Jean Le Cam quitte l'IMOCA pour un Rhum Mono
À 67 ans, Jean Le Cam n'a rien perdu de sa combativité, mais il a choisi de changer de cap. Le skipper finistérien, figure emblématique de la course au large, ne s'aligne pas sur la Route du Rhum 2026 dans la catégorie reine des IMOCA. Exit les foilers ultramodernes et les budgets pharaoniques : le « Roi Jean » a jeté son dévolu sur un Swan 59 baptisé Alegria, un monocoque classique soigneusement rénové durant cinq ans après son achat aux États-Unis. Un retour aux sources assumé pour celui qui compte six participations au Vendée Globe, dont cinq bouclées et quatre dans le top 6.
Ce choix radical découle d'une rupture consommée avec l'évolution de la classe IMOCA. Excédé par des règles de qualification qu'il juge inégalitaires, Jean Le Cam avait poussé un coup de gueule retentissant au moment d'annoncer son retrait : « Pendant trois ans, tu cherches des millions d'euros et tu n'as aucune garantie d'être au départ. » Fervent défenseur des bateaux à dérives droites face à l'hégémonie des foilers, il avait proposé d'instaurer un double classement pour l'édition 2028 du Vendée Globe. Essuyant une fin de non-recevoir, il a préféré dire stop à ce qu'il qualifie d'« élitisme le plus complet, sans vision du futur ». Son célèbre 60 pieds Virgile a ainsi été mis en vente, scellant la fin d'une époque.
Une course avant tout maîtrisée
Sur la route de Pointe-à-Pitre, Jean Le Cam aborde la compétition avec un regard détaché mais toujours aiguisé. Même s'il pointe à la 8e position de sa catégorie, accusant un retard de 256 milles sur Tanguy Caradec — le fils du regretté Loïc Caradec —, le skipper vise avant tout une traversée maîtrisée d'une vingtaine de jours. « C'est un pas de côté par rapport au Vendée Globe. On a changé notre fusil d'épaule pour partir sur un projet plus raisonnable, plus confortable », a-t-il confié à L'Equipe. Ce Swan 59 au charme intemporel, tout en boiserie, ne constitue pas seulement une monture pour traverser l'Atlantique, mais le pilier d'un futur projet européen solidaire. Une parenthèse océanique qui n'est qu'un début : infatigable, le Finistérien se projette déjà vers de nouveaux défis pour l'année prochaine, évoquant même la possibilité d'imaginer, à terme, une nouvelle course autour du monde à son image.
Une Route du Rhum 2026 marquée par des conditions dantesques
Le départ de cette édition a été marqué par une météo particulièrement violente. Les conditions vont être dantesques ces prochaines heures pour toutes les catégories, avec une grosse dépression qui va se creuser non loin des Açores. « À l'avant, le vent de sud-est se renforce progressivement sur la route des Class40, avec le passage d'un front perturbé actif avec de fortes pluies et des rafales d'une quarantaine de nœuds. À l'arrière de la dépression, un fort courant de nord très instable concerne les Ocean Fifty et les premiers Imoca. Les grains s'accompagnent de pluies intenses et de violentes rafales pouvant atteindre 45 nœuds. La mer devient forte, avec des vagues de 3 à 4 mètres arrivant par tribord », explique le bulletin météo. De bonnes nouvelles ce jeudi 5 novembre avec le sauvetage de plusieurs skippers après l'hécatombe de ces dernières heures. Armel Le Cléac'h a été secouru par un pétrolier dans la nuit et va désormais retrouver la terre ferme. Au petit matin, c'est au tour de Matthieu Perraut d'être en sécurité, secouru par Le Merida.
Abandons en série et solidarité
Les abandons se multiplient. Jérémie Beyou a dû mettre fin à sa Route du Rhum pour des raisons médicales. Ce mercredi, au lendemain de l'annonce, il a donné de ses nouvelles sur Instagram : « Je fais route vers les Açores où je serai pris en charge par les secours locaux », a-t-il expliqué, confirmant être « blessé ». « Mais je suis suivi par les médecins de course et la DC heure par heure afin de ne pas aggraver la situation », a-t-il tenu à rassurer. Romain Pilliard, lui, garde espoir après sa collision avec Violette Dorange. Avec son équipe, il poursuit les réparations et a partagé une cagnotte en ligne pour l'aider financièrement, déjà récolté plus de 30 000 euros. Il espère repartir vers la Guadeloupe ce week-end. Erwan Le Draoulec s'est luxé l'épaule, ajoutant à la liste des infortunes.
Contexte : un tournant pour la course au large
Le choix de Jean Le Cam intervient dans un contexte de tension croissante au sein de la classe IMOCA, où la course à la technologie et aux sponsors impose des budgets toujours plus élevés. En 2022, Charles Caudrelier à bord de Maxi Edmond de Rothschild avait pulvérisé le record de l'épreuve en devenant le premier skipper à passer sous la barre symbolique d'une semaine : 6 jours, 19 heures, 47 minutes et 25 secondes. Une performance qui illustre la domination des foilers, mais qui laisse peu de place aux projets plus modestes. Jean Le Cam, avec son Swan 59, incarne une alternative : celle d'une voile plus accessible, moins dépendante de la performance pure et davantage axée sur l'aventure humaine et la solidarité. Son projet européen solidaire pourrait faire des émules.
Perspective : vers une diversification des modèles ?
Le pari de Jean Le Cam pourrait bien redessiner les contours de la course au large. Alors que les IMOCA poursuivent leur course à l'armement, les catégories « vintage » comme le Rhum Mono gagnent en visibilité. Ce choix pourrait encourager d'autres skippers à envisager des projets plus raisonnables, moins gourmands en ressources, et à réfléchir à de nouveaux formats de compétition. La proposition de Le Cam d'un double classement pour le Vendée Globe 2028, bien que rejetée pour l'instant, pourrait revenir sur la table si la tendance se confirme. En attendant, le Finistérien trace sa route vers Pointe-à-Pitre, avec l'objectif d'une traversée maîtrisée et, pourquoi pas, de nouvelles perspectives pour l'avenir. Une chose est sûre : Jean Le Cam n'a pas fini de faire parler de lui.
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