Une semaine noire pour le rugby anglais
Le rugby anglais traverse une zone de turbulences rarement atteinte depuis l'ère post-2003. Alors que les projecteurs sont braqués sur le Championnat des Nations, c'est un double avertissement qui a été infligé aux équipes d'Angleterre ce week-end. D'un côté, les U20 ont lourdement chuté face à l'Afrique du Sud (53-37) en demi-finale de la Coupe du monde, laissant les Springboks rejoindre la France en finale. De l'autre, l'équipe fanion de Steve Borthwick se prépare à affronter l'Argentine dans un climat de défiance quasi généralisé.
Le constat est sans appel : les "U20" ont encaissé 53 points face à des Sud-Africains trop puissants et trop organisés. Comme le rapporte L'Équipe, les Springboks juniors disputeront une deuxième finale consécutive, signe d'une filière de formation qui tourne à plein régime. Pendant ce temps, l'Angleterre senior, elle, cherche encore son identité de jeu.
Le jeu anglais dans l'impasse
L'article de Rugbyrama daté du 16 juillet dresse un portrait très critique de la gestion de Steve Borthwick. "Jeu décevant, déculottée contre l'Afrique du Sud... Steve Borthwick doit vite réagir", titre le média spécialisé. Le sélectionneur anglais, pourtant conforté par la fédération (RFU) en mai dernier, voit son crédit s'effriter match après match. Les chiffres sont accablants : cinq revers consécutifs avant la victoire étriquée contre les Fidji, un pire Tournoi des Six Nations de l'histoire, et des prestations loin des discours ambitieux sur le jeu de mouvement.
La titularisation de George Ford, ouvreur au style plus traditionnel, est perçue comme un aveu d'échec par rapport aux promesses de jeu faites par l'ancien deuxième ligne. Borthwick prône un jeu rapide, à l'image de Northampton ou Bath, mais sur le terrain, l'Angleterre produit des passes en moyenne bien inférieures à celles de la France (147 contre 179), ce qui trahit une incapacité à mettre en place le système espéré. La question qui taraude désormais les observateurs est simple : combien de temps Steve Borthwick pourra-t-il tenir ?
L'Argentine, un match couperet
Samedi, l'Angleterre affrontera une Argentine pas franchement convaincante non plus. Les Pumas ont montré des signes de fébrilité, mais ils restent une équipe rugueuse, capable de punir la moindre hésitation. Pour Borthwick, ce match a des allures de dernier tournant. "Une seule nation pourra sortir de ce premier chapitre du Championnat des Nations avec quelques certitudes", souligne Rugbyrama.
Le sélectionneur anglais n'a plus le droit à l'erreur. La pression est d'autant plus forte que, dans le même temps, la France semble monter en puissance. Les Bleus, grâce à une première ligne remaniée face au Japon (avec Montagne, Lamothe et Poirot), cherchent à stabiliser leur mêlée. Mais chez les Anglais, le doute s'installe durablement. La comparaison est d'autant plus cruelle que la France a largement dominé l'Angleterre A (35-19) en juin dernier, avec une mêlée déjà souveraine.
Une génération sacrifiée ou un électrochoc salvateur ?
Au-delà du résultat immédiat, c'est toute la filière de développement anglaise qui est interrogée. La défaite des U20 face à l'Afrique du Sud n'est pas un accident isolé. Elle s'inscrit dans une tendance : les jeunes Springboks, comme les Bleuets français, semblent mieux préparés aux exigences du haut niveau. Les Anglais, eux, accumulent les revers dans les catégories jeunes, ce qui pose la question de la formation et de la transmission des valeurs de jeu.
Dans le même temps, un autre choc culturel se profile en arrière-plan. Alors que le football s'apprête à vibrer avec des affiches de légende comme Argentine-Angleterre en Coupe du monde, le rugby anglais cherche désespérément à retrouver son rang. L'ombre de Maradona plane aussi sur ce choc, mais cette fois-ci sur le terrain de La Plata, pour un match qui pourrait sceller l'avenir de Borthwick.
Une issue incertaine
À moins d'un an du Mondial australien, la situation est alarmante. La RFU soutient son sélectionneur, mais les voix critiques se multiplient dans les médias britanniques. Le directeur général Bill Sweeney a beau affirmer que "Steve s'est engagé dans ce processus en toute transparence", la réalité du terrain est cruelle. L'Angleterre n'a plus le temps de tâtonner.
Le match contre l'Argentine est bien plus qu'un simple match de poule. C'est un test de survie pour un projet de jeu, pour un staff et pour tout un système. Si la Rose venait à s'incliner, la question d'un départ de Borthwick deviendrait inévitable, même à un an du Mondial. Dans un Championnat des Nations où les certitudes sont rares, l'Angleterre voit son avenir se jouer sur un seul match. La réponse, ce week-end, sur la pelouse argentine.
Commentaires