Chalutiers : pêcheurs et recycleurs, le double défi de la mer

Chalutiers et halle à marée de Granville  -  France - Stock Image

Des chalutiers au cœur de l'actualité : entre traditions et transition écologique

Alors que l'été bat son plein sur la façade méditerranéenne, les chalutiers se retrouvent sous les projecteurs pour deux raisons bien distinctes. D’un côté, la transmission d’un savoir-faire familial perpétué depuis des générations, illustrée par la famille Piro à Carry-le-Rouet. De l’autre, un engagement environnemental concret porté par les pêcheurs d’Occitanie, qui collectent chaque jour des tonnes de déchets plastiques au large. Ces deux facettes d’un même métier dessinent le visage d’une pêche en pleine mutation.

Carry-le-Rouet : l’héritage d’Auguste Piro, de la pêche à la balade en mer

Dans le petit port de Carry-le-Rouet, l’histoire de la famille Piro est indissociable de celle de la mer. En 1962, le grand-père Auguste traversait la Méditerranée depuis Oran (Algérie) à bord de son chalutier, le Saint-Antoine, pour rejoindre la Côte Bleue avec femme et enfants. « Onze jours de traversée » pour trouver des eaux plus poissonneuses. Aujourd’hui, Serge Piro et sa fille Maëlyne perpétuent cette tradition à bord de L’Albatros, mais leur activité a évolué : aux côtés de la pêche, ils proposent des balades touristiques pour faire découvrir les calanques. Un modèle économique qui conjugue héritage maritime et diversification nécessaire face à la raréfaction des ressources.

Grau-d’Agde : le chalutier, un outil de dépollution inattendu

À quelques encablures de là, dans l’Hérault, Nicolas d’Isanto, pêcheur au chalut, termine sa nuit de travail. Mais son service ne s’arrête pas au débarquement du poisson. Comme lui, des dizaines de marins participent au programme « Repêchons les océans », porté par la Fondation de la Mer et la fondation espagnole Ecoalf. Le principe : collecter dans leurs filets les déchets plastiques, masques, bidons, et même des machines à laver, pour les trier à quai et les recycler. À la criée du Grau-d’Agde, ce sont déjà 6 tonnes de déchets recyclables récupérées depuis le début de l’année 2026, dont une partie sera transformée par des industriels spécialisés. Elodie Jolivet, responsable communication de la Fondation de la Mer, rappelle que « 15 à 18 tonnes de plastique se déversent chaque minute dans l’océan ».

Contexte : pourquoi les chalutiers sont-ils au centre de l’attention ?

Un maillon essentiel dans la lutte contre la pollution marine

Les chalutiers sont souvent pointés du doigt pour leur impact sur les fonds marins. Pourtant, ils deviennent également des acteurs clés de la dépollution. Le programme « Repêchons les océans », lancé il y a dix ans, a déjà mobilisé 80 ports en Europe (47 en Espagne, 15 en France, 15 en Grèce, 2 en Italie, 1 en Égypte). En Occitanie, les criées du Grau-du-Roi, Sète, Port-la-Nouvelle et surtout Le Grau-d’Agde sont citées comme des bons élèves. « 20 à 30 % des déchets collectés sont recyclés, le reste part à l’incinération », précise la Fondation. L’embauche d’un agent de tri dédié à la criée agathoise a permis de passer de 3 tonnes en 2022 à 6 tonnes cette année.

La transmission d’un métier en mutation

Du côté de Carry-le-Rouet, l’histoire des Piro illustre une autre évolution : celle d’une pêche artisanale contrainte de se réinventer. Serge Piro, né en 1968, a grandi dans un village où « les bateaux étaient rares et les pêcheurs avaient toute leur place ». Aujourd’hui, la réglementation, la concurrence et la baisse des stocks obligent les familles de marins à diversifier leurs activités. La proposition de balades touristiques avec L’Albatros permet de conserver un lien avec la mer tout en assurant une source de revenus complémentaire. Cette double casquette – pêcheur et guide – devient un modèle pour de nombreux petits ports.

Perspectives : vers une mer plus propre et une pêche plus durable ?

Des initiatives prometteuses mais encore modestes

Si l’enthousiasme est réel, le chemin reste long. Les 700 espèces touchées par le plastique et les 300 millions de tonnes de déchets prévus en 2040 selon l’OCDE rappellent l’ampleur du défi. Les pêcheurs, premiers témoins de cette pollution, jouent un rôle de sentinelles. « On trouve de tout », résume Nicolas d’Isanto, qui mentionne aussi les masques Covid. Mais le recyclage reste un processus coûteux et complexe. L’enjeu est désormais d’étendre ce modèle à d’autres ports méditerranéens et d’améliorer la part des déchets réellement recyclés, aujourd’hui inférieure à un tiers.

L’exemple d’une économie circulaire en Méditerranée

Le succès du port du Grau-d’Agde – le « bon élève » selon la Fondation – montre qu’avec des moyens humains dédiés, la collecte peut être multipliée. Philippe, l’employé embauché par la criée, est le symbole de cette professionnalisation. Par ailleurs, la transmission familiale, à l’image des Piro, garantit le maintien d’une flotte de petites unités capables de s’adapter. Si cette double dynamique – héritage et innovation – se confirme, les chalutiers pourraient bien devenir des alliés inattendus de la transition écologique en mer.

À l’heure où les résultats du Brevet 2026 animent les discussions des familles françaises, et que le Tour de France bat son plein, les chalutiers rappellent que la mer, elle aussi, mérite toute notre attention.

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