Somalie : sécheresse et inflation plongent le Puntland dans une crise humanitaire

Punaise pointée vers la ville de Mogadiscio, en Somalie photos stock

Somalie : sécheresse et guerre en Iran amplifient la détresse humanitaire dans le Puntland

Dans la région du Puntland, au nord de la Somalie, la population subit de plein fouet les conséquences conjuguées d’une sécheresse historique et d’une inflation galopante, elle-même exacerbée par la guerre au Moyen-Orient. À Qardho, les commerçants comme Mariam Saïd confient leur inquiétude : « Entre l’inflation et la sécheresse… C’est difficile. »

Le quotidien des Somaliens face à la double peine

Mariam Saïd tient une petite épicerie dans le centre de Qardho, une ville du Puntland. Ses étals, pourtant bien garnis – piles, épices, riz – ne suffisent pas à masquer son angoisse. Comme elle, des milliers de Somaliens voient leur pouvoir d’achat fondre sous l’effet d’une inflation importée par les tensions géopolitiques. La guerre en Iran perturbe les routes maritimes commerciales, renchérissant le coût des produits de première nécessité importés, alors même que la sécheresse anéantit les récoltes et le bétail.

« On n’a jamais vu une telle sécheresse », témoignait déjà un reportage de La Croix début mai. Les enfants sont en première ligne face à ce dérèglement climatique qui frappe durement la Corne de l’Afrique. Le Puntland, région semi-aride, dépend fortement des pluies saisonnières pour l’agriculture et l’élevage. Leur absence prolongée plonge des familles entières dans une insécurité alimentaire aiguë.

Les racines profondes de la fragilité somalienne

La Somalie n’en est pas à sa première crise. Depuis l’effondrement du régime de Siad Barre en 1991, le pays tente de reconstruire un État central face à une fragmentation clanique persistante. Les Forces armées somaliennes, fondées en 1960 et jadis parmi les mieux équipées d’Afrique subsaharienne grâce au soutien soviétique, se sont désintégrées dans les années 1990. Leur reconstruction, entamée après 2000, reste fragile : on estime leurs effectifs à environ 30 000 hommes en 2025, loin des besoins de sécurité.

La région du Puntland, elle-même, entretient ses propres forces militaires, reflet d’une autonomie de facto qui complique la gouvernance nationale. Les divisions claniques historiques – le peuple Jeberti, par exemple, constitue le deuxième plus grand clan de Somalie – continuent d’influencer la vie politique et sociale.

À cela s’ajoute la pression extérieure. La guerre en Iran, déclenchée en 2025, a provoqué une hausse des prix du pétrole et des transports maritimes. La France, par la voix d’Emmanuel Macron, a proposé une « coalition maritime » pour sécuriser le détroit d’Ormuz, une initiative qui pourrait à terme stabiliser les flux commerciaux. Mais en attendant, les Somaliens paient le prix fort.

Une perspective régionale et culturelle

Au-delà de l’urgence humanitaire, la Somalie cherche à affirmer sa présence sur la scène internationale. Preuve de cette ambition : la première participation du pays à la Biennale d’art contemporain de Venise. Le conservateur Mohamed Mire y met en avant la poésie somalienne, « pilier des structures sociales et de l’histoire », selon lui. Ce rayonnement culturel pourrait renforcer l’image d’une nation résiliente, mais il contraste avec les difficultés concrètes du terrain.

La crise du Puntland s’inscrit dans une tendance plus large : le réchauffement climatique menace l’ensemble de la Corne de l’Afrique, où les sécheresses se multiplient et s’intensifient. Combinée aux conflits régionaux – guerre en Iran, tensions au Yémen –, cette dégradation environnementale risque de provoquer des déplacements massifs et d’accentuer les pressions migratoires vers les pays voisins, comme l’Éthiopie ou le Kenya où se tiendra prochainement le sommet Africa Forward.

La communauté internationale est face à un défi de taille : comment soutenir une reconstruction étatique encore fragile tout en répondant à une urgence humanitaire et climatique immédiate ? Les prochains mois seront décisifs pour éviter que la situation ne bascule dans une famine généralisée.

Pour suivre l’actualité sportive et culturelle, découvrez par exemple les championnats de France 10 km 2026 ou le portrait d’Eye Haïdara, maîtresse de cérémonie de Cannes 2026.

Commentaires