Stéphane Romatet fixe le cap : visas, confiance et nouvelle page franco-algérienne
Dans un entretien fleuve accordé au média algérien TSA le 15 juillet 2026, l’ambassadeur de France en Algérie, Stéphane Romatet, a exposé sa stratégie pour redynamiser la relation bilatérale après deux années de crise inédite. De retour à Alger depuis deux mois, ce diplomate expérimenté, nommé à la demande du président Emmanuel Macron, affiche une volonté claire : "remettre cette relation sur les rails" et "écrire une nouvelle page" avec l'Algérie.
L'annonce la plus concrète concerne la délivrance des visas Schengen aux Algériens. Stéphane Romatet a promis un retour à la "normale" dès cet été, avec pour objectif de retrouver le niveau d’avant-crise, soit environ 250 000 visas délivrés par an. Il pointe le manque de personnel consulaire comme la cause principale des difficultés d'obtention de rendez-vous et assure que sa priorité est de "remettre à niveau nos réseaux diplomatiques et consulaires".
Une reprise économique et diplomatique en ligne de mire
Au-delà des visas, l'ambassadeur a évoqué la reprise des relations économiques entre les deux pays, les dossiers sensibles des "biens mal acquis" et la coopération sécuritaire. Il a souligné l'importance de rétablir la confiance, condition sine qua non pour relancer les échanges commerciaux et les investissements. Cette relance vise à bénéficier aux hommes d’affaires algériens souhaitant se rendre en France, mais aussi aux familles et aux ressortissants français confrontés aux restrictions.
Le contexte d'une crise profonde et d'une reprise négociée
Pour comprendre l'ampleur de cette annonce, il faut rappeler la gravité de la crise diplomatique qui a opposé Paris et Alger depuis l'été 2024. Les relations s'étaient tendues au point que l'ambassadeur de France avait dû quitter son poste. La question migratoire et les OQTF (Obligations de Quitter le Territoire Français) étaient au cœur des tensions, l'Algérie étant accusée de ne pas reprendre ses ressortissants en situation irrégulière.
Stéphane Romatet a été rappelé avec un mandat précis : apaiser les relations tout en défendant les intérêts français. Son retour, officialisé il y a deux mois, a été accompagné de gestes réciproques, comme la reprise des dialogues sécuritaires et judiciaires. Le 14 juillet, fête nationale française, il a reçu de nombreux invités algériens à l'ambassade, symbole fort d'une volonté de réconciliation.
Les critiques d'une opposition qui dénonce des concessions
Cette stratégie d'apaisement ne fait pas l'unanimité en France. Dès le lendemain de l'entretien, des voix se sont élevées à droite, dénonçant une position "trop conciliante" sans contrepartie suffisante. Plusieurs diplomates pointent un paradoxe : les visas repartent à la hausse alors que l'Algérie refuse toujours massivement de reprendre ses ressortissants sous OQTF. "On remplit la baignoire sans réussir à la vider", résume l'un d'eux, alors qu'entre 100 000 et 120 000 Algériens seraient en situation irrégulière en France et que seulement quelques centaines de laissez-passer consulaires auraient été délivrés depuis janvier.
D'autres critiques reprochent à l'ambassadeur de ne pas avoir mentionné le cas du journaliste Christophe Gleizes, autre point de friction entre les deux pays.
Les implications d'une relance sous haute surveillance
Au-delà du simple dossier des visas, c'est tout l'équilibre du partenariat franco-algérien qui est en jeu. La France cherche à renforcer sa coopération sécuritaire dans une région instable (Sahel, Méditerranée) et à sécuriser ses approvisionnements énergétiques, tandis que l'Algérie veut lever les restrictions sur ses ressortissants et attirer les investissements français.
Cette nouvelle dynamique s'inscrit dans un contexte où d'autres dossiers brûlants animent l'actualité, comme les tensions internationales entre grandes puissances, bien loin des enjeux consulaires. Stéphane Romatet devra naviguer entre les attentes d'Alger et les critiques de l'opposition française, dans un équilibre délicat entre fermeté et ouverture.
La feuille de route est tracée, mais le chemin reste semé d'embûches. Les prochains mois diront si cette "nouvelle page" pourra être écrite sans ratures.
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