Galthié sonne l'alarme avant la reprise des Bleus
À six semaines du retour du XV de France face aux Fidji, programmé le 7 novembre à 21 h 10 pour la suite du Championnat des Nations, Fabien Galthié était l'invité de Canal+. Le sélectionneur a profité de cette prise de parole pour dresser un état des lieux préoccupant de son effectif, entre blessures de cadres et calendrier démesuré.
Le ton est grave. « Parfois, j'ai l'impression de faire une équipe de France de survivants », a lancé l'ancien demi de mêlée, résumant une situation qui s'aggrave à chaque journée de Top 14. En l'espace d'un week-end, le staff tricolore a perdu Matthieu Jalibert et Emmanuel Meafou, tous deux sortis sur blessure lors de la troisième journée du championnat. « J'ai passé un très mauvais week-end. Avec Matthieu on s'est eu au téléphone. Puis il y a eu Emmanuel Meafou le dimanche soir, j'étais en colère parce que le plaquage est illégal. Il faut protéger nos joueurs », a-t-il insisté.
Jalibert et Meafou absents pour novembre
Selon le sélectionneur, les deux hommes, considérés comme faisant partie des « cinq meilleurs joueurs de cet été », devraient être indisponibles pour le mois de novembre. Une double absence qui pèse lourd dans un dispositif déjà privé de plusieurs cadres historiques, à l'image de Grégory Alldritt, Damian Penaud, Romain Taofifenua ou Gaël Fickou.
Un Championnat des Nations qui change la donne
Cette nouvelle saison internationale s'inscrit dans un format inédit. Le Championnat des Nations, dont la formule séduit en interne, impose aux Bleus quatre rencontres : trois en phase de poules, puis une finale lors du grand week-end de Twickenham. « En Nouvelle-Zélande, on jouait les premiers puis on regardait les résultats des autres. Ça a marché. C'est aussi pour ça que j'ai pris une équipe un peu plus dense avec plus d'expérience », a expliqué Galthié.
Le sélectionneur revendique avoir senti « une appétence forte pour le classement et cette compétition » au sein du staff comme du vestiaire. Reste que cette densité a un prix. Galthié s'interroge ouvertement sur la charge supportée par ses internationaux : « Matthieu Jalibert n'a-t-il pas payé cette saison à rallonge ? » La question, rhétorique, traduit une inquiétude croissante sur la gestion physique d'un groupe soumis à une cadence infernale entre club et sélection.
Le dossier Doumayrou relance l'incertitude
Sur le plan sportif, le feuilleton de l'entraîneur de la défense continue d'alimenter l'actualité. Fabien Galthié hésitait depuis trois mois entre Geoffrey Doumayrou, son choix numéro un, et Christophe Laussucq. Le premier cumulait deux handicaps : un contrat toujours actif avec Montpellier et l'absence du Diplôme d'État supérieur (DES), indispensable aux yeux de la FFR. Le second, libre depuis la mi-juillet après sa rupture à l'amiable avec l'UBB, possédait les diplômes requis.
La situation s'est accélérée cette semaine. Le manager du MHR, Joan Caudullo, a ouvert la porte à une collaboration de son adjoint avec les Bleus pendant les fenêtres internationales : « Je ne sais pas si c'est déjà officiel ou si ça va se faire, mais en tout cas, je trouve que c'est intéressant pour nous qu'il puisse travailler des deux côtés cette saison, voire pour la Coupe du monde. » Une ouverture qui a fait bouger les lignes, alors que le président montpelliérain Mohed Altrad réclamait jusque-là une prise en charge du salaire de son entraîneur durant les périodes internationales.
Mais le dossier reste fragile. Selon nos informations, Christophe Laussucq était devenu la cible prioritaire de Bayonne pour prendre en charge la défense avec effet immédiat. Craignant de se faire prendre de vitesse et de se retrouver bloqué sur les deux dossiers, Fabien Galthié aurait finalement indiqué que son choix se portait sur l'ancien international Christophe Laussucq. Un véritable volte-face qui laisse en suspens l'arrivée de Doumayrou et la question du casse-tête administratif lié à son diplôme.
Vers une gestion plus flexible des techniciens
Au-delà des cas individuels, cette séquence révèle une tendance de fond : la porosité croissante entre clubs et sélection, à l'approche d'un Mondial qui s'annonce comme l'échéance majeure du cycle Galthié. La possibilité, évoquée par Caudullo, de voir un entraîneur travailler simultanément en Top 14 et chez les Bleus pendant les fenêtres internationales pourrait devenir une norme si elle se concrétise.
Pour le XV de France, l'enjeu est double. Il faut reconstruire un collectif compétitif malgré les forfaits, tout en intégrant de nouveaux profils et en maintenant les cadres écartés dans la boucle. « On a fait un choix en début de Tournoi en prenant d'autres jeunes joueurs qui ont performé avec nous puisqu'on a gagné. Mais on est en contact », a rappelé Galthié à propos des absents.
À un an de la Coupe du monde, le sélectionneur doit composer avec une équation complexe : préserver ses joueurs, performer dans un nouveau format exigeant et stabiliser un staff encore incomplet. Les Fidji, le 7 novembre, serviront de premier révélateur. D'ici là, chaque week-end de Top 14 ressemblera à une loterie pour le XV de France.
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