El Niño « super » en approche : un phénomène exceptionnel qui inquiète

Alerte des experts : un « Super El Niño » en approche pour cet été

Un « super El Niño » en vue pour l’hiver prochain

Les scientifiques l’avaient anticipé, c’est désormais officiel : le phénomène El Niño est de retour, et il pourrait battre tous les records. Le 11 juin 2026, l’agence américaine NOAA (National Oceanic and Atmospheric Administration) a confirmé l’installation de conditions El Niño dans le Pacifique équatorial, caractérisées par une anomalie de température de surface de la mer d’au moins 0,5 °C. Mais ce qui frappe les experts, c’est la vitesse et l’ampleur du réchauffement observé depuis le printemps.

Selon les données les plus récentes, la température dans la zone de référence Niño 3.4 atteint déjà 29,4 °C, soit 1,7 °C au-dessus de la moyenne trentenaire. C’est l’écart le plus important jamais enregistré pour un mois de juin depuis le début des relevés modernes en 1981. Les modèles prévoient désormais une probabilité de 63 % que ce seuil dépasse les 2 °C d’anomalie entre novembre et janvier, ce qui classerait l’événement dans la catégorie des « super El Niño », un stade seulement atteint trois fois depuis 1950 (notamment en 2015-2016).

« Les données montrent ces températures incroyablement chaudes, et surtout la rapidité de l’intensification en venant d’une phase La Niña » , alerte Benjamin Horton, professeur en sciences de la Terre à l’Université de Hong Kong, cité par Bloomberg.

Des impacts immédiats sur les récoltes et l’alimentation mondiale

Au-delà des records météorologiques, c’est la menace d’une crise humanitaire qui se profile. L’histoire des grands El Niño est émaillée de sécheresses dévastatrices et de famines. Dans un rapport conjoint publié le 21 juin, le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) ont lancé un appel urgent aux financements pour éviter une « catastrophe alimentaire mondiale » avant qu’elle ne se produise.

L’exemple éthiopien est souvent cité en référence. L’épisode de 1972-73 avait détruit la plus grande pêcherie d’anchois du Pérou et provoqué une sécheresse meurtrière en Asie du Sud et dans la Corne de l’Afrique, contribuant à une famine qui a contribué à un coup d’État. En 1982-83 et 1997-98, les récoltes avaient de nouveau été décimées. Aujourd’hui, alors que 20 millions de personnes en Éthiopie subissent déjà les effets de sécheresses successives, l’arrivée d’un El Niño d’une telle intensité fait craindre une aggravation rapide de l’insécurité alimentaire.

Dans les régions sensibles comme l’Afrique de l’Est, le Sahel ou l’Asie du Sud, les cultures pluviales (maïs, sorgho, mil) sont directement menacées par le déficit de précipitations prévu. Le nutritionniste Adugna Woyessa, épidémiologiste à l’Institut éthiopien de santé publique, témoigne dans The Guardian de l’impact en cascade : « La nutrition est tout, c’est ce qui détermine votre capacité à résister aux chocs sanitaires. »

Le visage d’El Niño en Amérique du Nord

Si les tropiques sont frappés de plein fouet, les conséquences se feront aussi sentir sur le continent nord-américain. Aux États-Unis, un fort El Niño se traduit généralement par un hiver plus humide et plus tempétueux dans le Sud (Californie, Texas, Floride), tandis que le Nord-Ouest (État de Washington, Oregon) connaît des conditions plus douces et plus sèches.

« Le principal effet immédiat pour l’Amérique du Nord, c’est une saison des ouragans atlantiques plus calme que la normale » , explique William Baule, chercheur en sciences atmosphériques à l’Université Texas A&M, dans un entretien à la BBC. En raison du cisaillement vertical du vent renforcé par El Niño, la formation de tempêtes tropicales est entravée. La NOAA prévoit ainsi une saison 2026 en dessous de la moyenne, avec au maximum six ouragans.

Cependant, cette accalmie apparente pourrait être trompeuse. Au Canada et dans le nord des États-Unis, un hiver plus doux pourrait perturber les écosystèmes et les activités économiques, comme le ski ou la gestion des ressources en eau. Au Colorado, les prévisionnistes observent déjà une arrivée précoce de l’humidité, avec des orages violents fin mai, comme le rapporte la presse locale.

Un phénomène amplifié par le changement climatique

Ce qui rend cet épisode particulièrement préoccupant, c’est qu’il survient dans un océan déjà anormalement chaud. L’énergie accumulée par les gaz à effet de serre depuis un siècle agit comme un carburant supplémentaire pour les phénomènes extrêmes. « Nous avons déjà vu des températures de l’eau aussi élevées, mais jamais une intensification aussi rapide en sortant de La Niña », rappelle Benjamin Horton.

Cette combinaison inédite – chaleur de fond record + super El Niño – pourrait amplifier les records de température globale, déjà battus ces dernières années. L’année 2026 est d’ores et déjà en passe de devenir l’une des plus chaudes jamais mesurées.

Dans ce contexte, la vigilance des autorités sanitaires est de mise. En France par exemple, le plan ORSAN de niveau 2 a été activé pour faire face aux canicules, un dispositif qui pourrait être mis à rude épreuve si les anomalies climatiques se multiplient.

Une fenêtre de tir pour la prévention

Malgré ces perspectives alarmantes, les scientifiques rappellent que la surveillance et la modélisation se sont considérablement améliorées depuis les années 1970. Les prévisions à plusieurs mois permettent aujourd’hui de préparer les populations et les systèmes agricoles. Les appels aux fonds du PAM et de la FAO visent justement à financer des stocks de semences résistantes à la sécheresse, des systèmes d’alerte précoce et des distributions alimentaires ciblées avant que la crise ne s’installe.

« Nous avons une fenêtre de tir pour agir, insiste Adugna Woyessa. Si nous attendons que les images de famine fassent le tour du monde, il sera trop tard. »

La question est désormais de savoir si la communauté internationale parviendra à transformer cette alerte en action. L’histoire des super El Niño montre que leurs conséquences sont aussi durables qu’imprévisibles. En attendant, un « petit garçon » pas si petit se prépare à bouleverser le climat de la planète.

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