NeeDoh : des brûlures graves signalées chez les enfants
L'hôpital Shriners de Boston, spécialisé dans les soins aux grands brûlés, tire la sonnette d'alarme. Depuis plusieurs semaines, des enfants arrivent dans ses services avec des brûlures au 2e et 3e degré causées par les jouets sensoriels NeeDoh. En cause : une tendance virale sur les réseaux sociaux qui encourage à passer ces jouets au micro-ondes pour les rendre plus malléables. Le gel chauffé explose et provoque des blessures parfois très graves.
Selon le Dr Colleen Ryan, médecin à l'hôpital Shriners de Boston, il suffit de 15 secondes au micro-ondes pour que le gel atteigne des températures dangereuses. Les médecins constatent au moins un cas par semaine de brûlures sévères liées à ces jouets, et le phénomène serait en augmentation. Des cas ont été rapportés dans plusieurs régions des États-Unis, notamment au Nevada et au Kentucky.
Le cas de Natalee, 13 ans, brûlée aux jambes
Le 23 juin dernier, Natalee Staggs, une adolescente de 13 ans, a été victime d'un accident similaire. Alors qu'elle se trouvait en voiture avec sa mère Kimmie, le jouet NeeDoh qu'elle avait en main a éclaté, projetant un gel brûlant sur ses cuisses. « Ça a explosé sur moi, et ça me brûle », a-t-elle crié. Sa mère a d'abord tenté de retirer la substance, mais elle s'est avérée collante et brûlante. Après avoir essayé de rincer les jambes de sa fille à l'eau, la famille a dû se rendre aux urgences de South Williamson, dans le Kentucky. Les médecins ont dû découper le short de l'adolescente pour traiter les brûlures.
Bien que le jouet en question n'ait pas pu être identifié (les filles l'avaient échangé avec une amie), ce cas illustre la réalité des risques. Les autorités sanitaires recommandent aux parents de retirer immédiatement le gel de la peau en cas de contact, de rincer à l'eau froide et de consulter un médecin en cas de douleur ou de brûlure. Il est également conseillé de contacter un centre antipoison.
Une tendance TikTok dangereuse et des contrefaçons qui inquiètent
Le phénomène est amplifié par les réseaux sociaux, notamment TikTok, où des vidéos montrent des utilisateurs chauffant leurs NeeDoh au micro-ondes pour les rendre plus « fun ». Ces vidéos cumulent des millions de vues et incitent les enfants à imiter ces gestes dangereux. Le fabricant Schylling, qui commercialise la marque NeeDoh, a indiqué travailler avec TikTok et d'autres plateformes pour retirer ce type de contenu. Des avertissements ont également été ajoutés sur les emballages et les fiches produits en ligne.
Les contrefaçons, un risque supplémentaire
Les médecins alertent également sur les contrefaçons de NeeDoh, vendues à bas prix sur des sites comme Amazon ou dans certaines boutiques. Ces imitations peuvent contenir des substances inconnues, potentiellement chimiques, qui augmentent le risque de brûlures plus profondes. Le Dr Romboy, pédiatre urgentiste à Las Vegas, explique que les brûlures chimiques sont plus complexes à traiter et peuvent nécessiter une intervention chirurgicale. Un enfant ayant manipulé un jouet laissé dans une voiture chaude a dû être opéré pour retirer la peau brûlée et morte.
Schylling rappelle que ses produits sont destinés à être utilisés à température ambiante et que toute chauffe, congélation ou passage au micro-ondes est dangereux. Malgré ces avertissements, les ventes de NeeDoh continuent de battre des records, portées par la popularité du jouet auprès des enfants et des adultes.
Un engouement qui ne faiblit pas malgré les risques
Malgré ces incidents, la demande pour les jouets NeeDoh reste très forte. Le 3 août 2026, la chaîne de supermarchés Lidl a lancé une édition limitée du NeeDoh Color Changing Cube, vendu 4,99 €. Ce jouet, qui change de couleur lorsqu'on le presse, est l'un des plus populaires de la gamme. Lidl prévoit d'en écouler plusieurs milliers d'unités. Cet engouement s'explique par les propriétés apaisantes du jouet, qui aident à canaliser l'anxiété et à améliorer la concentration.
C'est ce paradoxe que pointent les spécialistes : un jouet conçu pour rassurer peut devenir dangereux s'il est mal utilisé. La pression des réseaux sociaux pousse les enfants à tester les limites, sans mesurer les conséquences. Les fabricants, eux, tentent de contrôler les risques en renforçant les messages de prévention sur leurs produits et en ligne.
Au-delà du phénomène NeeDoh, c'est une question plus large qui se pose : comment protéger les enfants face aux tendances virales qui détournent des objets du quotidien ? Les hôpitaux multiplient les campagnes d'information, et les parents sont invités à discuter avec leurs enfants des dangers de ces défis. Le Dr Ryan souligne : « Un jouet doit rester un jouet. Il ne doit jamais être chauffé ou congelé. Si vous avez un doute, jetez-le. »
En attendant, les autorités sanitaires suivent de près l'évolution des cas. La vigilance est de mise, notamment à l'approche de la rentrée scolaire, où ces jouets pourraient à nouveau se retrouver dans les cartables.
Commentaires