Climat : Valérie Masson-Delmotte alerte sur les décès invisibles des personnes âgées
Alors que la France connaît sa première vague de chaleur de l’année 2026, avec des températures dépassant les 40 °C dans plusieurs régions ce dimanche 23 juin, la paléoclimatologue Valérie Masson-Delmotte monte au créneau. Dans un entretien accordé à Reporterre et repris par plusieurs médias, l’ancienne coprésidente d’un groupe de travail du Giec étrille les « effets d’annonce » des politiques et alerte sur un « déni de responsabilité » face à l’accélération du changement climatique.
« Ma grande peur, c’est qu’on rende invisible la surmortalité des personnes âgées, notamment les vieilles dames », a-t-elle déclaré ce mardi à l’AFP. L’été 2025 avait déjà causé environ 5 700 décès attribués aux fortes chaleurs, sans qu’aucun hommage national ne soit rendu. « Pas un portrait, pas un hommage, rien », déplore-t-elle.
24 départements en vigilance jaune, 40 °C attendus
Jeudi 17 juin, Météo-France a placé 24 départements en vigilance jaune canicule, annonçant un épisode de chaleur exceptionnel par sa précocité et son intensité. Ce n’est que la cinquième fois que l’Hexagone connaît une vague de chaleur aussi tôt dans l’année, après 2005, 2017, 2022 et 2025. « Deux épisodes de chaleur si tôt dans la saison, c’est exceptionnel, et en même temps attendu », analyse Valérie Masson-Delmotte, qui rappelle que la hausse des températures mondiales rend ce type d’événement plus fréquent et plus intense.
Le constat d’un monde « conçu pour un climat qui n’existe plus »
Intervenant le 18 juin au forum Ici On Agit ! à Strasbourg, la scientifique a livré un constat lucide : « Notre manière de vivre a été pensée pour un climat qui n’existe plus. » Elle pointe l’inadaptation des infrastructures et des politiques publiques face à une réalité climatique qui échappe aux repères traditionnels.
Une critique des coupes budgétaires et d’une « trumpisation » de la science
Dans son entretien à Reporterre, Valérie Masson-Delmotte s’inquiète d’une « trumpisation » en France, caractérisée par des coupes budgétaires dans la recherche environnementale et le licenciement de scientifiques. Elle y voit un recul inquiétant de la place de la science dans le débat public, alors même que les phénomènes extrêmes se multiplient.
« Sur toutes ces questions, j’ai l’impression que personne (sur le plan politique) n’est responsable », a-t-elle ajouté, appelant à des « projets structurés, ancrés dans la réalité » et fondés sur « les valeurs de la République » : liberté, égalité, fraternité.
Les enjeux d’une canicule qui interroge le modèle de société
Au-delà des records de température, c’est la question de la protection des populations les plus vulnérables qui est au cœur des préoccupations. La canicule actuelle touche particulièrement les personnes âgées, les sans-abri et les travailleurs en extérieur. À Poitiers, une photographie d’un bénévole de la Croix-Rouge assistant une personne sans-abri illustre l’urgence sociale de la situation.
Un débat sur la responsabilité politique
Valérie Masson-Delmotte appelle à ne pas se contenter de mesures d’urgence, mais à anticiper les canicules à venir. « Le nombre de jours de vagues de chaleur sera multiplié par dix à l’horizon 2100 », prévient-elle, citant les projections du Giec. En filigrane, sa critique interroge la redevabilité des dirigeants : comment justifier des coupes dans la recherche climatique alors que les conséquences du réchauffement se font déjà sentir ?
Ce débat intervient alors que la France a activé le plan ORSAN de niveau 2 pour les hôpitaux, témoignant de la pression exercée sur le système de santé par la canicule.
Une tendance de fond : le dérèglement accéléré
Si la canicule de juin 2026 est marquante par sa précocité, elle s’inscrit dans une série d’événements extrêmes qui ne cessent de s’intensifier. L’été 2025, l’un des plus chauds jamais enregistrés, avait déjà vu quatre épisodes de canicule concerner près de 80 % de la population. Les scientifiques redoutent une année 2026 encore plus chaude, alimentée par des phénomènes comme El Niño « super » en approche, ce qui pourrait aggraver la fréquence et la violence des vagues de chaleur.
Valérie Masson-Delmotte insiste : derrière les records, ce sont des vies humaines qui sont en jeu. Et pour elle, l’inaction politique n’est plus une option. « On le voit, une canicule comme celle-ci s’attaque à la liberté, à l’égalité et à la fraternité », conclut-elle, appelant à un sursaut collectif.
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