Une première chinoise sur la route de l'Arctique
Le porte-conteneurs chinois Dubai Tower a quitté samedi 15 août 2026 le port de Ningbo, dans l'est de la Chine, pour une destination inédite : l'Europe via l'Arctique. Ce voyage inaugural, opéré par l'armateur Sea Legend, emprunte la Route maritime du Nord (RMN) le long des côtes russes. Il doit rallier Felixstowe (Royaume-Uni) le 7 septembre, puis Hambourg et Gdynia. Objectif affiché : réduire de moitié un trajet qui prend habituellement une quarantaine de jours par le canal de Suez, tout en contournant les zones de tension au Moyen-Orient, notamment le détroit d'Ormuz.
Cette liaison, qui se veut hebdomadaire jusqu'en octobre, s'inscrit dans le projet chinois de « Route de la soie polaire ». Selon Sea Legend, la fonte saisonnière de la banquise rend la traversée possible sans brise-glace. Le navire passera par le détroit de Béring avant de longer les côtes septentrionales de la Russie. Une première pour la Chine, même si d'autres armateurs, comme le danois Maersk en 2018, ont déjà emprunté cette route.
Pourquoi cette route séduit-elle les armateurs ?
La guerre entre les États-Unis, Israël et l'Iran, déclenchée fin février, a rendu le détroit d'Ormuz quasi impraticable. Les négociations entre Téhéran et Washington sont au point mort, et les Houthis yéménites ont intensifié leurs attaques en mer Rouge en soutien à l'Iran. Résultat : les armateurs cherchent des alternatives pour acheminer leurs marchandises entre l'Asie et l'Europe. La RMN, qui longe la Russie, permet d'éviter ces points chauds.
Le trafic y est en forte hausse : 23 porte-conteneurs ont transité par cette route en 2025, un record, contre 15 en 2024, selon une analyse d'Allianz Commercial. Les commandes de navires brise-glace explosent également : 167 unités livrées l'an dernier et 164 nouvelles commandes pour 2026, d'après le cabinet Veson Nautical. « On observe une nette augmentation du trafic sur la route maritime arctique », confirme un analyste.
Des conséquences environnementales dénoncées
Ce nouvel engouement suscite de vives inquiétudes chez les défenseurs de l'environnement. Ils craignent que ces transits n'accélèrent la fonte de la banquise, déjà fragilisée par le réchauffement climatique. La banquise hivernale a reculé de 5,8 % entre 2024 et 2025, selon des chercheurs de l'université de Southampton. Les navires, même sans brise-glace, émettent des suies qui se déposent sur la glace et réduisent son pouvoir réfléchissant, accélérant sa fonte.
De grands groupes comme CMA-CGM, MSC ou Hapag-Lloyd ont signé un engagement de l'ONG Ocean Conservancy, promettant d'« éviter les routes de transbordement de l'Arctique ». Mais la pression économique et géopolitique pousse d'autres acteurs à tenter l'aventure, comme Sea Legend, qui n'a pas signé ce texte.
Vers un réchauffement des routes commerciales ?
Au-delà de la Chine, d'autres pays observent avec intérêt cette route polaire. La Russie, qui contrôle la RMN, y voit un levier stratégique et économique. Le Kremlin a déjà investi massivement dans des infrastructures portuaires et des brise-glace nucléaires pour faciliter le transit. À terme, la RMN pourrait concurrencer sérieusement le canal de Suez pour les échanges entre l'Asie du Nord-Est et l'Europe du Nord.
Cette évolution s'inscrit dans un contexte plus large de redéfinition des routes maritimes mondiales, bouleversées par les conflits régionaux et le changement climatique. Si la fonte de l'Arctique ouvre de nouvelles possibilités, elle pose aussi des questions géopolitiques et environnementales majeures. Les experts appellent à une régulation internationale pour éviter une ruée désordonnée.
L'initiative chinoise pourrait ainsi faire des émules, mais elle devra composer avec les risques écologiques et les tensions internationales. Le Dubai Tower est attendu au Royaume-Uni début septembre, un test grandeur nature pour cette route polaire.
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