Sir John Kirwan déclare la fin du Super Rugby : un appel à la révolution dans l'hémisphère sud
La légende des All Blacks, Sir John Kirwan, a jeté un pavé dans la mare en déclarant sans détour que le Super Rugby était « fini » et qu’une refonte radicale était nécessaire pour sauver le rugby professionnel dans l’hémisphère sud. Dans une interview choc diffusée sur le podcast Rivals, l’ancien ailier, double champion du monde, a estimé que la compétition, créée en 1995 après le passage au professionnalisme, n’attirait plus les foules et devait laisser place à un modèle plus proche de ce qui fait le succès du rugby à XIII ou du football : la « tribalisation » et les rivalités locales.
« Je pense que le Super Rugby a été formidable pour nous pendant 30 ans, mais je crois que c’est fini, a-t-il asséné. Il faut redéfinir ce qu’il est, le repenser et revenir à du tribalisme et du traditionalisme. » Selon lui, le produit actuel ne captive plus l’intérêt du public, malgré un jeu parfois spectaculaire. Les chiffres lui donnent raison : les affluences baissent régulièrement dans les stades néo-zélandais et australiens, et les franchises peinent à survivre financièrement.
Ce cri d’alarme survient alors que le Super Rugby Pacific, version resserrée de l’ancienne compétition, est confronté à une grave crise structurelle. La faillite des Melbourne Rebels en 2024 et la menace qui pèse sur Moana Pasifika – qui pourrait disparaître si aucun repreneur ne se manifeste – illustrent un malaise profond. Le passage de 12 à 10 équipes en 2027 semble inéluctable si rien ne change.
Pourquoi le Super Rugby est en crise : finances en berne et perte d’identité
Une compétition née du professionnalisme, aujourd’hui fragilisée
Le Super Rugby a longtemps été considéré comme le championnat de clubs le plus relevé de la planète. Mais l’hémorragie des franchises sud-africaines, parties rejoindre l’Europe dès 2021, a porté un coup fatal à son attractivité. L’ancien président de NZ Rugby, Brent Impey, reconnaît que ce départ était inévitable, mais il a accéléré le déclin du format.
Sur le plan économique, les difficultés s’accumulent. Les droits télévisés, pourtant essentiels à la survie des franchises, sont jugés insuffisants pour garantir un modèle viable. L’ancien joueur des All Blacks, Victor Matfield, invité aux côtés de Kirwan, a pointé du doigt un autre problème : « Vous parlez de tribalisme, en Afrique du Sud, nous avons su le conserver dès le plus jeune âge. » Pour Matfield, le rugby du sud doit cesser de vouloir copier le modèle nordique et puiser dans ses racines pour se réinventer.
Un appel au changement : retour aux derbies et aux traditions
La solution préconisée par Kirwan est simple et radicale : multiplier les équipes néo-zélandaises (il suggère d’en ajouter trois) et inciter l’Australie à ressusciter des clubs historiques comme Randwick, véritable institution du rugby australien. Ce nouveau format s’inspirerait du modèle de la NRL (National Rugby League), où les derbies locaux sont les rencontres les plus suivies. « En Nouvelle-Zélande, les derbies attirent toujours les meilleures foules, rappelle-t-il. Il faut jouer sur ces rivalités. »
Le timing de cette annonce n’est pas anodin : alors que les quarts de finale du Super Rugby Pacific approchent, l’avenir de la compétition semble plus que jamais incertain. Le débat est désormais lancé, et les instances dirigeantes sont sommées de faire preuve de courage. Comme le souligne Kirwan : « Il y a 30 ans, nous avons eu le courage de passer professionnel. Aujourd’hui, nous devons avoir le courage de changer. »
Perspectives : quel avenir pour le rugby de clubs dans l’hémisphère sud ?
Une tendance lourde : le déclin des compétitions historiques
La situation du Super Rugby s’inscrit dans un mouvement plus large de recomposition du rugby mondial. L’attractivité des compétitions domestiques du sud est en berne, tandis que les championnats européens, portés par des audiences solides et des infrastructures stables (la Premiership anglaise, le Top 14 français), semblent mieux résister. Les récentes annonces concernant les finales de la Champions Cup et de la Challenge Cup, diffusées en clair sur ITV et accessibles à un large public, confirment cet engouement pour le rugby nordiste.
Le Super Rugby survivra-t-il au-delà de 2027 ?
La question qui brûle les lèvres des observateurs est simple : le Super Rugby a-t-il encore un avenir ? Si l’on en croit les déclarations de Kirwan, la réponse est non. Mais certains gardent espoir, misant sur une restructuration radicale. L’idée d’un championnat plus ramassé, à l’image du United Rugby Championship (URC), dont le calendrier 2026-2027 vient d’être dévoilé avec un modèle de tournées optimisé pour les équipes sud-africaines, pourrait inspirer les décideurs. L’URC a su, en associant clubs irlandais, gallois, italiens, écossais et sud-africains, créer un équilibre entre rivalités locales et ambition continentale.
Pendant ce temps, les joueurs continuent d’évoluer sous les projecteurs du Super Rugby. Le jeune Lucas Casey, rookie des Highlanders, a récemment été salué pour sa performance éclatante face aux Chiefs, au point d’être cité comme possible « bolter » (joueur surprise) dans la prochaine sélection des All Blacks pour le Nations Championship. Un signe que la compétition, si elle est moribonde dans son modèle économique, reste un vivier de talents capable d’alimenter les plus hauts niveaux.
Le rugby du sud à un tournant
Au-delà du seul Super Rugby, c’est tout l’équilibre du rugby professionnel de l’hémisphère sud qui est en question. La Nouvelle-Zélande, l’Australie, l’Afrique du Sud et les îles du Pacifique doivent trouver un nouvel équilibre pour ne pas devenir les simples réservoirs de talents des compétitions européennes. Le débat est ouvert, et les prochains mois seront décisifs. Une chose est sûre : la parole de Kirwan, icône respectée, pèsera lourd dans la balle.
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