Le gouvernement relance le débat sur la désindexation des retraites
À quelques mois de l'élection présidentielle, l'exécutif remet sur la table une mesure explosive : la désindexation des pensions de retraite pour les plus aisés. Interrogé par Libération le 13 août, le ministre de l'Économie, Roland Lescure, a ouvert la porte à une « indexation plus modérée » des pensions des retraités les plus favorisés, tout en promettant de « préserver les retraités les plus modestes ». Une déclaration qui a immédiatement fait réagir, tant le sujet est politiquement sensible.
Selon les informations du Parisien, le gouvernement travaillerait sur un scénario à « trois taux différents » pour la revalorisation des retraites en 2027. L'objectif : réaliser des économies substantielles, alors que la revalorisation automatique liée à l'inflation représente environ 6 milliards d'euros de dépenses supplémentaires par an. Pour boucler le budget 2027, Sébastien Lecornu, le Premier ministre, semble prêt à briser un tabou qui a déjà coûté leur poste à ses deux prédécesseurs.
Une mesure qui divise jusqu'au sein de la majorité
L'ancien ministre de l'Économie, Thierry Breton, est monté au créneau ce dimanche 16 août sur BFMTV. « C'est une très mauvaise idée, il ne faut pas toucher aux retraités », a-t-il martelé. Selon lui, une telle mesure frapperait trop large : avec une pension moyenne de 1 550 euros, un couple de retraités dépasserait facilement les 3 000 euros mensuels et serait pénalisé. Il rappelle par ailleurs que la réforme Borne, adoptée en 2023, devait générer des économies croissantes – 10 milliards en 2027 – mais a été suspendue par Sébastien Lecornu.
De son côté, le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, tente de calmer le jeu en affirmant que « rien n'est décidé à ce stade », tout en concédant qu'« il faudra faire des efforts ». Une position prudente qui contraste avec l'urgence budgétaire affichée par Bercy.
Un serpent de mer politique qui a déjà coûté cher
La désindexation des retraites n'est pas une nouveauté. Michel Barnier, puis François Bayrou, avaient tenté de s'attaquer à ce sujet avant de reculer face à la pression sociale et politique. Le premier plaidait pour un décalage de l'indexation sur l'inflation, le second pour une « année blanche » gelant toutes les prestations sociales. Dans les deux cas, les gouvernements ont été renversés à l'Assemblée nationale.
Le sujet est d'autant plus délicat que les retraités représentent un réservoir électoral considérable, et que les syndicats veillent au grain. Pourtant, les chiffres donnent du grain à moudre au gouvernement : le niveau de vie médian des ménages de retraités s'établit entre 2 030 et 2 300 euros par mois, selon l'Insee et la Drees. Loin du seuil de 3 000 euros souvent cité, mais au-dessus du niveau de vie médian de l'ensemble de la population. Un argument que ne manquent pas de brandir les partisans d'une contribution des plus aisés.
La question du seuil et des critères
Reste à définir précisément qui serait concerné. Roland Lescure évoque les « retraités aisés », mais sans donner de chiffre. Thierry Breton, lui, pointe l'absurdité d'un seuil à 3 000 euros pour un couple, qui toucherait des ménages ayant travaillé toute leur vie avec des salaires moyens. Les écarts de pension sont par ailleurs très importants : les femmes touchent en moyenne 40 % de moins que les hommes, en raison de carrières plus hachées. Une mesure mal calibrée risquerait d'aggraver les inégalités existantes.
Une décision politique à haut risque
Au-delà des aspects techniques, c'est bien un choix politique que s'apprête à faire l'exécutif. À un an de l'élection présidentielle, toucher aux retraites – même celles des plus aisés – est perçu comme une ligne rouge par une large partie de l'opinion. Les deux derniers gouvernements ayant tenté l'aventure ont été emportés. Le pari de Sébastien Lecornu est d'autant plus risqué que la mesure pourrait être présentée comme une rupture d'égalité entre les retraités, alors même que le gouvernement affirme vouloir préserver les plus modestes.
Les oppositions, de gauche comme de droite, se préparent déjà à contester la mesure. Certains dénoncent une « taxe sur les vieux », d'autres une « atteinte à la solidarité intergénérationnelle ». Le débat s'annonce vif, d'autant que la question du financement des retraites reste entière. En Allemagne, le gouvernement a récemment levé le tabou de la capitalisation obligatoire, une piste également évoquée en France par le Medef et certains parlementaires. Mais dans l'Hexagone, le sujet demeure ultra-sensible.
En attendant les arbitrages de septembre, le gouvernement avance sur une corde raide. La désindexation partielle des retraites des plus aisés semble être la piste privilégiée, mais son périmètre et son seuil restent à définir. Une chose est sûre : le débat ne fait que commencer, et il promet d'être passionné jusqu'à l'adoption du budget 2027. Les retraités, eux, retiennent leur souffle.
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