Le maire de Saint-Denis claque la porte de l'association "Suivez la Flèche"
Bally Bagayoko, le maire insoumis de Saint-Denis, a annoncé mardi 28 juillet 2026 qu'il ne participerait pas au bureau de l'association "Suivez la Flèche", chargée de la reconstruction de la flèche et de la tour nord de la basilique de Saint-Denis. En cause : l'élection, vendredi 24 juillet, de l'animateur et passionné de patrimoine Stéphane Bern à la présidence de cette structure. Dans un communiqué signé par les élus de sa majorité municipale et territoriale, M. Bagayoko dénonce des "nombreuses irrégularités" qui, selon lui, auraient dû conduire au report du scrutin.
Face à ce qu'il qualifie de "rupture sans précédent", l'édile et ses soutiens avaient déjà quitté l'assemblée générale avant le vote. "Nous ne participerons pas au bureau issu de cette élection", a-t-il tranché, marquant ainsi une opposition frontale à la nouvelle direction de l'association.
Des "manœuvres" et des "arrangements" dénoncés
Dans son texte, Bally Bagayoko pointe du doigt des "manœuvres et des arrangements avec les statuts" qu'il attribue à l'ancien maire socialiste Mathieu Hanotin, battu aux élections municipales de mars 2026. Selon le maire actuel, ces agissements auraient été menés "avec le concours de plusieurs responsables" pour favoriser l'élection de Stéphane Bern. "Pour la première fois depuis sa création, le maire de Saint-Denis et président de Plaine Commune est écarté de la présidence d'un projet emblématique pour le territoire", a-t-il déploré.
Cette prise de contrôle est perçue par le camp Bagayoko comme une manœuvre politique visant à écarter la nouvelle majorité municipale d'un dossier patrimonial majeur. L'association "Suivez la Flèche", fondée en 2016 sous l'impulsion des collectivités locales, avait jusqu'alors toujours été présidée par le maire de Saint-Denis – d'abord le communiste Patrick Braouezec, puis le socialiste Mathieu Hanotin. L'arrivée de Stéphane Bern, figure médiatique mais sans mandat électif local, marque donc une rupture dans la gouvernance du projet.
Un projet patrimonial sous haute tension
La basilique de Saint-Denis, nécropole des rois de France, est un symbole national. Sa flèche, détruite au XIXe siècle, et sa tour nord font l'objet d'un vaste chantier de reconstruction, soutenu par l'État, la région Île-de-France et des mécènes privés. L'association "Suivez la Flèche" joue un rôle clé dans la coordination des travaux et la collecte de fonds.
Stéphane Bern, connu pour ses émissions historiques et son action en faveur du patrimoine (notamment avec le Loto du patrimoine), a été élu à une large majorité, selon les participants. Son arrivée est vue par certains comme un gage de notoriété et de capacité à lever des fonds pour le chantier, dont le coût est estimé à plusieurs dizaines de millions d'euros. Mais pour Bally Bagayoko, cette élection est une atteinte à la légitimité territoriale.
Un conflit politique sous-jacent
Ce bras de fer dépasse le simple cadre associatif. Il s'inscrit dans la rivalité politique entre Bally Bagayoko (LFI) et son prédécesseur Mathieu Hanotin (PS). Ce dernier, bien que battu en mars, conserve une influence dans les réseaux locaux et nationaux. L'élection de Stéphane Bern, qui n'a pas de lien direct avec la ville, peut être interprétée comme une manière de court-circuiter l'autorité du nouveau maire.
L'édile insoumis avait déjà fait parler de lui en juillet pour un incident lors d'un concert de Barbara Butch, un sujet qui avait mis en lumière les tensions autour de sa politique culturelle. Aujourd'hui, c'est sur le volet patrimonial que le conflit éclate.
Quelles conséquences pour le chantier ?
Le refus de Bally Bagayoko de siéger au bureau de l'association ne remet pas en cause sa légitimité juridique : Stéphane Bern est bien le président élu. En revanche, cela pourrait compliquer la coordination entre la mairie et l'association. La ville de Saint-Denis reste un acteur incontournable, notamment pour les autorisations d'urbanisme et l'ancrage local du chantier.
Selon nos informations, des discussions sont en cours pour tenter d'apaiser la situation. Mais le ton employé par le maire, qui parle de "manœuvres" et de "rupture", laisse présager une période de tensions. Pour l'instant, ni Stéphane Bern ni Mathieu Hanotin n'ont réagi publiquement aux accusations.
Un signal pour la gouvernance des projets patrimoniaux
Au-delà du cas dionysien, cette affaire interroge sur la place des élus locaux dans des projets soutenus par des personnalités médiatiques ou l'État. À l'heure où le patrimoine est un enjeu à la fois culturel et politique, la question de qui doit piloter ces chantiers se pose avec acuité.
Alors que d'autres villes, comme Reims ou Chartres, ont également recours à des associations ou à des mécènes, le précédent de Saint-Denis pourrait faire jurisprudence. Il illustre aussi les fractures politiques qui traversent les territoires, y compris autour de sujets a priori consensuels comme la sauvegarde des monuments historiques.
Pendant ce temps, la basilique attend toujours sa flèche. Et les Dionysiens, eux, observent ce feuilleton politico-patrimonial avec un mélange d'incompréhension et de lassitude.
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