs mettaient un million de dollars pour battre le record du monde du 50 m nage libre, il se dopait « jusqu'aux branchies » et le battait en six mois. Le fondateur Aron D'Souza a relevé le défi, et Magnussen est devenu le premier athlète à signer pour cette compétition controversée.

Depuis, l'événement a été condamné par le Comité international olympique (CIO), l'Agence mondiale antidopage (AMA) et les commissions d'athlètes des deux organisations. Dans une déclaration commune l'année dernière, ils ont qualifié les Enhanced Games de « trahison de tout ce que nous défendons » et d'« entreprise totalement irresponsable et immorale ». Les participants s'exposent à des suspensions à vie des compétitions olympiques.

Les anti-dopage dénoncent un « cirque dangereux », tandis que les organisateurs rétorquent que leur approche scientifique — essai clinique enregistré sur Clinicaltrials.gov, dosage contrôlé, suivi médical — réduit les risques par rapport à l'usage clandestin de PED qui sévit déjà dans de nombreux sports.

Enjeux éthiques : jusqu'où peut-on repousser la performance humaine ?

Les Enhanced Games posent une question fondamentale : le sport de haut niveau doit-il rester un terrain de « jeu pur », ou peut-il s'ouvrir à la science pour repousser les limites de ce qui est humainement possible ? Les organisateurs se présentent comme des précurseurs. « Le vieux règlement a disparu », répètent-ils, en référence aux règles antidopage qu'ils jugent hypocrites, alors que des scandales éclatent régulièrement dans l'athlétisme, la natation ou le cyclisme.

L'argument des Enhanced Games est que l'encadrement médical permet d'éviter les dérives : pas de produits frelatés achetés sur le marché noir, pas de dosages aveugles, pas de suivi sanitaire absent. « Nous soutenons une utilisation sûre, responsable et cliniquement supervisée des améliorations de performance », peut-on lire dans leur communiqué.

Mais les critiques rappellent que les effets à long terme de ces cocktails de substances — testostérone, HGH, EPO, stéroïdes — sont encore mal connus, même à dose contrôlée. De plus, la pression sur les athlètes pour qu'ils acceptent de se doper afin de rester compétitifs est réelle : sur les 42 sélectionnés, seuls 4 concourent sans produit.

Perspective : une tendance qui pourrait redessiner le paysage sportif

Au-delà de la polémique, les Enhanced Games pourraient ouvrir une brèche. En offrant des prix faramineux (1 million de dollars pour un record, 25 millions de cagnotte totale), ils attirent des athlètes de haut niveau prêts à risquer leur carrière olympique pour une chance de gloire et d'argent. Peter Thiel, qui a déjà investi dans des technologies de rupture, voit dans ce projet un laboratoire pour « redéfinir la superhumanité ».

L'événement s'inscrit dans une tendance plus large : la recherche de performance extrême par tous les moyens, y compris technologiques. Dans le même temps, des sports comme le cyclisme ou le crossfit peinent à éradiquer le dopage, tandis que des athlètes réclament plus de liberté pour utiliser des substances à des fins médicales ou récréatives.

Les Enhanced Games ne sont pas un événement olympique, mais ils en empruntent le format. Si le public répond présent (2 500 invités payants, un stream sur Roku), d'autres compétitions du même type pourraient voir le jour. Les instances antidopage redoutent un précédent : si le dopage devient un argument marketing, la frontière entre sport et spectacle pourrait s'effacer définitivement.

Le pari des athlètes : gloire ou bannissement ?

Pour les participants, le choix est cornélien. En signant pour les Enhanced Games, ils s'exposent à une suspension à vie des compétitions olympiques et mondiales. Mais ils empochent des sommes que même les médaillés olympiques ne voient pas toujours — les primes de record du monde atteignent 1 million de dollars, et les vainqueurs de chaque épreuve repartent avec plusieurs centaines de milliers de dollars.

Les nageurs Cody Miller, Shane Ryan et Ben Proud, tous médaillés olympiques, ont fait le choix de la controverse. Le sprinteur Fred Kerley, lui aussi, a rejoint l'aventure. Leur argument : « Nous voulons voir ce dont le corps humain est vraiment capable, avec l'aide de la science et sans hypocrisie. »

Reste à savoir si le public suivra. Si les audiences sont au rendez-vous, les Enhanced Games pourraient bien devenir un rendez-vous régulier, au risque de banaliser le dopage sportif de masse. Si le rejet est trop fort, l'expérience pourrait rester une parenthèse — mais une parenthèse qui aura fait vaciller les fondements de l'éthique sportive.

En résumé : un événement qui fait date

Les Enhanced Games de Las Vegas, ce dimanche 24 mai 2026, sont bien plus qu'une compétition sportive dopée : ils sont un test sociétal sur la place de la science, de l'argent et de l'éthique dans le sport. Entre promesses de records, risques sanitaires et condamnations unanimes des instances, ils marquent un tournant dans l'histoire du sport moderne.

À suivre : les résultats des épreuves, et surtout la réaction du public et des annonceurs. Car sans audience, même les milliardaires de la tech ne pourront pas faire tenir debout un cirque de la performance à tout prix.

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