Un podium arraché dans la douleur pour Pecco Bagnaia
Pecco Bagnaia a vécu l’un des week-ends les plus intenses de sa carrière lors du Grand Prix MotoGP de Catalogne, le 17 mai 2026. Alors qu’il espérait simplement enchaîner les tours, le pilote Ducati Lenovo a dû surmonter un violent accident au premier virage, des vertiges persistants et une possible blessure au poignet pour finalement décrocher le premier podium de la saison pour son équipe, en troisième position. Un résultat acquis après les pénalités infligées à Ai Ogura et Joan Mir pour pression des pneus insuffisante.
Dès le premier départ, la course a été marquée par le spectaculaire accident d’Alex Marquez, percuté par Pedro Acosta. Mais c’est lors de la deuxième procédure de départ que le drame s’est noué pour Bagnaia. Lancé dans le virage 1, il a été percuté par Johann Zarco (LCR Honda), dont la roue avant a heurté la Ducati de Bagnaia, provoquant une chute en chaîne. Le Français s’est retrouvé la jambe coincée dans la roue arrière de la moto du champion italien.
« C’était très intense », a confié Bagnaia à MotoGP.com. « J’ai vu Johann attaché à ma moto, sa jambe, sa douleur… Cela a eu un gros impact sur moi. » Avec Luca Marini, Bagnaia s’est immédiatement porté au secours de Zarco, dont le diagnostic a révélé des lésions des ligaments croisés antérieur et postérieur ainsi qu’une petite fracture du péroné. Le Français devra être opéré et ne pourra pas défendre sa place dans l’immédiat.
« Quelque chose ne va pas » : Bagnaia craint une blessure au poignet
Après la course, Bagnaia a révélé ressentir des douleurs et des vertiges au freinage, des symptômes qu’il n’avait jamais connus auparavant. « Je me sens en souffrance et un peu malade. J’ai commencé à ressentir de la douleur et des vertiges au freinage. C’était étrange, j’ai juste essayé de survivre jusqu’au dernier tour », a-t-il déclaré.
Lors du test officiel du lundi suivant, sur le même circuit de Barcelone, le pilote de 29 ans a bouclé 23 tours mais s’est inquiété d’une possible lésion au poignet gauche. « Je dois peut-être faire examiner mon poignet à la maison, parce que j’ai l’impression que quelque chose n’est pas à la bonne place », a-t-il expliqué à Sky Italia. « Je vais faire beaucoup de physiothérapie, faire les bonnes choses et ne pas en faire trop à l’entraînement, car cela pourrait empirer. »
Cette alerte sanitaire tombe au pire moment pour Ducati : le team italien aborde son Grand Prix à domicile, à Mugello, dans une semaine. Et la liste des blessés s’allonge dangereusement. En Catalogne, Alex Marquez souffre de fractures de la clavicule et d’une vertèbre. Fabio di Giannantonio, vainqueur du dimanche, a été victime d’un débris et a dû déclarer forfait pour le test. Enfin, le champion en titre Marc Marquez était absent à Montmeló après une récente opération de l’épaule et du pied. Bagnaia est donc le quatrième pilote Ducati à composer avec une blessure.
Zarco innocenté, mais des questions demeurent
Dans le viseur des commissaires pour « actions créant une situation dangereuse », Zarco a vu son audition reportée pour cause de blessure. Mais Bagnaia a tenu à défendre le Français : « En regardant les images, Zarco n’a rien fait de mal. Il a commencé à freiner mais n’a pas pu arrêter la moto. Quelque chose était étrange avec sa moto. » De son côté, Zarco a regretté d’avoir pris ce deuxième départ : « Je suis en colère contre moi-même. Je me suis fait aspirer par Marini et je n’ai pas pu m’arrêter à temps. » Un accident qui rappelle la fragilité des décisions prises dans la précipitation.
Valentino Rossi met la pression sur Ducati
Dans ce contexte sous tension, Valentino Rossi, le mentor historique de Bagnaia et patron du VR46 Racing Team, a accordé une interview à Sky Sports. Il a salué l’attitude de son protégé : « Pecco a une excellente attitude cette année. Il se donne à fond au quotidien et à l’entraînement. Il a très envie de gagner avec Ducati. » Mais Rossi a aussi adressé un message clair à l’usine de Borgo Panigale : « Les résultats sont là, mais je voudrais que Ducati mette autant d’efforts que Pecco pour revenir au sommet. Parce que, comme dans un mariage amoureux, quand les mauvaises choses arrivent, il n’y a pas de résultats, seulement des déclarations, et les esprits se refroidissent. » Une sortie qui montre que la pression monte dans le box Ducati, où les tensions entre pilotes et direction technique pourraient peser sur la fin de saison.
L’enjeu : la santé mentale et physique des pilotes en MotoGP
Au-delà de l’incident de Bagnaia, cette épreuve catalane illustre un problème récurrent en MotoGP : l’enchaînement des restarts après des accidents graves expose les pilotes à un risque accru de commotion, de blessure ou de traumatisme psychologique. Bagnaia lui-même a admis avoir été choqué par la scène de Zarco. Dans un championnat où la santé mentale est encore souvent taboue, des voix s’élèvent pour réclamer un protocole plus strict entre les procédures de départ. Le cas du pilote italien, qui a poursuivi la course alors qu’il était physiquement diminué, pose la question de savoir jusqu’où un compétiteur doit aller pour arracher des points.
Alors que le paddock se prépare pour Mugello, le prochain round du championnat, le retour de Bagnaia est incertain. Mais une chose est sûre : son courage et sa combativité ont marqué les esprits, et la pression est désormais sur les épaules de Ducati pour offrir à son champion une moto à la hauteur de son talent.
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