Karine Dusfour accuse Bertrand Cantat d'emprise sur Krisztina Rády, l'enquête rouverte

« Elle a parlé » : l'enquête sur le suicide de Krisztina Rády, l'autre tragédie liée à Bertrand Cantat

Karine Dusfour publie un livre-enquête sur l'emprise présumée de Bertrand Cantat

La journaliste Karine Dusfour a publié ce jeudi 10 septembre 2026 son livre-enquête Krisztina Rády, les silences qui tuent (éditions HarperCollins), dans lequel elle accuse Bertrand Cantat d'avoir exercé une emprise sur son ex-compagne Krisztina Rády, qui s'est suicidée par pendaison le 10 janvier 2010. L'ouvrage, qui s'appuie sur des témoignages et des documents inédits, dont un message audio de sept minutes laissé par la défunte à ses parents en 2009, a conduit à la réouverture de l'enquête sur les circonstances de ce décès.

Selon Karine Dusfour, Krisztina Rády vivait sous un "système de terreur intime" imposé par le chanteur de Noir Désir. Dans ce message, elle déclarait avoir "peur de mourir" et vouloir quitter le pays sans savoir où aller. La journaliste estime que "sa seule issue, c'était la mort" et évoque un "suicide forcé", tout en rappelant respecter la présomption d'innocence et le travail de la justice. Elle dénonce néanmoins "l'omerta" qui aurait entouré cette affaire pendant plus de quinze ans.

Une enquête rouverte après un documentaire Netflix

L'affaire avait été classée sans suite dans un premier temps, avant d'être rouverte en 2025 après la diffusion sur Netflix d'un documentaire sur Bertrand Cantat, auquel Karine Dusfour avait participé. Ce documentaire avait relancé l'intérêt du public et des autorités sur le rôle du chanteur dans la mort de Krisztina Rády. Une information judiciaire a été ouverte pour "violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner" et "harcèlement moral", selon des sources judiciaires.

Krisztina Rády, née en Hongrie, avait épousé Bertrand Cantat en 1997. Après la condamnation du chanteur pour le meurtre de Marie Trintignant en 2003, elle avait choisi de rester à ses côtés et avait même plaidé en faveur de sa libération anticipée, expliquant aux juges qu'ils allaient reprendre une vie familiale. Le couple s'était remis ensemble après la sortie de prison de Cantat en 2007. Trois ans plus tard, Krisztina Rády mettait fin à ses jours.

Un symbole des violences faites aux femmes

L'affaire Krisztina Rády intervient dans un contexte de libération de la parole des victimes de violences conjugales. Le meurtre de Marie Trintignant en 2003 avait déjà fait de Bertrand Cantat un symbole des féminicides, mais le cas de Krisztina Rády était resté dans l'ombre. Karine Dusfour, qui a réalisé de nombreux documentaires sur les violences intrafamiliales, cherche à faire entendre la voix de cette femme "oubliée de l'histoire".

Dans son livre, elle décrit un comportement "sacrificiel" de Krisztina Rády, qui aurait appelé au secours sans être entendue. La journaliste pointe également le silence des proches et des institutions, qui n'ont pas su protéger la victime. Cette publication relance le débat sur la prise en charge des femmes sous emprise et sur la nécessité de briser l'omerta qui entoure souvent ces drames.

Des réactions contrastées

Les avocats de Bertrand Cantat n'ont pas souhaité commenter dans l'immédiat, rappelant que l'enquête était en cours. De son côté, l'entourage de la famille de Krisztina Rády a salué la démarche de Karine Dusfour, espérant que la lumière soit enfin faite sur les circonstances du décès. Des associations féministes ont appelé à une meilleure formation des forces de l'ordre et de la justice face aux mécanismes d'emprise.

Karine Dusfour était invitée ce jeudi 10 septembre sur RTL, dans l'émission de Marc-Olivier Fogiel, pour présenter son ouvrage. Elle a également participé à l'émission C à Vous sur France 5. Son livre est disponible en librairie depuis le 10 septembre 2026.

Vers une reconnaissance du "suicide forcé" ?

Cette affaire pourrait faire jurisprudence en matière de violences psychologiques. En France, le suicide forcé n'est pas reconnu comme une infraction autonome, mais il peut être poursuivi sous la qualification de violences ayant entraîné la mort sans intention de la donner. Des associations demandent une évolution législative pour mieux prendre en compte l'emprise dans les procédures judiciaires.

L'enquête rouverte devra déterminer si Bertrand Cantat peut être tenu pénalement responsable du suicide de Krisztina Rády. En attendant, le livre de Karine Dusfour contribue à documenter un phénomène souvent invisible : celui des femmes qui, sous emprise, ne trouvent d'autre issue que la mort. Un sujet qui résonne avec d'autres affaires récentes, comme celle de Patrick Bruel où la parole des victimes reste fragile.

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