Un espoir inattendu en psychiatrie
Le sémaglutide, principe actif de l'Ozempic et du Wegovy, pourrait bien dépasser le cadre du diabète et de l'obésité. Selon une vaste étude suédoise publiée le 8 septembre 2026 et relayée par ScienceDaily, l'utilisation de ce médicament est associée à une réduction de 21 % du risque d'hospitalisation psychiatrique chez les personnes atteintes de trouble bipolaire. L'étude, menée par l'université Griffith sur près de 15 000 patients suivis sur 15 ans, ouvre une piste thérapeutique inédite.
« Les personnes bipolaires qui prenaient du sémaglutide avaient des taux d'hospitalisation psychiatrique significativement plus faibles que pendant les périodes où elles ne prenaient pas de GLP-1 », explique le professeur Mark Taylor, auteur principal. Les chercheurs avancent une hypothèse : le sémaglutide agirait sur l'inflammation et le stress cellulaire, contribuant à stabiliser l'humeur. Fait notable, cet effet n'a pas été observé avec d'autres médicaments de la même classe, ce qui suggère un mécanisme propre au sémaglutide.
Novo Nordisk retire cinq traitements du diabète d'ici fin 2026
En parallèle, le laboratoire danois Novo Nordisk a annoncé le 11 septembre 2026 le retrait de cinq médicaments contre le diabète des pharmacies européennes au 31 décembre 2026. Parmi eux, l'insuline Levemir, prescrite depuis plus de 20 ans, et le Victoza (liraglutide), un analogue du GLP-1 indiqué dans le diabète de type 2.
Cette décision, présentée comme une réorganisation industrielle, concerne aussi bien des insulines que des traitements injectables non insuliniques. Les patients disposent d'un peu plus d'un an pour adapter leur prescription avec leur médecin. Selon Santé publique France, plus de 4 millions de personnes sont traitées pharmacologiquement pour un diabète dans l'Hexagone, dont environ 92 % de type 2. Le retrait de ces molécules, bien que sans urgence sanitaire immédiate, impose une transition délicate pour des milliers de patients.
Le sémaglutide, entre promesses et limites
Si le sémaglutide fait l'objet d'un engouement mondial, ses effets réels méritent d'être nuancés. Une enquête du Guardian publiée le 11 septembre 2026 passe au crible 13 croyances courantes sur les GLP-1. Première idée reçue : ces médicaments ne suppriment pas totalement la faim. « Le médicament est environ 1 000 fois plus puissant que ce que notre corps produit naturellement », précise la Dr Federica Amati, nutritionniste à l'Imperial College School of Medicine. « C'est comme une étincelle face à un feu de camp qui rugit pendant une semaine. » La satiété est prolongée, mais la faim finit par revenir.
Autre réalité : les effets secondaires gastro-intestinaux (nausées, constipation, diarrhée, ballonnements) sont bien documentés. Ils surviennent surtout lors de l'augmentation des doses et s'atténuent avec le temps. Une bonne hydratation et une alimentation pauvre en graisses aident à les limiter. La déshydratation, souvent sous-estimée, aggrave ces symptômes.
Quand les médicaments ne fonctionnent pas
Tous les patients ne répondent pas aux GLP-1. Entre 9 % et un tiers des participants aux essais cliniques perdent moins de 5 % de leur poids. C'est le cas de Mercedes, une enseignante à la retraite citée par le Guardian. Après avoir essayé Ozempic, Wegovy, Contrave, Mounjaro et Zepbound, aucun n'a produit d'effet significatif. « Rien n'a fonctionné », témoigne-t-elle. Pour ces non-répondants, l'impact psychologique est lourd : espoir déçu, sentiment d'échec, parfois des fringales comparables à un sevrage d'héroïne.
Les chercheurs tentent d'identifier les causes de cette non-réponse pour mieux cibler les traitements, réduire les coûts et limiter les effets indésirables. Une piste essentielle alors que la demande explose.
Un contexte de défiance et d'espoir mêlés
L'actualité du sémaglutide illustre une tension croissante : d'un côté, des découvertes prometteuses en psychiatrie et une efficacité reconnue contre l'obésité et le diabète ; de l'autre, des limites thérapeutiques, des effets secondaires et des décisions industrielles qui perturbent la prise en charge. Le retrait de cinq traitements par Novo Nordisk, annoncé le 11 septembre 2026, ajoute une couche d'incertitude pour les patients diabétiques, même s'il ne concerne pas directement le sémaglutide.
Cette actualité s'inscrit dans un contexte plus large de réorganisation du marché pharmaceutique, où les GLP-1 occupent une place centrale. Les ventes d'Ozempic et de Wegovy ont explosé, portées par une demande mondiale et une couverture médiatique intense. Mais l'engouement s'accompagne d'un besoin criant de données solides, notamment sur le sevrage, les effets à long terme et les populations non répondeuses.
Vers une médecine plus personnalisée
L'étude suédoise sur le trouble bipolaire ouvre la voie à une utilisation élargie des GLP-1 en psychiatrie. Si les résultats sont confirmés, le sémaglutide pourrait devenir un outil de stabilisation de l'humeur, en complément des traitements existants. D'autres recherches explorent déjà son rôle dans les addictions, les maladies du foie ou les troubles cardiovasculaires.
En parallèle, la question de l'accès et du coût reste centrale. Le retrait de médicaments moins rentables, comme l'insuline Levemir, pose la question de la priorité donnée aux traitements les plus lucratifs. Pour les patients, l'enjeu est double : bénéficier des avancées thérapeutiques sans subir les conséquences des stratégies industrielles.
Ce qu'il faut retenir
Le sémaglutide n'est plus seulement un médicament contre le diabète et l'obésité. Il pourrait devenir un traitement psychiatrique prometteur, comme le suggère l'étude suédoise. Mais son usage reste complexe : effets secondaires, non-réponse chez certains patients, et un paysage pharmaceutique en mutation avec le retrait de cinq traitements de Novo Nordisk. L'avenir dira si ces avancées se traduiront par une meilleure prise en charge globale ou par de nouvelles inégalités d'accès.
Pour l'heure, les patients et les médecins doivent composer avec un double mouvement : l'espoir suscité par les découvertes et la prudence face aux limites bien réelles de ces traitements.
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