Requin pèlerin en Méditerranée : une série d'observations spectaculaires au large des côtes catalanes et audoises

En Méditerranée ou en Bretagne, le requin pèlerin garde sa part de mystère

Un géant des mers s'invite sur les côtes françaises et espagnoles

Ce week-end des 19 et 20 avril 2026 restera dans les mémoires pour les pêcheurs et plaisanciers du littoral méditerranéen. Au large de Port-la-Nouvelle, dans l'Aude, un requin pèlerin d'une taille estimée à plus de six mètres s'est approché à moins d'un kilomètre des côtes, croisant la route d'un bateau de pêche. La scène, filmée et rapidement partagée sur les réseaux sociaux, a suscité l'émerveillement. La silhouette imposante de l'animal, son aileron dorsal fendant la surface et son corps ondulant lentement sous les flots, en a laissé plus d'un sans voix.

Le lendemain, dimanche 20 avril, c'est un autre spécimen qui était signalé à proximité de Collioure, dans les Pyrénées-Orientales. « On était en train de lever les filets, il était à une cinquantaine de mètres de nous, à 500 mètres du bord », témoigne Georges Jaume, pêcheur d'Argelès-sur-Mer. L'animal, estimé à environ quatre mètres — probablement un jeune individu — s'est approché lentement avant de plonger. Une troisième observation a été documentée non loin de la frontière espagnole le même week-end.

Barcelone aussi : un juvénile dans le Port olympique

L'effervescence ne s'est pas limitée au territoire français. Ce dimanche 20 avril, un aileron a été repéré dans les eaux du Port olympique de Barcelone, au cœur de la capitale catalane, au grand étonnement des plaisanciers présents. Le spécimen, estimé à moins de cinq mètres, semblait être un individu juvénile. Sa présence dans un port urbain aussi fréquenté a rapidement fait le tour des médias espagnols.

Pour le biologiste Claudio Barría, directeur scientifique de l'association Catsharks, la plus grande organisation espagnole dédiée à l'étude des requins, cette incursion n'est pas anodine. « C'est une très bonne nouvelle de les avoir ici chaque printemps », a-t-il déclaré au quotidien catalan El Periódico. Il précise que l'animal peut être attiré par des signaux d'alimentation ou déplacé par des facteurs océanographiques locaux. Le requin n'a stationné que quelques minutes avant de regagner le large.

Pourquoi le requin pèlerin apparaît-il au printemps ?

Un filtreur de plancton au cycle saisonnier marqué

Le requin pèlerin (Cetorhinus maximus) est le plus grand poisson cartilagineux de Méditerranée, capable d'atteindre 12 mètres de longueur et de peser jusqu'à 5 000 kilogrammes. Malgré ces proportions impressionnantes, il est totalement inoffensif pour l'homme. Son régime alimentaire est exclusivement composé de plancton : l'animal nage gueule ouverte en surface, filtrant des volumes d'eau considérables grâce à des branchies spécialisées qui retiennent les micro-organismes.

C'est précisément ce mode d'alimentation qui explique la saisonnalité de ses apparitions. « On le voit au printemps parce qu'il y a des blooms planctoniques », explique Thomas Roger, guide naturaliste héraultais ayant eu l'occasion de plonger à proximité d'un spécimen. Les mouvements marins printaniers concentrent en effet le zooplancton vers les baies, les embouchures et les zones côtières, attirant ces géants vers des eaux peu profondes.

Des observations rares, une mission d'étude en cours

L'association Ailerons, présidée par le Montpelliérain Matthieu Lapinski, mène justement ces jours-ci une campagne de terrain en mer Méditerranée pour mieux connaître cet animal encore largement mystérieux. « Nous avons entre 0 et 49 observations par an sur toute la Méditerranée française, c'est très peu », souligne-t-il, rappelant que le record remonte à 2017, avec une cinquantaine de signalements. Le fait que trois observations aient été enregistrées en un seul week-end est donc un événement peu ordinaire.

Une espèce en danger d'extinction : l'urgence de la conservation

Si ces apparitions suscitent l'émerveillement, elles rappellent aussi une réalité inquiétante. Le requin pèlerin est classé « en danger » sur la liste rouge de l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). Sa population mondiale est en déclin, victime pendant des décennies d'une pêche intensive pour ses ailerons, son foie riche en huile et sa chair. Sa pêche et sa commercialisation sont aujourd'hui strictement interdites dans de nombreux pays, dont la France.

Les scientifiques insistent sur le fait que ces observations ne doivent pas être source de panique, mais plutôt de vigilance et d'intérêt. « Ces observations sont essentielles pour mieux comprendre la présence et la conservation de cet animal », rappelle Claudio Barría. Thomas Roger confirme l'extrême timidité du requin pèlerin, qui plonge dès qu'il sent une présence trop proche. « Il est inoffensif, on ne risque absolument rien », insiste-t-il.

La Méditerranée abrite au total environ 45 espèces de requins recensées, dont le grand requin blanc et le requin baleine — un écosystème bien plus riche que l'imaginaire collectif ne le suppose, et que ces observations de printemps contribuent à mettre en lumière.

Un signal fort pour la biodiversité marine

Au-delà du spectacle offert aux riverains et aux plaisanciers, ces multiples signalements constituent un indicateur précieux pour les scientifiques. La présence régulière du requin pèlerin sur le littoral méditerranéen au printemps est un marqueur de la santé des eaux et de la richesse en plancton. Dans un contexte de réchauffement climatique et de pression humaine croissante sur les écosystèmes marins, chaque observation documentée alimente une base de données indispensable pour orienter les politiques de protection.

Les associations comme Ailerons ou Catsharks encouragent d'ailleurs les témoins de telles rencontres à signaler leurs observations, avec photos ou vidéos si possible, afin de contribuer à la connaissance scientifique de cette espèce discrète. Une façon pour le grand public de participer, à sa mesure, à la sauvegarde d'un des géants les plus méconnus et les plus fragiles de nos mers.

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