Somaliland-Israël : Hargeisa réclame des systèmes de défense antiaérienne contre la Turquie

Israel's President Isaac Herzog and Somaliland's President Abdirahman Mohamed Abdullahi hold up glasses of beverage before giving statements to the press at the President's Residence in Jerusalem, June 14, 2026. REUTERS/Ronen Zvulun/File Photo

Le Somaliland demande des systèmes de défense antiaérienne à Israël

Le Somaliland a officiellement demandé à Israël de lui fournir des systèmes de défense antiaérienne pour contrer ce qu'il perçoit comme une menace croissante de la Turquie en Somalie. Dans un entretien accordé cette semaine à Middle East Eye, Mohamed Osman Fadal, conseiller principal aux affaires étrangères de la présidence du Somaliland, a déclaré : « Nous avons besoin de systèmes de défense antiaérienne. Nous voulons qu'Israël nous soutienne contre la Turquie. » Il a cité le déploiement de chasseurs F-16 turcs en Somalie et l'expansion des capacités de drones d'Ankara comme motifs de cette demande.

Cette déclaration intervient après des mois de rapprochement entre Hargeisa et Tel-Aviv. En juin 2026, le président du Somaliland, Abdirahman Mohamed Abdullahi, effectuait sa première visite officielle en Israël, où il a été reçu par le président Isaac Herzog. Depuis, les spéculations vont bon train sur une possible présence militaire israélienne au port de Berbera, sur le golfe d'Aden. Le président somalien Hassan Sheikh Mohamud a affirmé vendredi qu'Israël prévoyait d'y établir une base navale et d'utiliser son aéroport. Le Somaliland a démenti l'existence d'un tel accord, tout en confirmant que l'État hébreu fournit une formation à son armée et à sa police.

Un démenti ferme de Hargeisa

Dans un communiqué publié samedi, le ministère des Affaires étrangères du Somaliland a rejeté les propos du président somalien, accusant Mogadiscio de « déformer les relations étrangères du Somaliland » et de s'ingérer dans des accords qu'il considère comme souverains. « Le gouvernement somalien n'a aucune autorité pour déterminer les relations étrangères du Somaliland ou parler au nom de son peuple », a déclaré le ministère. Hargeisa insiste sur le fait que ses relations avec Israël sont des « décisions souveraines de deux États » visant à promouvoir la coopération pacifique, le développement et la stabilité régionale.

Un contexte de fortes tensions régionales

Cette passe d'armes diplomatique s'inscrit dans un contexte explosif dans la Corne de l'Afrique. Le Somaliland, qui a déclaré son indépendance de la Somalie en 1991, n'a obtenu la reconnaissance d'aucun État membre des Nations unies avant celle d'Israël en décembre 2025. Mogadiscio considère toujours le territoire comme faisant partie intégrante de sa souveraineté. La reconnaissance israélienne a été vécue comme une provocation par la Somalie et une partie du monde arabe.

Parallèlement, la Turquie a considérablement renforcé sa présence militaire en Somalie. En 2017, Ankara a ouvert à Mogadiscio sa plus grande base d'entraînement militaire à l'étranger, et des milliers de soldats somaliens y ont été formés. Cette année, des F-16 turcs ont participé au défilé du 60e anniversaire des forces armées somaliennes en avril. Pour Hargeisa, ce soutien turc à Mogadiscio pourrait se transformer en menace directe si la Somalie décidait de reprendre le Somaliland par la force. Le président somalien a démenti tout projet d'invasion, mais les responsables du Somaliland affirment craindre une action militaire soutenue par Ankara.

Le dossier épineux de l'accès à la mer pour l'Éthiopie

La question de l'accès à la mer pour l'Éthiopie empoisonne également les relations. En janvier 2024, le Somaliland et l'Éthiopie avaient signé un protocole d'accord prévoyant la location de 20 kilomètres de côte somalilandaise à Addis-Abeba pour 50 ans, en échange d'une reconnaissance potentielle. Cet accord avait provoqué une vive colère à Mogadiscio et avait finalement été abandonné sous la pression de la Somalie, de l'Égypte et de la Ligue arabe. Aujourd'hui, le président somalien propose une alternative fondée sur la Convention des Nations unies sur le droit de la mer (CNUDM), offrant à l'Éthiopie l'utilisation de deux ou trois ports somaliens pour le commerce. Le Somaliland, de son côté, continue de défendre son accord de 2024, accusant Mogadiscio de contradiction : « Le gouvernement du Somaliland a toujours soutenu des arrangements négociés permettant à l'Éthiopie d'obtenir un accès à la mer par une coopération mutuellement bénéfique », a-t-il rappelé.

Quelles implications pour la Corne de l'Afrique ?

La demande de défense antiaérienne du Somaliland à Israël, si elle se concrétise, pourrait modifier l'équilibre militaire dans une région déjà sous haute tension. Elle risque d'exacerber les rivalités entre la Turquie, alliée de Mogadiscio, et Israël, nouveau parrain de Hargeisa. Pour la Somalie, la perspective d'une base israélienne à Berbera – même démentie – est inacceptable. « Nous ne l'accepterons en aucune circonstance », a martelé Hassan Sheikh Mohamud, qualifiant Israël de « force déstabilisatrice ». Il a également dénoncé le projet de « Grand Israël », une notion parfois évoquée par des responsables israéliens.

À terme, cette crise pourrait redessiner les alliances dans la Corne de l'Afrique. La Turquie, déjà présente en Somalie, au Qatar et en Libye, voit son influence contestée par l'axe Israël-Somaliland. Les Émirats arabes unis, qui entretiennent des liens avec le Somaliland, pourraient être amenés à jouer un rôle de médiateur. Pour l'instant, aucune avancée diplomatique n'est en vue. La balle est dans le camp de Washington et des capitales européennes, qui n'ont pas reconnu le Somaliland et appellent à une solution négociée. Mais sur le terrain, la militarisation croissante du golfe d'Aden – déjà menacé par les attaques houthies contre les navires liés à Israël – fait craindre une nouvelle escalade. Le Somaliland, lui, persiste et signe : il veut des armes israéliennes pour se défendre contre ce qu'il appelle la « menace turque ».

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