Aurore Bergé recadre la défense de Patrick Bruel au micro de RTL
La ministre déléguée chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, s’est exprimée ce jeudi 21 mai 2026 sur l’affaire Patrick Bruel. Interrogée sur RTL, elle a fermement critiqué la stratégie de défense de Me Christophe Ingrain, l’avocat du chanteur, accusé de viols et d’agressions sexuelles par plusieurs femmes.
« Ce qui m’interpelle, et je suis en capacité de le dire parce que ce n’est pas porter un jugement sur cette affaire, c’est la manière avec laquelle son avocat se comporte vis-à-vis des victimes », a pointé la ministre. Elle a notamment relevé une phrase de l’avocat qui, évoquant les accusations de Flavie Flament sur un viol présumé en 1991, avait précisé que Patrick Bruel « faisait beaucoup moins que 32 ans » – son âge à l’époque des faits. « La question n’est pas là », a rétorqué Aurore Bergé, dénonçant une « inversion accusatoire » où « c’est la victime qui devient la coupable ».
« Il va trop loin » : la ministre dénonce une stratégie qui disqualifie les victimes
Sans remettre en cause la présomption d’innocence ni le droit à une défense, Aurore Bergé a estimé que les arguments de Me Ingrain « vont trop loin ». Elle a appelé à respecter la parole des victimes et à laisser la justice trancher, tout en rappelant que Patrick Bruel n’est pas condamné : « Il y a des accusations qui sont portées contre lui, il y a des plaintes qui ont été déposées, il y a une information judiciaire qui est ouverte, mais il n’y a pas de condamnation. »
« C’est une erreur de nous obliger à choisir un camp »
Aurore Bergé s’est également insurgée contre la pression médiatique et politique qui entoure l’affaire. « C’est une erreur de nous obliger à choisir un camp », a-t-elle déclaré, estimant que le seul camp légitime est celui de la justice. « À la fois on est dans l’injonction de choisir un camp, comme s’il y avait un autre camp que celui de la justice et du temps judiciaire, on met en accusation immédiatement la parole des victimes, on les disqualifie considérant que, par principe, elles mentiraient, et dans le même moment on piétine la présomption d’innocence. »
Le piège de l’injonction médiatique
Pour la ministre, cette injonction à prendre parti nuit à la fois aux victimes et au processus judiciaire. Elle craint qu’elle n’empêche d’autres victimes de témoigner. « C’est sidérant qu’on n’ait toujours pas appris à traiter politiquement, médiatiquement et humainement ces affaires », a-t-elle déploré, plus de dix ans après le mouvement #MeToo.
Annulation des concerts : la ministre refuse de trancher
Interrogée sur la question des concerts du chanteur, dont plusieurs dates ont déjà été annulées au Canada, et alors que des maires (Paris, Marseille, Brest) ont appelé Patrick Bruel à renoncer à sa tournée, Aurore Bergé a préféré renvoyer la décision à l’intéressé. « C’est une décision qui lui appartient, à lui, et qui ne m’appartient pas, à moi, ni à vous. C’est lui qui doit décider s’il souhaite continuer à être sur scène », a-t-elle répondu. Elle a justifié sa prudence : « Si j’appelle solennellement Patrick Bruel à annuler ces concerts, vous imaginez bien l’interprétation immédiate qui en sera faite : il n’y a plus de présomption d’innocence. »
Une position nuancée dans un débat polarisé
Cette position de la ministre, qui refuse de « choisir un camp » tout en dénonçant vigoureusement les dérives de la défense, intervient dans un contexte de forte polarisation. L’affaire Patrick Bruel suscite des réactions vives, entre défenseurs de la présomption d’innocence et militants féministes.
Contexte : une affaire qui s’étend en France et en Belgique
Patrick Bruel, 67 ans, est visé par quatre enquêtes pour viols en France et une enquête judiciaire en Belgique pour agression sexuelle. Des appels au boycott de ses concerts se multiplient, et plusieurs dates au Canada ont déjà été annulées par l’agence d’événementiel Gestev. En parallèle, le chanteur se produit encore au théâtre « comme si de rien n’était », rapportent nos confrères.
Un test pour la macronie sur le terrain féministe
Cette prise de parole d’Aurore Bergé intervient alors que la macronie est régulièrement critiquée pour son positionnement jugé ambigu sur les questions féministes. Dernier exemple en date : la polémique autour des propos de la ministre sur l’affaire Depardieu. Dans ce contexte, la sortie de la ministre sur l’affaire Bruel est scrutée de près.
Au-delà de l’affaire : les actions de la ministre sur le terrain
En marge de cette actualité judiciaire, Aurore Bergé a également multiplié les déplacements sur le terrain. Ce vendredi 22 mai, elle a inauguré la « Maison des lendemains » à Dax (Landes), la première structure du département dédiée à la prise en charge pluridisciplinaire des femmes victimes de violences. Elle a annoncé le déblocage de 380 000 euros pour créer 20 places d’hébergement supplémentaires. Cette initiative s’inscrit dans la promesse du gouvernement de déployer une maison de santé dans chaque département pour accompagner les victimes.
Une continuité dans l’action malgré les polémiques
Cette inauguration montre que, malgré les tempêtes médiatiques, la ministre continue de porter des mesures structurelles. Rappelons qu’elle avait déjà été au cœur d’une autre actualité judiciaire, un non-lieu ayant été requis dans l’enquête pour faux témoignage sur les crèches.
Une affaire qui rebat les cartes du débat public
L’affaire Patrick Bruel cristallise les tensions autour de la gestion médiatique et politique des violences sexuelles. La prise de position d’Aurore Bergé, qui concilie fermeté contre les arguments « fallacieux » de la défense et respect de la présomption d’innocence, illustre la difficulté de naviguer entre ces exigences contradictoires. Alors que le chanteur doit bientôt débuter sa tournée, le débat sur la place des artistes accusés dans l’espace public est loin d’être tranché.
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