Le cinéaste franco-grec Costa-Gavras à l'honneur dans un village corse
Le réalisateur franco-grec Costa-Gavras, âgé de 93 ans, a inauguré ce samedi 9 mai 2026 la première édition du Festivale di sinemà à Marignana, en Corse-du-Sud. Organisé par l'associu Scopre, ce festival de cinéma lui rend hommage jusqu'au 31 octobre 2026 avec la diffusion de deux de ses films par semaine.
Accompagné de son épouse Michèle, le cinéaste a foulé le sol corse pour la première fois à l'occasion d'un événement public. Un choix dicté par l'originalité du lieu : « L'associu Scopre, toute petite structure rurale, anime un territoire et diffuse la culture depuis 38 ans », a-t-il expliqué. « Elle fait ce que l'on demande à tout lieu culturel : réunir tous les profils en un lieu essentiel et permettre à chacun d'avoir accès à plusieurs formes de cultures. »
L'initiative, intitulée L'Udissea corsa di Costa-Gavras, a été lancée le 8 mai, « jour de la victoire des forces alliées sur le fascisme », a tenu à souligner Paul Ceccaldi, président de l'association.
« Les jeunes générations ne sont plus entraînées à réfléchir »
Dans un entretien accordé à nos confrères de Corse-Matin, Costa-Gavras a livré une réflexion engagée sur le rôle du cinéma aujourd'hui. Selon lui, « tout acte de création n'est jamais dénué de politique ». Il a souligné la mission pédagogique du 7e art à l'heure où « les nouvelles générations ne sont plus entraînées à réfléchir face à l'information qu'elles reçoivent ».
Le cinéaste, connu pour des œuvres politiques majeures comme Z (Palme d'or 1969), L'Aveu ou Missing, voit dans le festival une manière de rappeler cette mission. « Un centre culturel au pouvoir immense dans un si petit village », a-t-il insisté, louant la capacité du lieu à « réunir tous les profils ».
Cette venue en Corse intervient alors que le Festival de Cannes, qui se tient du 12 au 23 mai 2026, a ouvert sa 79e édition ce mardi avec une Palme d'or d'honneur remise à Peter Jackson. Les deux événements illustrent la diversité des approches du cinéma : d'un côté, la grand-messe médiatique de la Croisette ; de l'autre, un festival rural qui mise sur la proximité et la transmission.
Un symbole fort pour la Corse et la ruralité
Le Festivale di sinemà de Marignana, porté par l'associu Scopre depuis 38 ans, veut prouver qu'« une culture qu'on n'imagine pas exister dans les petits villages » peut rayonner. En invitant Costa-Gavras, le festival corse envoie un signal fort : le cinéma d'auteur et engagé a toute sa place hors des circuits traditionnels.
Cette dynamique n'est pas isolée. Dans un contexte où l'accès à la culture en milieu rural reste un enjeu majeur, ce type d'initiative fait écho à d'autres débats nationaux. Le projet controversé de chaîne d'info de gauche sur la TNT porté par Matthieu Pigasse montre à quel point la question de la diffusion des idées et de la création reste centrale.
Le cinéma comme acte de résistance
Au-delà de l'anecdote locale, la présence de Costa-Gavras en Corse s'inscrit dans une actualité plus large. Au même moment, à Cannes, les actrices Jane Fonda et Gong Li ont ouvert le festival en déclarant : « Le cinéma a toujours été un acte de résistance. » Un écho direct aux propos du réalisateur franco-grec, pour qui « le courage de raconter prime ».
Cette vision rejoint les préoccupations de nombreux artistes et intellectuels sur le rôle de la culture face à la crise de l'information. Costa-Gavras, avec sa carrière jalonnée de films politiques, incarne cette résistance par la création. Alors que les algorithmes et les réseaux sociaux redéfinissent les modes de consommation culturelle, son message résonne particulièrement.
Le festival de Marignana, modeste mais ambitieux, démontre que l'engagement peut venir des territoires les plus inattendus. Une leçon que le cinéaste, qui vit à Saint-Lubin-de-la-Haye en région Centre-Val de Loire (aux côtés d'autres figures comme Jane Fonda), connaît bien.
Un hommage qui en appelle d'autres
À 93 ans, Costa-Gavras continue d'incarner un cinéma de conviction. Sa tournée corse, bien que locale, pourrait inspirer d'autres festivals ruraux. En attendant, l'associu Scopre prévoit de projeter ses films jusqu'à l'automne, espérant attirer un public varié, des habitants aux estivants.
L'avenir dira si cette initiative fera des émules. Une chose est sûre : dans un monde où l'éphémère domine, le geste de Marignana a valeur de symbole. Comme le résume le réalisateur lui-même : « Créer, c'est déjà résister. »
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