Le pétrole flambe face à la menace d'une pénurie mondiale
Les cours du pétrole ont bondi vendredi 25 mai, le baril de Brent de la mer du Nord atteignant 105,26 dollars, en hausse de 2,61 %, et le West Texas Intermediate (WTI) américain grimpant à 98,38 dollars, soit une progression de 2,11 %. Cette flambée est directement liée à la crainte grandissante d'une pénurie d'offre, alors que les négociations entre les États-Unis et l'Iran semblent dans l'impasse et que la paralysie du détroit d'Ormuz, voie de transit cruciale pour le pétrole mondial, se prolonge.
"Cette hausse est liée à une peur panique de la pénurie", a expliqué John Plassard, analyste chez Cité Gestion Private Bank, cité par l'AFP. Le marché pétrolier pourrait entrer dans une "zone rouge", avec une pénurie d'offre en "juillet ou en août", a alerté jeudi le directeur exécutif de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), Fatih Birol, en l'absence d'une issue durable au conflit au Moyen-Orient.
Le détroit d'Ormuz toujours bloqué, les réserves fondent
La question centrale reste le contrôle du détroit d'Ormuz, par lequel transite environ un tiers du pétrole brut mondial. Les autorités iraniennes, qui avaient partiellement rouvert le passage ces derniers jours, maintiennent désormais un blocus de fait, paralysant les flux énergétiques. Plus la situation perdure, "plus nous devrons nous appuyer sur les réserves", souligne Barbara Lambrecht, analyste chez Commerzbank.
Or, l'AIE avait déjà sonné l'alarme le 13 mai sur la fonte "record" des réserves pétrolières à mesure que la guerre s'enlise. Les stocks mondiaux diminuent rapidement et pourraient bientôt retrouver leurs points bas de 2020, ce qui relancerait les tensions sur les prix, prévient Amarpreet Singh de Barclays.
Contexte : le conflit américano-iranien et la driving season
Les tensions entre Washington et Téhéran sont à leur paroxysme depuis le déclenchement du conflit fin février 2026. Jeudi, un vent d'optimisme avait soufflé sur le marché après des informations de presse évoquant des progrès dans les négociations, ce qui avait fait chuter les cours. Mais cette embellie a été de courte durée.
"L'Iran et les États-Unis restent très éloignés dans leurs positions", notamment sur "l'exigence des États-Unis que l'Iran abandonne complètement son programme nucléaire et remette aux États-Unis ses 400 kg d'uranium enrichi", estime Arne Lohmann Rasmussen de Global Risk Management. Dans ce contexte, ni un accord ni une reprise des hostilités ne peuvent être écartés, prédisant une nouvelle journée de "forte volatilité avant le week-end".
La driving season américaine accentue la pression
La "pression est très forte sur les États-Unis pour trouver une solution à l'approche de la driving season", la saison des voyages estivaux qui fait gonfler la demande de pétrole, explique M. Plassard. Cette période, qui débute fin mai avec le long week-end du Memorial Day, voit traditionnellement la consommation d'essence exploser aux États-Unis. En cette fin mai 2026, les prix à la pompe atteignent déjà des records historiques, attisant la colère des consommateurs américains.
Les marchés boursiers mondiaux, quant à eux, oscillent entre espoir et prudence. Les principales Bourses européennes ont ouvert en hausse vendredi, portées par l'espoir d'une percée diplomatique, mais les opérateurs restent méfiants. Le DAX allemand a gagné 0,64 %, le CAC 40 0,65 % et le FTSE 100 0,38 %. En Asie, le Nikkei 225 de Tokyo a bondi de 2,7 % à 63 339 points, soutenu par une inflation japonaise en baisse à 1,4 %, son plus bas niveau en quatre ans.
Perspective : les implications économiques mondiales
Au-delà des fluctuations quotidiennes, la persistance de ce conflit et de la flambée des prix du pétrole a des implications profondes pour l'économie mondiale. Le pétrole à plus de 100 dollars le baril, maintenu par des tensions géopolitiques durables, pèse sur la reprise économique en Europe et aux États-Unis.
L'inflation et les banques centrales sous tension
La guerre en Iran maintient les prix de l'énergie à un niveau élevé, alimentant l'inflation mondiale. En avril, l'inflation japonaise est tombée à 1,4 %, son plus bas niveau en quatre ans, une baisse due à un net refroidissement de l'économie, malgré la hausse des prix de l'énergie. Ces chiffres offrent un peu d'air aux marchés, mais à un moment où l'inflation reste une source d'inquiétude aiguë, les banques centrales, dont la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne, pourraient être contraintes de maintenir des taux d'intérêt élevés plus longtemps, freinant la croissance.
L'Allemagne, première économie de la zone euro, a enregistré au premier trimestre une croissance conforme aux attentes de 0,4 % sur un an, tandis que la confiance des consommateurs pour juin montre des signes d'amélioration. Ces signaux sont prudemment encourageants, mais restent fragiles face à la flambée des coûts de l'énergie.
Un risque de récession et des conséquences sectorielles
Le maintien des prix du pétrole au-dessus de 100 dollars, combiné à la rareté de l'offre, accroît le risque de récession dans les économies dépendantes des importations d'hydrocarbures. Les compagnies aériennes, les transporteurs routiers et l'industrie chimique subissent de plein fouet la hausse de leurs coûts. Les marchés obligataires, déjà volatils, pourraient connaître de nouvelles tensions.
Si le scénario d'un accord rapide entre Washington et Téhéran se réalise, les cours pourraient chuter brutalement, comme on l'a vu jeudi. Mais si les négociations échouent définitivement, le monde pourrait se diriger vers une crise énergétique comparable à celle de 1973. Barbara Lambrecht de Commerzbank résume l'enjeu : "Plus la paralysie du détroit d'Ormuz perdure, plus nous devrons nous appuyer sur les réserves, et ces réserves ne sont pas infinies."
Dans ce contexte d'incertitude extrême, les investisseurs et les consommateurs retiennent leur souffle. Les prochains jours, et surtout les prochaines semaines, seront décisifs pour savoir si le marché pétrolier frôle la catastrophe ou si la diplomatie parvient à désamorcer une bombe à retardement énergétique.
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