Voyager 1 s'apprête à franchir le cap historique d'un jour-lumière en novembre 2026

Voyager 1, la sonde légendaire, s’apprête à franchir le cap historique du jour-lumière

Voyager 1 à un jour-lumière de la Terre : le cap historique de novembre 2026 se rapproche

Alors que la sonde spatiale Voyager 1 s'éloigne inexorablement de notre planète, un jalon symbolique et technique se profile. Selon les données de la NASA, relayées par le site spécialisé SpaceDaily, la sonde devrait franchir la barrière du jour-lumière au cours du mois de novembre 2026. Cela signifie que le signal radio mettra exactement 24 heures à nous parvenir, portant à deux jours le temps d'un aller-retour de communication.

Un signal qui prend déjà plus de 23 heures

Actuellement, le signal de Voyager 1 met déjà plus de 23 heures pour atteindre la Terre. Mais le constat le plus frappant est ailleurs : pendant ces 23 heures, le vaisseau spatial, qui file à environ 17 kilomètres par seconde (soit plus de 61 000 km/h), parcourt lui-même près de 1,5 million de kilomètres. Les données que reçoivent les antennes du Deep Space Network ont donc été émises depuis une position que la sonde a déjà quittée depuis longtemps. Un décalage spatial et temporel fascinant qui illustre l'extrême complexité de l'exploration interstellaire.

"Par le temps que les bits arrivent au sol, Voyager 1 est déjà quelque part de nouveau", résume un spécialiste de la mission.

Ce record de distance fera de Voyager 1 le premier objet fabriqué par l'homme à se trouver à une distance équivalente à un jour de voyage de la lumière. Voyager 2, sa jumelle, ne devrait atteindre ce même cap qu'en novembre 2035. Mais à cette échéance, la probabilité qu'elle soit encore en état de transmettre est très faible.

Un code des années 1970 maintenu par une poignée d'ingénieurs octogénaires

Si la prouesse technique de Voyager 1 est impressionnante, elle est rendue possible par un héritage logiciel qui tient du miracle. Les deux sondes Voyager fonctionnent toujours grâce à un code écrit en langage assembleur pour des processeurs conçus au début des années 1970. La mémoire totale à bord est estimée entre 64 et 70 kilooctets, soit moins qu'une image de smartphone aujourd'hui.

Le mythe du Fortran corrigé

Contrairement à une idée répandue, les sondes ne tournent pas sous Fortran. Si ce langage est utilisé pour certains outils au sol, le logiciel de vol (Flight Data Subsystem) qui gère les données scientifiques et la transmission est écrit en assembleur, un langage de très bas niveau. Or, la plupart des ingénieurs maîtrisant cette technologie sont aujourd'hui à la retraite ou, pour la petite équipe encore en poste, âgés de plus de 80 ans.

Des documents perdus et une mémoire qui s'efface

Le problème ne se limite pas à l'âge des programmeurs. Une grande partie de la documentation originale de la mission, rédigée sur papier dans les années 1970 et 1980, a été perdue ou fragmentée lors des déménagements successifs du projet. Comme le rappelle SpaceDaily, la directrice de projet Suzy Dodd a comparé l'exploitation actuelle de Voyager 1 au pilotage d'un Apple II : un matériel d'une autre époque, maintenu en vie par une équipe passionnée mais dont le renouvellement est critique.

Cette fragilité humaine et documentaire a failli coûter la mission fin 2023 et début 2024, lorsque Voyager 1 a connu une panne de communication de cinq mois, liée précisément à ce système de vol.

Les disques d'or : une capsule temporelle pour des milliards d'années

Au-delà de l'exploit technique, les sondes Voyager transportent un message destiné à d'éventuelles civilisations extraterrestres. Il s'agit des célèbres disques d'or, en réalité des phonographes en cuivre plaqué or de 30 cm de diamètre, conçus pour rester lisibles pendant un milliard d'années.

Le contenu le plus intime jamais envoyé dans l'espace

Sous la direction de Carl Sagan, une équipe incluant Frank Drake, Ann Druyan et Timothy Ferris a sélectionné un contenu riche et surprenant. On y trouve 115 photographies, des salutations dans 55 langues (dont l'akkadien, une langue morte), des chants de baleines et 90 minutes de musique (de Chuck Berry à un air traditionnel géorgien).

Mais l'élément le plus émouvant est sans doute l'enregistrement des ondes cérébrales d'Ann Druyan. Alors qu'elle méditait sur l'histoire de l'humanité, elle venait de se fiancer à Carl Sagan. Compressé en une séquence audio, ce signal électrique contient donc, pour l'éternité interstellaire, la signature neurologique d'une femme amoureuse. Le disque contient aussi le baiser d'un bébé, un rire d'enfant, ou la célèbre phrase de Nick Sagan, alors âgé de six ans : "Bonjour les enfants de la planète Terre."

Alors que Voyager 1 s'apprête à entrer dans une nouvelle ère de communication, ce petit disque d'or continue de filer dans l'obscurité, peut-être le seul vestige de notre civilisation qui survivra à tout.


Image : Représentation artistique de la sonde Voyager 1 dans l'espace interstellaire. (Crédit : NASA/JPL-Caltech)

Commentaires