Une candidature communiste relancée par le vote des militants
Le week-end des 7 et 8 juin 2026, les militants du Parti communiste français (PCF) ont validé à 61,38 % le principe d'une candidature autonome pour l'élection présidentielle de 2027. Ce scrutin, qui servait de base de discussion en vue du 40e congrès du parti prévu à Lille du 3 au 5 juillet, conforte la ligne de Fabien Roussel. Le secrétaire national du PCF, en poste depuis 2018, n'a pas tardé à réagir : dans une interview au Parisien publiée le 9 juin, il a affirmé avoir « l’appétit pour mener ces combats », laissant entendre qu'il briguerait un second mandat à l'Élysée après son score de 2,28 % en 2022.
« Le Parti communiste a toute légitimité à présenter un candidat. Celui-ci sera désigné début septembre par tous les adhérents », a-t-il déclaré, ajoutant : « Admettez qu’à gauche, il y a peu de forces politiques unies sur une orientation, un programme et un potentiel candidat : il y a LFI et nous. » Ces propos, loin d'être anodins, marquent une rupture nette avec l'idée d'une primaire à gauche, que Fabien Roussel rejette catégoriquement. « Pour moi, pour nous, elle n’a jamais existé », a-t-il insisté, estimant qu'une « alliance insincère, ça ne crée pas de dynamique ».
Des dissensions internes malgré une victoire apparente
Si le résultat du vote interne semble offrir un blanc-seing à Fabien Roussel, les chiffres révèlent des fragilités. Avec 61,38 % des suffrages, le score est en baisse par rapport au précédent congrès de 2023, où sa ligne avait atteint 80 %. Ses opposants directs, menés par des figures comme Stéphane Peu, patron des députés communistes, ont recueilli 25 % des voix, soit un quart des militants qui rejettent la stratégie d'autonomie. Ce dernier, tenant d'une ligne plus unitaire, n'a pas caché son désaccord. Selon une source de Libération, cette contestation interne pourrait freiner la dynamique de campagne, alors que le PCF doit déjà composer avec une perte d'influence électorale.
Léon Deffontaines, porte-parole du parti, tente de minimiser ces tensions : « Le vote montre qu’une écrasante majorité de communistes soutiennent les positions de Fabien Roussel, notamment de cette nécessité de réaffirmer le PCF comme une force politique à part entière. » Pourtant, les opposants internes estiment que la route vers 2027 sera semée d'embûches si Fabien Roussel ne parvient pas à élargir sa base, notamment auprès des électeurs de la gauche radicale séduits par Jean-Luc Mélenchon et La France insoumise.
Un positionnement ambigu : ni union ni isolement
Fabien Roussel tente de tracer une voie étroite entre deux écueils : celui d'une gauche irréconciliable et celui d'une union sans programme clair. « Je ne crois pas aux gauches irréconciliables qui ne se parlent plus. On a des différences. On a des nuances. On doit les respecter. Et à la fin, au second tour, on doit aussi savoir se rassembler pour l’emporter », a-t-il nuancé. Une déclaration qui semble contredire son refus des primaires, mais qui reflète la complexité de son positionnement.
Cette ambiguïté se vérifie dans ses propositions récentes. Le 11 juin 2026, dans une tribune publiée dans L'Humanité, il a pris position sur l'intelligence artificielle, un thème qu'il souhaite placer au cœur de sa future campagne. « L’IA sera “avec nous” si et seulement si elle est “à nous” », écrit-il, plaidant pour une « planification de la révolution numérique » et une « appropriation publique et sociale des moyens de production ». Un discours qui vise à séduire un électorat inquiet des mutations technologiques, mais qui le distingue nettement des autres candidats de gauche, notamment de La France insoumise, dont il critique la « brutalisation du débat ».
Vers une présidentielle sous tension : enjeux et perspectives
À un an du scrutin, la route de Fabien Roussel reste incertaine. D'un côté, il bénéficie d'un appareil prêt à se mobiliser. « On sera en campagne présidentielle dès le lendemain du congrès évidemment. On réfléchit d’ailleurs déjà au matériel pour cet été, à la stratégie… On est en ordre de marche », assure Léon Deffontaines. De l'autre, les divisions internes et la concurrence à gauche risquent de limiter son audience. En 2022, son score de 2,28 % reflétait déjà une base militante fidèle mais trop étroite pour peser.
Le congrès de Lille, début juillet, sera un test décisif. Si Fabien Roussel est reconduit, il devra convaincre au-delà de son parti pour espérer jouer un rôle dans la recomposition de la gauche. Son pari : incarner une alternative crédible face à l'extrême droite, tout en maintenant une identité communiste forte, et sans tomber dans l'isolement. Comme il le résume : « Le PCF a toute légitimité à présenter un candidat, mais nous devons aussi savoir, au second tour, nous rassembler. »
En attendant, l'actualité politique semble suivre son cours. Pendant que Fabien Roussel peaufine sa stratégie, d'autres sujets occupent le terrain : les passes d'armes entre Le Pen et Bardella ou encore les controverses autour du think tank socialiste Noûs, qui rappellent que la campagne présidentielle de 2027 sera marquée par des luttes internes dans chaque camp. Pour le PCF, l'heure est à la consolidation, mais les fissures sont visibles.
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