Ventes en chute libre, Superchargeur en pleine mutation
Alors que Tesla enregistre une chute vertigineuse de ses ventes en Espagne (-47,3% en avril 2026 par rapport à 2025, avec seulement 301 véhicules écoulés), le constructeur américain mise sur deux piliers pour redresser la barre : son réseau de Superchargeurs, qui s’ouvre toujours plus largement aux autres marques, et l’obtention du feu vert européen pour son système de conduite autonome FSD.
Selon les données publiées lundi par l’ANFAC, les ventes de Tesla en Espagne sur les quatre premiers mois de l’année progressent pourtant de 29,1% sur un an, mais le mois d’avril à lui seul illustre un décrochage brutal. Ce contraste inquiète les analystes, d’autant que le marché des véhicules électrifiés (100% électriques et hybrides) a bondi de 54% sur la même période. Tesla perd donc des parts de marché sur un segment en pleine croissance.
Un Superchargeur plus intelligent pour réduire l’attente
Pour rendre la recharge toujours plus fluide et attirer les conducteurs hésitants, Tesla a dévoilé début mai un nouveau modèle de prévision du trafic dans ses stations. Grâce à un algorithme de machine learning entraîné sur 9 millions de miles de données de trajectoires, le système est désormais capable d’estimer la longueur des files d’attente avec une marge d’erreur réduite à 20%. Concrètement, lorsqu’une dizaine de véhicules attendent, l’erreur de prédiction n’est plus que d’un ou deux véhicules.
Ce gain de précision permet au Trip Planner de Tesla de rediriger les automobilistes vers des bornes moins fréquentées en temps réel, réduisant ainsi les queues – déjà tombées à un niveau record de moins de 0,5% de « waiters » au premier trimestre 2026. L’entreprise rappelle que sa verticalisation (voitures, bornes et logiciel) lui confère un avantage unique pour ce type d’optimisation.
En parallèle, l’adoption du standard NACS (North American Charging Standard) par GM continue de s’étendre. Le 2027 Chevy Blazer EV abandonne le port CCS pour adopter la prise Tesla, ouvrant l’accès à plus de 3 000 stations Superchargeur aux États-Unis. Ce mouvement, amorcé par Ford, Rivian et d’autres, conforte Tesla dans son rôle de « chargeur officieux » du continent nord-américain, même si des adaptateurs sont fournis pour conserver la compatibilité CCS. En Europe, où le standard CCS est hégémonique, la situation est différente, mais le réseau Superchargeur reste un argument marketing clé.
Le FSD au cœur du pari européen
Mais le vrai pari de Tesla en Europe est ailleurs : l’homologation du système « Full Self-Driving (Supervised) ». Après avoir obtenu un premier feu vert de l’autorité néerlandaise RDW en avril, Elon Musk espère une validation au niveau de l’Union européenne, avec une audience clé du comité compétent prévue ce mardi 5 mai. Le dirigeant a promis que l’approbation ouvrirait la voie à des robotaxis sans conducteur sur le Vieux Continent.
Cependant, des courriels obtenus par Reuters révèlent un profond scepticisme parmi les régulateurs de cinq pays du nord de l’Europe (Pays-Bas, Suède, Finlande, Danemark, Norvège). Ceux-ci pointent des problèmes de sécurité récurrents : tendance à l’excès de vitesse, performances douteuses sur routes verglacées, et possibilité pour les conducteurs de contourner les dispositifs anti-téléphone. Certains s’insurgent également contre la stratégie de Tesla qui encourage ses clients à faire pression sur les autorités via les réseaux sociaux.
Pour être approuvé, le FSD doit recueillir l’aval d’une majorité qualifiée (55% des États membres et 65% de la population). Aucun vote n’est prévu cette semaine : les prochaines réunions du comité auront lieu en juillet et octobre. En attendant, Tesla a déjà tenté de faire pression sur les autorités suédoises, finlandaises et estoniennes pour qu’elles reconnaissent la validation néerlandaise sans examen préalable – une demande qui a agacé les régulateurs.
Alors que ses ventes patinent, Tesla joue donc une partie décisive en Europe : améliorer son réseau de recharge pour rassurer les conducteurs, et obtenir le précieux sésame du FSD pour générer des revenus récurrents via les abonnements. Si la manœuvre échoue, la marque pourrait continuer à perdre du terrain face à une concurrence chinoise et européenne de plus en plus féroce.
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