Pape et Lego : la Sagrada Familia célèbre Gaudí 100 ans après sa mort

Visitors view a Lego representation of the St. Peter's basilica and square, at The Franklin Institute in Philadelphia.

Une semaine historique pour la Sagrada Familia

Le 8 juin 2026, Barcelone vit au rythme d'un double hommage à Antoni Gaudí, à l'occasion du centenaire de sa mort, survenue le 10 juin 1926. Le pape Léo XIV doit inaugurer mercredi la tour de Jésus-Christ, culminant à 172,5 mètres, qui fait de la Sagrada Familia la plus haute église du monde. Dans le même temps, Lego a annoncé son plus grand set jamais produit : une réplique de 12 060 pièces de la basilique, disponible en précommande pour 800 dollars.

« C'est comme un rêve devenu réalité », confiait en février l'architecte Mauricio Cortes à CBS News, alors que la dernière des 18 tours était couronnée d'une croix. Un rêve qui a mobilisé cinq générations de bâtisseurs depuis que Gaudí a repris le chantier en 1884.

Des visiteurs toujours plus nombreux

La Sagrada Familia attire désormais des millions de visiteurs chaque année. Selon le journal local La Vanguardia, les principaux édifices de Gaudí à Barcelone génèrent environ 240 millions d'euros de revenus annuels cumulés grâce à la billetterie. Une manne financière qui contribue à l'achèvement du chantier, dont la fin est estimée au milieu des années 2030, soit près de 150 ans après les premiers coups de pioche.

Gaudí, de l'humilié au saint

Le contraste est saisissant entre l'accueil réservé aujourd'hui à l'architecte et celui qu'il connut de son vivant. Le 7 juin 1926, Gaudí, alors âgé de 73 ans, est percuté par un tramway alors qu'il traversait une rue. Méconnaissable, négligé, il n'est pas reconnu par les passants qui le prennent pour un vagabond. Transporté à l'hôpital, il y meurt trois jours plus tard. À l'époque, seuls 10 à 15 % de son œuvre majeure étaient achevés.

« Il joue dans l'idée romantique du XIXe siècle de l'artiste bohème, quelqu'un qui a vécu dévoué à une mission, sans se soucier de ce que les autres disent », explique Gijs van Hensbergen, biographe de Gaudí, cité par Reuters. « Le plus frappant dans la visite du pape Léon, c'est précisément qu'avec la bénédiction de la tour de Jésus-Christ, il vient rencontrer Gaudí comme un ami spirituel », ajoute Chiara Curti, spécialiste de l'architecte.

Un processus de béatification en cours

La reconnaissance par l'Église n'est pas un hasard. L'an dernier, le Vatican a approuvé une étape importante vers la béatification de Gaudí. Un parcours qui paraissait improbable quand ses édifices aux formes ondulantes et colorées étaient moqués par la presse locale. Aujourd'hui, sept de ses œuvres sont classées au patrimoine mondial de l'UNESCO, et la Sagrada Familia est devenue un symbole de Barcelone, au même titre que le FC Barcelone ou la Rambla.

Un symbole qui dépasse la religion

Le contexte géopolitique n'est pas absent de cet hommage. Dans son discours en Espagne, le pape Léo XIV a appelé à l'unité plutôt qu'à la polarisation, un message qui résonne particulièrement dans une Catalogne toujours marquée par les tensions indépendantistes. La visite pontificale s'inscrit dans une tournée européenne qui a également été marquée par des échanges avec les migrants, rappelle l'Associated Press.

Par ailleurs, l'actualité mondiale ne s'arrête pas pour autant. Un séisme de magnitude 7,8 a frappé les Philippines, provoquant un tsunami et un bilan humain qui s'aggrave. Mais à Barcelone, l'attention reste fixée sur ce chantier hors norme, véritable « Bible de pierre » selon le vœu de son créateur.

Un legs pour les générations futures

Au-delà de la ferveur religieuse et de l'exploit architectural, la Sagrada Familia incarne une leçon de persévérance. « Gaudí était un architecte extraordinairement ambitieux, probablement le plus ambitieux de l'histoire », rappelle van Hensbergen. Sa basilique, avec ses colonnes qui imitent une forêt, ses escaliers en colimaçon évoquant une coquille d'escargot et ses motifs hexagonaux rappelant les alvéoles d'une ruche, reste un chantier permanent. Et ce n'est pas le nouveau set Lego, aussi imposant soit-il, qui épuisera la fascination qu'elle exerce.

Alors que la date de fin des travaux approche, l'édifice continue d'attirer les regards. Pour les Barcelonais, pour les pèlerins, pour les touristes du monde entier, la Sagrada Familia demeure ce que décrivait Gijs van Hensbergen : un lieu où « l'esprit s'élève avec la lumière ».

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