L'IRGC s'empare des leviers de l'État iranien
Depuis plusieurs jours, une transformation radicale s'opère en silence au sommet de la République islamique d'Iran. Selon des informations rapportées par Iran International et Fox News, le Corps des Gardiens de la Révolution islamique (IRGC) a progressivement pris le contrôle des principales fonctions étatiques, court-circuitant à la fois le gouvernement élu et, semble-t-il, le Guide suprême lui-même. Ce basculement institutionnel, s'il se confirme, constituerait l'une des évolutions les plus spectaculaires de la politique intérieure iranienne depuis la Révolution de 1979.
Le président Masoud Pezeshkian se trouverait désormais dans une situation de « blocage politique complet », selon les sources citées par les médias internationaux. Ses prérogatives exécutives seraient neutralisées de facto par l'appareil militaire, qui intercepterait ses décisions avant même qu'elles puissent être appliquées.
Le président Pezeshkian mis en échec sur le dossier du renseignement
Une nomination bloquée en pleine crise
L'épisode qui illustre le mieux cette emprise militaire concerne la nomination du ministre du Renseignement. La semaine dernière, Pezeshkian a tenté de pourvoir ce poste stratégique, proposant notamment le nom de Hossein Dehghan. Sa démarche s'est heurtée à un refus catégorique du commandant en chef de l'IRGC, Ahmad Vahidi, qui a rejeté l'ensemble des candidats présentés.
Selon Fox News, Vahidi aurait justifié ce veto en invoquant l'état de guerre que traverserait le pays, estimant que dans ce contexte, tous les postes sensibles de commandement devaient être directement choisis et supervisés par l'IRGC « jusqu'à nouvel ordre ». Cette formulation, aussi lapidaire que lourde de sens, signe de fait la mise sous tutelle militaire du pouvoir exécutif civil.
Un système institutionnel contourné
Sous le régime iranien, la nomination d'un ministre du Renseignement exige normalement l'aval préalable du Guide suprême, dont l'autorité surplombe celle du président. Or, précisément, c'est là que réside toute l'ambiguïté de la situation actuelle : l'IRGC semble agir en l'absence — ou en lieu et place — du Guide, formant un vide de légitimité que les militaires comblent à leur avantage.
Mojtaba Khamenei : un Guide suprême fantôme
Des semaines sans apparition publique
Le cœur de la crise réside dans la situation de Mojtaba Khamenei, qui a succédé à son père Ali Khamenei à la tête de la République islamique. Depuis sa prise de fonctions, il n'a effectué aucune apparition publique, alimentant toutes les spéculations sur son état de santé et sur sa capacité réelle à exercer le pouvoir. Fox News et Iran International rapportent que sa localisation exacte et ses conditions de vie restent inconnues, y compris des membres du gouvernement.
Certains responsables américains auraient évoqué l'hypothèse d'une incapacité physique ou mentale du Guide suprême, une information relayée par le Financial Express. Sans confirmation officielle, ces rumeurs contribuent à entretenir un climat d'incertitude profonde au sein des cercles dirigeants iraniens.
Un périmètre de sécurité qui exclut le gouvernement
L'IRGC aurait mis en place un dispositif de sécurité resserré autour du Guide suprême, limitant drastiquement l'accès à sa personne. Un « conseil militaire » composé de hauts commandants des Gardiens de la Révolution contrôlerait les informations qui lui parviennent — ou qui lui sont présentées comme lui parvenant. Le gouvernement civil serait ainsi exclu de tout contact direct avec l'autorité suprême, rendant impossible toute coordination entre les deux piliers du pouvoir iranien.
Cette configuration crée une situation inédite : le chef de l'État élu ne peut ni gouverner librement, ni obtenir l'arbitrage du Guide suprême, tandis que l'armée occupe l'espace laissé vacant par cette double paralysie.
Contexte : une République islamique sous pression multiforme
Des tensions internes accumulées depuis des mois
Cette crise institutionnelle ne surgit pas de nulle part. Elle s'inscrit dans un contexte de fragilisation progressive du régime iranien, soumis à des pressions internes et externes de toutes parts. Les manifestations populaires, notamment celles portées par des femmes réclamant leurs droits fondamentaux, ont profondément ébranlé la légitimité du pouvoir ces dernières années. Les négociations nucléaires patinent. Et les tensions géopolitiques dans la région restent à un niveau extrêmement élevé.
Par ailleurs, le détroit d'Ormuz est devenu le théâtre d'une confrontation maritime croissante, avec des saisies de navires commerciaux et des affrontements entre forces iraniennes et américaines. Ces incidents militarisent davantage le discours intérieur et renforcent le poids de l'IRGC dans la prise de décision stratégique — les Gardiens étant au cœur de ces opérations navales.
L'IRGC, un État dans l'État
L'emprise de l'IRGC sur l'économie, la politique étrangère et la sécurité intérieure de l'Iran est bien documentée. Fondé pour défendre les idéaux de la Révolution islamique, ce corps d'armée d'élite contrôle aujourd'hui des pans entiers de l'économie iranienne, de l'industrie pétrolière aux télécommunications. Il dispose de ses propres services de renseignement, de ses propres réseaux diplomatiques informels et de sa propre vision stratégique, parfois en décalage avec celle des présidents successifs.
L'épisode actuel marque peut-être le franchissement d'un seuil : de force dominante dans les coulisses, l'IRGC semble vouloir s'affirmer comme le véritable centre de commandement de l'État, en pleine lumière. C'est une dynamique que les observateurs redoutaient depuis longtemps, et qui pourrait redéfinir durablement la nature du régime iranien.
Réactions internationales et enjeux diplomatiques
La communauté internationale observe cette évolution avec une attention particulière, dans un moment où plusieurs dossiers cruciaux sont ouverts avec Téhéran. Les États-Unis, engagés dans des discussions indirectes sur le dossier nucléaire iranien, se retrouvent face à une incertitude fondamentale : qui négocie réellement au nom de l'Iran ? Si le président est neutralisé et le Guide suprême inaccessible, quel interlocuteur dispose de la légitimité pour signer un accord ?
Donald Trump, qui avait pourtant affiché une certaine ouverture à l'égard d'une reprise des négociations, a depuis durci le ton, évoquant publiquement la situation intérieure iranienne et la question du contrôle du détroit d'Ormuz. Des responsables américains ont par ailleurs été entendus au Congrès pour traiter de la crise iranienne, signalant que Washington suit de près la situation.
Du côté européen, la prudence prévaut. La France, l'Allemagne et le Royaume-Uni, traditionnellement impliqués dans la diplomatie nucléaire avec Téhéran, n'ont pas encore réagi officiellement aux rapports sur la prise de contrôle de l'IRGC. Les chancelleries préfèrent attendre une clarification avant de se positionner publiquement.
Perspectives : vers une militarisation durable du pouvoir iranien ?
Si la prise en main de l'État par l'IRGC se confirme et se pérennise, les implications sont considérables. L'Iran se rapprocherait d'un modèle de junte militaire déguisée en régime théocratique, où les élections et les présidences ne seraient plus que des façades institutionnelles. Ce glissement affecterait non seulement la politique intérieure — en particulier les espoirs de réforme que nourrissent encore certains Iraniens —, mais aussi la capacité du pays à s'engager de manière crédible dans des négociations diplomatiques.
La question de la succession au sein de l'IRGC et de la gestion de l'héritage khamenéiste demeure ouverte. Mojtaba Khamenei, fils du défunt Guide Ali Khamenei, avait été présenté comme une figure de continuité. Son incapacité présumée à exercer pleinement le pouvoir fragilise ce récit de stabilité et ouvre une période d'imprévisibilité que les acteurs régionaux — Arabie saoudite, Israël, Turquie — surveillent avec la plus grande attention.
Dans ce contexte de recomposition du pouvoir à Téhéran, la communauté internationale se retrouve face à une équation complexe : négocier avec qui ? Sur quelle base ? Et avec quelles garanties de mise en œuvre ? Les prochaines semaines seront décisives pour comprendre si l'IRGC entend institutionnaliser son contrôle ou s'il s'agit d'une transition temporaire en attendant une stabilisation au sommet de l'État.
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