La Somalie au cœur des tensions régionales
La Somalie est devenue en quelques jours le point de convergence de plusieurs dynamiques géopolitiques majeures. Selon la Global Risk Map 2027 publiée par la société américaine de sécurité Global Guardian, le pays figure parmi les territoires classés au niveau de risque « extrême », aux côtés de l'Afghanistan, de l'Ukraine, de la Syrie, du Yémen, de la bande de Gaza, du Soudan, du Myanmar et d'Haïti. Cette évaluation, qui ne constitue pas un avertissement officiel, prend en compte sept critères : criminalité, conflits armés, terrorisme, troubles politiques, système de santé, infrastructures et catastrophes naturelles.
Pour être classée « extrême », une région doit cumuler plusieurs facteurs critiques : conflit actif, forte criminalité, troubles importants, et institutions étatiques jugées incapables de maîtriser la situation ou de répondre efficacement à une crise majeure. La Somalie réunit ces conditions, ce qui en fait l'une des zones les plus dangereuses de la planète selon cette cartographie.
Le Somaliland se tourne vers Israël
En parallèle, le Somaliland, région autonome du nord de la Somalie qui revendique son indépendance, cherche à renforcer ses capacités militaires. Face au renforcement de la présence turque en Somalie, Hargeisa souhaite obtenir des systèmes de défense aérienne auprès d'Israël. Mohamed Osman Fadal, conseiller diplomatique du président du Somaliland, a déclaré au média Middle East Eye : « Nous avons besoin de systèmes de défense aérienne. Nous voulons qu'Israël nous soutienne face à la Turquie. »
Cette déclaration intervient dans un contexte de rapprochement entre Israël et le Somaliland. Le président somalilandais et le Premier ministre israélien ont tenu une « réunion de haut niveau » et signé une déclaration stratégique de coopération. Plusieurs informations ont évoqué la possibilité d'une présence militaire israélienne dans le port de Berbera. Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a affirmé qu'Israël envisageait d'y installer une base navale et d'utiliser l'aéroport de la ville, ce que le Somaliland a démenti. Son ministre de la Défense a toutefois confirmé en juin qu'Israël formait des membres de l'armée et de la police somalilandaises.
La Turquie, un acteur central
La Turquie est l'un des principaux alliés stratégiques de la Somalie. Elle dispose depuis 2017 à Mogadiscio de sa plus importante base militaire de formation à l'étranger et a entraîné des milliers de membres des forces de sécurité somaliennes. En 2024, Ankara et Mogadiscio ont signé un accord de défense et de coopération économique d'une durée de dix ans, portant notamment sur la formation et l'équipement de la marine somalienne. Le déploiement d'avions de combat F-16 turcs en Somalie et le développement des capacités d'Ankara en matière de drones inquiètent Hargeisa, qui craint une opération militaire de Mogadiscio avec l'appui d'Ankara. Cette hypothèse n'a toutefois pas été confirmée de manière indépendante.
Certains analystes contestent néanmoins la menace décrite par le Somaliland. Ils estiment que Hargeisa cherche surtout à se rapprocher d'Israël et de ses alliés occidentaux afin d'obtenir davantage de soutien et de reconnaissance internationale. Cette analyse rejoint les informations sur le rapprochement entre Israël et le Somaliland, qui pourrait inclure des systèmes de défense antiaérienne, comme le souligne un article récent sur Somaliland-Israël : Hargeisa réclame des systèmes de défense antiaérienne contre la Turquie.
Sommet en Égypte : appel à des solutions pacifiques
Dans ce contexte tendu, un mini-sommet s'est tenu dimanche 4 octobre à El-Alamein, dans le nord de l'Égypte. L'Égypte, l'Érythrée, la Somalie et le Soudan, pays voisins de l'Éthiopie, ont appelé au règlement des différends régionaux par des « moyens pacifiques », selon un communiqué de la présidence égyptienne. Les quatre dirigeants — le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi, le président érythréen Isaias Afwerki, le président somalien Hassan Sheikh Mohamud et le chef de l'armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhane — ont souligné l'importance de « respecter la souveraineté, l'unité et l'intégrité territoriale des États, de soutenir leurs institutions nationales, de rejeter toute ingérence dans leurs affaires intérieures, et de régler les différends par des moyens pacifiques ».
Le communiqué conjoint a également insisté sur le respect du « droit international régissant les cours d'eau transfrontaliers », notamment le Nil, et exprimé le « rejet total » de toute mesure unilatérale susceptible de nuire aux droits d'utilisation de l'eau des États situés en aval. Les quatre pays ont réaffirmé la « liberté de navigation » et déclaré que la gouvernance de la mer Rouge relevait de la « responsabilité exclusive des États riverains ».
Des relations difficiles avec l'Éthiopie
Les relations entre les quatre pays et l'Éthiopie sont difficiles depuis plusieurs années. Le Grand barrage de la Renaissance (Gerd), construit par l'Éthiopie sur le Nil, est source de tensions récurrentes depuis plus d'une décennie avec l'Égypte, qui craint un tarissement de ses ressources en eau et dénonce une « menace existentielle ». Les inquiétudes grandissent également face au risque que les violences en Éthiopie se propagent au-delà des frontières, notamment après la fermeture de l'ambassade éthiopienne en Érythrée et la rupture des relations entre Addis-Abeba et Asmara.
Perspectives : une région sous tension
La situation en Somalie et dans la Corne de l'Afrique illustre une tendance plus large : la multiplication des acteurs extérieurs dans une région déjà fragilisée. La Turquie, Israël, l'Égypte et les pays du Golfe y poursuivent des intérêts stratégiques divergents, tandis que les institutions locales peinent à assurer la sécurité et la stabilité. Le classement de la Somalie en risque « extrême » par Global Guardian reflète cette réalité : conflits actifs, criminalité élevée, troubles politiques et infrastructures défaillantes.
Pour les voyageurs, cette évaluation rappelle que la Somalie reste une destination à éviter, même si Global Guardian ne classe pas forcément tout un pays au même niveau. Une région frontalière ou une zone de conflit peut être considérée comme beaucoup plus dangereuse que le reste du territoire. La Suisse, à l'inverse, demeure parmi les pays les plus sûrs selon cette carte.
À terme, le rapprochement entre le Somaliland et Israël pourrait redessiner les équilibres régionaux, notamment si Hargeisa obtient des systèmes de défense antiaérienne. Mais il risque aussi d'aggraver les tensions avec Mogadiscio et Ankara, dans une région où les rivalités entre l'Éthiopie, l'Égypte et les pays du Golfe s'entremêlent. Le mini-sommet d'El-Alamein, en appelant à des solutions pacifiques, tente de désamorcer ces tensions, mais les divergences profondes sur le partage des eaux du Nil et la gouvernance de la mer Rouge restent entières.
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