Air Liquide parie sur l'IA et l'hydrogène vert malgré les défis réglementaires

Air Liquide va produire de l'hydrogène vert pour TotalEnergies

Un investissement stratégique de 200 millions d’euros au service de l’IA

Air Liquide a annoncé le 3 juin 2026 un investissement majeur de près de 200 millions d’euros en Corée du Sud, destiné à équiper le nouveau site de packaging et de test de puces HBM (High-Bandwidth Memory) de SK hynix. Ce projet, baptisé P&T7, est situé à Cheongju, dans la province du Chungcheongbuk. L’industriel français y construira une unité de production d’azote de pointe, capable de fournir des gaz ultra-haute pureté et de l’air comprimé de haute qualité. Ces gaz sont essentiels à la fabrication des mémoires à large bande passante, un composant clé des accélérateurs d’intelligence artificielle.

Cette annonce fait suite au récent rachat du fournisseur sud-coréen DIG Airgas, intervenu plus tôt dans l’année. L’intégration de ses équipes et de son portefeuille de près de 20 projets a permis à Air Liquide d’accélérer sa croissance dans la région. Ronnie Chalmers, vice-président du groupe chargé de la supervision de l’Asie-Pacifique, souligne que ce partenariat symbolise la confiance dans l’économie sud-coréenne et la volonté de devenir un partenaire privilégié dans la chaîne d’approvisionnement mondiale des semi-conducteurs. Les livraisons devraient débuter fin 2027.

Un pari sur la technologie quantique avec 115 millions d’euros

Parallèlement, Air Liquide a investi 115 millions d’euros dans la start-up française Quobly, spécialisée dans les processeurs quantiques à base de silicium. Cet apport s’inscrit dans le cadre d’une levée de fonds de série A. L’objectif est d’industrialiser la technologie de Quobly et d’amener son premier produit commercial sur le marché avant la fin de l’année 2026.

Armelle Levieux, membre du comité exécutif d’Air Liquide, qualifie l’informatique quantique de « prochaine frontière technologique majeure ». L’entreprise ne se contente pas d’un apport financier : elle mettra également à disposition son savoir-faire en matière de matériaux avancés et de gaz spéciaux, éléments indispensables à la fabrication des puces quantiques. Ces dernières nécessitent en effet des environnements de production extrêmement contrôlés et des systèmes de refroidissement cryogéniques proches du zéro absolu.

Le casse-tête réglementaire de l’hydrogène vert

Mais l’actualité d’Air Liquide n’est pas que technologique. Le groupe a également pris la parole lors du panel politique de WoodMac à Londres, le 4 juin 2026, pour alerter sur la situation de l’hydrogène électrolytique en Europe. Pablo Cisternas, représentant d’Air Liquide, a déclaré que l’hydrogène non-RFNBO (c’est-à-dire non conforme aux règles strictes de financement de l’Union européenne) n’a pas de marché. Il appelle les autorités européennes à développer des politiques pour les molécules qui ne rentrent pas dans le cadre réglementaire actuel. L’entreprise, aux côtés de Shell et d’EDP, estime que sans un marché dédié, ces volumes d’hydrogène bas-carbone resteront sans débouchés, compromettant les objectifs climatiques du continent. Ce débat intervient alors que l’industrie cherche des signaux clairs pour investir dans des capacités de production.

Une stratégie de diversification tous azimuts

Ces trois annonces illustrent la stratégie de diversification d’Air Liquide, qui cherche à être présent sur tous les fronts de la transition énergétique et technologique : l’électronique de pointe (semi-conducteurs, quantique), l’IA, mais aussi la décarbonation de l’industrie via l’hydrogène.

Dans le même temps, le groupe continue de renforcer ses positions historiques. En Corée, il opère déjà plusieurs unités dans le bassin industriel de Cheongju et intervient dans les secteurs de la santé à domicile et du développement de l’économie hydrogène depuis 1996. L’acquisition de DIG Airgas lui offre également un accès immédiat à un portefeuille de projets, accélérant son retour sur investissement.

Perspectives : entre opportunités et incertitudes

L’année 2026 s’annonce décisive pour Air Liquide. D’un côté, l’explosion de la demande en puces pour l’IA (comme en témoigne le contrat avec SK hynix) et l’essor des technologies quantiques ouvrent des perspectives de croissance considérables. De l’autre, l’incertitude réglementaire en Europe sur l’hydrogène pourrait freiner le développement de cette filière pourtant cruciale pour la décarbonation de l’industrie lourde.

Le groupe semble miser sur la complémentarité de ses activités : les gaz ultra-purs utilisés dans les semi-conducteurs sont proches de ceux nécessaires à l’hydrogène vert. Les compétences en cryogénie acquises pour le quantique serviront peut-être demain au transport d’hydrogène liquide. Dans un contexte géopolitique tendu — alors même que le séisme aux Philippines ou la crise migratoire en Afrique du Sud rappellent la fragilité des chaînes d’approvisionnement mondiales —, Air Liquide cherche à sécuriser ses approvisionnements et à coller au plus près des pôles d’innovation, que ce soit à Séoul ou à Grenoble.

En parallèle, l’entreprise devra composer avec les évolutions politiques françaises et européennes, notamment sur le volet réglementaire de l’hydrogène, si elle veut réellement voir émerger ce « marché » qu’elle appelle de ses vœux.


Retrouvez également notre dossier complet sur l'éclipse solaire du 12 août 2026, un autre rendez-vous scientifique immanquable de l’année.

Commentaires