Gold Card Trump : un seul visa vendu à 1 million de dollars, Lutnick contredit ses propres chiffres sous serment

The Trump card: $5 million worth 'gold card' for the super rich unveiled

Un bilan quasi nul pour le visa à un million de dollars

Le programme « Gold Card » de l'administration Trump, censé ouvrir les portes de la résidence américaine aux étrangers fortunés contre un don d'un million de dollars, affiche pour l'instant un résultat symbolique : une seule demande approuvée. C'est Howard Lutnick, secrétaire au Commerce, qui l'a lui-même reconnu le 23 avril 2026, lors de son audition devant la sous-commission des crédits de la Chambre des représentants, consacrée au budget 2027 du département du Commerce.

Interrogé par la représentante démocrate Grace Meng sur le nombre de dossiers validés à ce jour, Lutnick a répondu sans ambages : « Ils ont approuvé, récemment, une personne, et il y en a des centaines dans la file d'attente. » Il a justifié ce chiffre modeste par la nouveauté du dispositif et par la rigueur du processus de vérification mené par le département de la Sécurité intérieure (DHS), qui facture 15 000 dollars de frais de traitement — contre 600 dollars pour un visa classique — et se targue d'effectuer « la vérification la plus sérieuse de toute l'histoire du gouvernement ».

Une contradiction flagrante avec ses déclarations passées

Ce chiffre tranche radicalement avec les annonces triomphantes que Lutnick avait faites quelques mois plus tôt. En mars 2025, invité du podcast All-In, il affirmait avoir déjà vendu 1 000 Gold Cards à 5 millions de dollars chacune. Des propos tenus alors que le programme n'était même pas encore officiellement lancé. Le secrétaire au Commerce avait également confié au Financial Times qu'il ne pouvait s'empêcher de « pitcher » le visa investor à des dignitaires et hommes d'affaires étrangers lors de ses déplacements.

La contradiction entre ces déclarations publiques et ce qu'il a admis sous serment devant le Congrès n'a pas manqué de susciter des réactions. Pour les critiques du programme, cela illustre une tendance de l'administration à surestimer les résultats de ses initiatives avant même qu'elles ne soient opérationnelles.

Historique et fonctionnement du programme Gold Card

Donald Trump a signé le décret créant le Gold Card le 19 septembre 2025. Le programme a officiellement ouvert ses portes aux candidatures en décembre de la même année. Son principe est simple : tout étranger capable de verser un million de dollars au gouvernement fédéral américain — en plus des 15 000 dollars de frais de dossier — peut prétendre à une résidence légale accélérée aux États-Unis.

Le site officiel du programme promet une approbation « en un temps record », positionnant le Gold Card comme une voie rapide pour les élites mondiales, à rebours des procédures d'immigration traditionnelles qui peuvent s'étirer sur des années. Trump avait présenté cette initiative comme un double levier : attirer des investisseurs étrangers et générer des recettes substantielles pour l'État fédéral.

Une destination floue pour les fonds collectés

Lors de son audition, Lutnick n'a pas pu préciser l'utilisation qui sera faite des sommes collectées. Interrogé sur ce point, il a indiqué que l'argent irait à « l'amélioration des États-Unis », une formulation volontairement vague. « C'est l'administration qui en décidera », a-t-il ajouté. Le département de la Sécurité intérieure, de son côté, a renvoyé les questions vers le département du Commerce, qui n'avait pas encore répondu aux demandes de précision au moment de la publication des informations.

L'identité de l'unique bénéficiaire approuvé n'a pas non plus été communiquée, Lutnick se refusant à tout détail sur ce dossier.

Un programme sous surveillance, entre promesses et réalité

Le faible nombre d'approbations — une sur plusieurs centaines de candidatures en attente — soulève des questions sur la capacité opérationnelle réelle du programme. Si l'administration insiste sur la rigueur du processus de vérification pour expliquer la lenteur, les observateurs notent que le décalage entre le discours de vente et les résultats concrets est particulièrement saisissant.

Dans un contexte où l'administration Trump mène par ailleurs une politique d'immigration très restrictive pour les migrants ordinaires, le Gold Card représente une forme de double standard assumé : fermeture des frontières pour les uns, tapis rouge tarifé pour les autres. Ce paradoxe alimente les critiques des opposants au programme, qui y voient une marchandisation de la citoyenneté américaine sans garanties suffisantes sur l'utilisation des fonds.

Pour l'heure, les centaines de candidats dans la file d'attente — dont les profils restent inconnus du public — attendent une décision d'un système qui, de l'aveu même de son principal promoteur, vient tout juste de trouver ses marques. La promesse d'une manne financière pour le Trésor américain reste, à ce stade, largement théorique.

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