Pigasse veut lancer une chaîne d'info de gauche sur la TNT : le projet qui divise

Invité - Mathieu Pigasse : le banquier de gauche qui mène une bataille culturelle contre l'extrême droite

Matthieu Pigasse officialise son projet de chaîne d'info en continu de gauche

L'homme d'affaires Matthieu Pigasse, déjà propriétaire de Radio Nova et des Inrockuptibles, accélère son offensive médiatique. Selon des informations révélées par Satellifacts et confirmées par plusieurs sources, il souhaite lancer une chaîne d'information en continu de gauche sur la TNT. Le projet est porté avec le sénateur communiste Fabien Gay, également directeur de L'Humanité. Tous deux espèrent obtenir l'une des six fréquences qui seront remises en jeu en 2027 par l'Arcom, alors que les créneaux laissés vacants par Canal+ en 2025 n'ont pas encore été réattribués.

Interrogé par Puremédias, Matthieu Pigasse a qualifié cette initiative de « combat essentiel », assumant pleinement une ambition idéologique et médiatique. « La gauche, c'est le refus de ce qui est, a-t-il déclaré sur France Culture fin avril. Il n'y a pas de fatalité. Quand on combat, on peut gagner. » L'ancien banquier de Lazard, qui s'est récemment illustré par ses prises de position contre ce qu'il appelle une « démarche politique menée au profit de l'extrême droite », se dit prêt à jouer un rôle dans la bataille culturelle à gauche en vue de la présidentielle de 2027.

Un projet qui suscite des réactions contrastées

L'annonce a immédiatement provoqué des débats dans le paysage médiatique. Sur RMC Story, l'émission Les Grandes Gueules s'est emparée du sujet ce mardi 12 mai 2026. Pour l'entrepreneur Emmanuel de Villiers, « il existe déjà une chaîne de gauche, c'est Franceinfo ». Il a ironisé sur le paradoxe d'un millionnaire portant des idées de gauche, tout en reconnaissant son droit à le faire dans la légalité. De son côté, l'éducateur Abel Boyi a suggéré que Pigasse pourrait plutôt investir dans Le Média, un webmedia de gauche en quête de financements.

Mais la réaction la plus marquante est venue du chroniqueur Olivier Truchot : « Si on dit oui à Pigasse, il faut arrêter d'emmerder Vincent Bolloré et Pierre-Edouard Stérin », a-t-il lancé, en référence aux critiques récurrentes contre les chaînes d'opinion conservatrices. Selon lui, les règles doivent être les mêmes pour tous. D'autres intervenants, comme l'enseignant Benjamin Amar, ont jugé le projet « salutaire » pour le pluralisme, estimant qu'une chaîne privée aux accents progressistes pourrait attirer un large public.

Contexte : la bataille des fréquences TNT et le précédent Canal+

Ce projet s'inscrit dans un contexte de recomposition du paysage audiovisuel français. En 2025, le groupe Canal+ a libéré plusieurs fréquences sur la TNT, qui n'ont toujours pas été réattribuées. L'Arcom doit trancher en 2027 sur l'avenir de six canaux, ouvrant une fenêtre d'opportunité pour de nouveaux entrants. Pigasse et Gay entendent bien en profiter.

Le duo mêle deux univers que tout oppose : d'un côté, un multimillionnaire issu de la finance et de la culture ; de l'autre, un élu communiste à la tête d'un journal historique. « Une vraie rencontre entre un multimillionnaire et un communiste », a souri Fabien Gay, qui y voit une alliance inédite capable de peser face aux géants de l'info comme CNews ou BFMTV.

Ce n'est pas la première fois que Matthieu Pigasse cherche à étendre son influence médiatique. Après avoir racheté Les Inrockuptibles et Radio Nova, il a fondé le groupe Combat, qui regroupe également plusieurs festivals culturels. Il avait déjà été auditionné en avril devant une commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public, où il avait dénoncé une « mainmise de l'extrême droite sur certains médias ».

Polémiques internes et questions éthiques

Mais le projet de Pigasse n'est pas exempt de controverses. Le journal Libération a récemment publié une enquête sur le management jugé « brutal, humiliant et autoritaire » au sein du groupe Combat. Pigasse avait répondu en parlant de « rançon du succès ». Par ailleurs, la Tribune Juive a relayé des accusations d'antisémitisme visant certains contenus diffusés sur Radio Nova. Selon l'article, un pseudo-humoriste de la station aurait tenu des propos antijuifs, justifiés par la direction au nom de la liberté d'expression et de l'humour militant.

Une situation qui fait écho à des tensions plus larges dans le milieu médiatique, où la frontière entre transgression et dérive idéologique est parfois floue. Pour ses détracteurs, Pigasse incarnerait une gauche de salon, moralisatrice mais peu regardante sur certains contenus. Pour ses soutiens, il est au contraire le dernier rempart contre un paysage médiatique dominé par les valeurs conservatrices.

Enjeux : pluralisme, équité et avenir de la TNT

Le débat dépasse largement la personne de Matthieu Pigasse. Il pose la question du pluralisme des médias en France. Alors que CNews est régulièrement accusée de partialité par ses opposants, la création d'une chaîne d'info de gauche pourrait rééquilibrer le spectre éditorial. Mais elle soulève aussi des interrogations sur l'équité : pourquoi accorder une fréquence à un multimillionnaire quand d'autres acteurs, comme Le Média, peinent à se financer ?

Pour Olivier Truchot, la réponse est simple : « Il faut arrêter de stigmatiser certains patrons de médias. Si on autorise Pigasse, on ne peut plus critiquer Bolloré ou Stérin. » Une position qui pourrait influencer le débat public dans les mois à venir, alors que l'Arcom doit rendre ses arbitrages.

Au-delà de la TNT, ce projet illustre une tendance plus large : la politisation croissante des médias français. De l'info en continu aux radios, en passant par la presse écrite, chaque groupe tente de capter une audience en misant sur un positionnement idéologique assumé. Pigasse, avec son profil de banquier rebelle, pourrait bien incarner cette nouvelle vague.

Perspectives : quel impact pour la présidentielle de 2027 ?

Le calendrier n'est pas anodin. Alors que la campagne présidentielle de 2027 se profile, la création d'une chaîne d'info de gauche pourrait offrir une tribune aux forces progressistes, fragmentées depuis la dissolution de 2024. Certains voient déjà en Matthieu Pigasse une personnalité capable de jouer un rôle politique, voire de fédérer une partie de l'électorat.

L'intéressé, lui, se défend de toute ambition électorale immédiate, mais ne cache pas sa volonté d'influer sur le débat. « S'engager aujourd'hui, c'est une question de devoir et de responsabilité », a-t-il martelé. Reste à savoir si ce projet aboutira, et si le public suivra. Les audiences de Radio Nova et des Inrocks sont en hausse, ce qui laisse penser qu'il existe une demande pour un média résolument de gauche.

Dans le même temps, l'actualité en France ne manque pas de sujets brûlants. Entre les tensions sociales, les affaires judiciaires et les crises économiques — comme l'alerte récente de Marc Touati sur une « vraie crise » imminente —, le paysage médiatique est plus que jamais un champ de bataille. Pigasse espère bien y prendre sa place.

Conclusion : un projet qui divise, mais qui interroge

Entre enthousiasme et scepticisme, le projet de chaîne d'info de gauche porté par Matthieu Pigasse et Fabien Gay cristallise les tensions qui traversent les médias français. Au-delà des polémiques personnelles, il pose des questions de fond sur le pluralisme, l'équité de traitement entre les groupes et le rôle de l'audiovisuel public.

Alors que les fréquences TNT seront attribuées dans moins d'un an, le débat ne fait que commencer. Et pendant ce temps, l'actualité continue de s'emballer, avec des événements marquants comme le drame d'Esquelbecq dans le Nord, ou encore l'alerte sanitaire concernant le norovirus sur le Caribbean Princess. Autant de sujets qui mériteraient une couverture pluraliste et équilibrée.

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