Un livre pour reprendre le contrôle de sa propre histoire
C'est une date symbolique pour Emma Paris. Ce mercredi 22 avril 2026, l'influenceuse publie La Source, aux éditions Flammarion, un ouvrage coécrit avec Anne Akrich dans lequel elle revient en détail sur l'une des relations les plus médiatisées de la sphère internet française ces dernières années. Face aux caméras de BFMTV et dans les colonnes de Paris Match, la jeune femme de 29 ans a accepté de se livrer à l'approche de cette sortie très attendue.
« Je voulais reprendre le contrôle de mon histoire. Ne plus être la victime et en devenir vraiment l'auteure », confie-t-elle à Paris Match. Au-delà du récit personnel, Emma Paris veut que son livre serve d'outil de sensibilisation : dresser une liste de signaux d'alerte — les fameux red flags — pour que d'autres femmes et hommes puissent identifier une relation toxique avant qu'elle ne bascule dans la violence physique, psychologique ou financière.
Des révélations inédites sur une relation sous emprise
Dans La Source, Emma Paris, anciennement connue sous le pseudonyme Emma CakeCup, décrit comment elle a progressivement été placée sous l'emprise de Clara Da Costa Bastos, alias Just Pyramid, une femme rencontrée sur Instagram en 2023. La relation s'emballe rapidement : cohabitation presque immédiate, puis incarcération de sa compagne à la maison d'arrêt de Carquefou, près de Nantes, pour une affaire de trafic de stupéfiants.
Pendant plus d'un an, Emma Paris soutient financièrement Clara. Selon les informations rapportées par Yahoo Actualités, elle aurait versé près de 40 000 euros en seulement sept mois. Des sommes considérables qui ont eu des répercussions directes sur sa vie professionnelle. « Mes revenus ont été divisés par quatre », admet-elle à Paris Match, soulignant que la période a été « très dure » sur le plan professionnel.
L'été 2025 : quand l'affaire a enflammé les réseaux sociaux
L'histoire avait déjà défrayé la chronique à l'été 2025, lorsqu'Emma Paris avait pris son téléphone pour raconter, en direct sur Instagram, la trahison de sa fiancée incarcérée. La révélation était sidérante : Clara l'avait trompée depuis sa cellule avec Lise Vaudour, une autre détenue, ancienne épouse de djihadiste et fichée S pour des soupçons de faits de terrorisme.
La vidéo avait provoqué un véritable séisme numérique. Les notifications de l'influenceuse, qui compte aujourd'hui plus de quatre millions d'abonnés tous réseaux confondus, avaient littéralement explosé. L'affaire avait même franchi les portes du gouvernement : Gérald Darmanin, alors ministre de la Justice, avait ordonné une enquête administrative pour déterminer comment les détenues avaient pu disposer de téléphones portables en prison. Gabriel Attal, de son côté, s'était fendu d'une parodie sur TikTok, contribuant à la viralité sans précédent de l'histoire.
Une médiatisation à double tranchant
Malgré l'ampleur du buzz, Emma Paris tient à remettre les choses en perspective. « Ce que j'ai vécu, c'est grave et ce n'est pas drôle, même si bien sûr, même moi je fais de l'autodérision. Mais il ne faut pas minimiser ce qu'on a vécu », insiste-t-elle auprès de BFMTV. La dimension comique que certains internautes ont pu percevoir dans les rebondissements de l'histoire masquait en réalité une situation de violences conjugales caractérisées, notamment psychologiques et financières.
Contactée par BFMTV, Just Pyramid n'avait pas donné suite aux sollicitations des journalistes au moment de la parution de l'article.
Le parcours d'une influenceuse depuis ses débuts jusqu'au traumatisme
Emma Paris a grandi dans une banlieue pavillonnaire des Yvelines, en Île-de-France. Dès 2013, sous le pseudo Emma CakeCup, elle se lance sur YouTube avec des tutoriels maquillage et des vlogs lifestyle, accumulant une communauté fidèle et imposante. Un univers en apparence très éloigné des milieux criminels qu'elle allait côtoyer une décennie plus tard.
Dans La Source, elle retrace ce chemin, des origines familiales jusqu'aux perquisitions à son domicile et aux visites au parloir, en passant par les signaux ignorés au début de la relation. Elle décrit notamment comment certains comportements, anodins en apparence, constituaient déjà les prémices d'une emprise. « Je suis en thérapie actuellement », a-t-elle confié, reconnaissant que mettre des mots sur son vécu lui a permis de prendre conscience de la gravité réelle de ce qu'elle avait traversé.
Ce phénomène d'emprise numérique et d'influence toxique n'est pas sans rappeler d'autres cas documentés dans la sphère des réseaux sociaux. Victoria Bonya, l'influenceuse qui a fait trembler le Kremlin avec une vidéo de 18 minutes, avait également montré comment une personnalité publique peut se retrouver au cœur de situations dépassant largement le cadre du divertissement en ligne.
Au-delà du buzz : un témoignage ancré dans un enjeu de société
Avec La Source, Emma Paris s'inscrit dans un mouvement plus large de prise de parole publique sur les violences conjugales, y compris dans leurs formes moins visibles — manipulation, emprise émotionnelle, violences économiques. Son témoignage illustre qu'aucun profil n'est épargné, pas même celui d'une femme jeune, indépendante financièrement et dotée d'une forte présence en ligne.
L'ouvrage pose aussi une question plus large sur la responsabilité des plateformes et la porosité croissante entre le monde numérique et des réalités criminelles. Une influenceuse suivie par des millions de personnes, entraînée dans une spirale d'emprise via Instagram, des milliers d'euros perdus, une relation entretenue à travers les barreaux : l'histoire d'Emma Paris dépasse le simple fait divers pour interroger les nouvelles formes de vulnérabilité à l'ère des réseaux sociaux.
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