Le réalisateur israélien contraint de se retirer du festival marseillais
Le cinéaste israélien Nadav Lapid, 51 ans, a annoncé son retrait du jury du Festival international du documentaire de Marseille (FID Marseille), prévu en juillet 2026, après avoir été la cible d'une campagne de boycott de la part de réalisateurs pro-palestiniens. Selon des informations rapportées par Le Monde et confirmées par le Jerusalem Post, une dizaine de cinéastes ont retiré leurs films de la sélection pour protester contre la simple présence de Lapid dans le jury, l'accusant de cautionner la politique israélienne malgré ses positions critiques envers le gouvernement Netanyahou.
Tsveta Dobreva, directrice du FID, a expliqué avoir initialement maintenu l'invitation, considérant que seul le talent cinématographique devait primer. Mais face à l'escalade des pressions et aux désistements en cascade, elle a envisagé des alternatives, comme la projection du premier film de Lapid, Policeman, accompagnée d'un débat. En vain. Les activistes ont alors exigé son exclusion totale du festival.
Un artiste pris entre critiques et solidarité
Nadav Lapid, qui vit en France depuis 2021, est l'une des figures les plus reconnues du cinéma israélien contemporain. Son film Synonyms a remporté l'Ours d'or à Berlin en 2019, et Ahed's Knee a obtenu le Prix du jury à Cannes en 2021. Son dernier long-métrage, Yes, sorti en 2025, est une charge virulente contre le gouvernement Netanyahou.
Pourtant, ces prises de position n'ont pas suffi à le protéger des appels au boycott. Dans Le Monde, Lapid s'interroge : "Que veulent-ils exactement ? Que j'arrête de faire des films ? Que je quitte la France ? Jusqu'où cela ira-t-il ?" Il déplore également la gestion de la crise par le festival, estimant que ses organisateurs auraient dû "assumer davantage leurs responsabilités".
En réaction à cette affaire, une pétition de soutien à Lapid circule dans le milieu du cinéma français, signée par des producteurs comme Saïd Ben Saïd et Judith Lou Lévy, ainsi que par plusieurs réalisateurs de renom. Cette mobilisation témoigne des fractures que le conflit israélo-palestinien continue de creuser dans le monde culturel.
Un précédent qui interroge la liberté artistique
Cette affaire s’inscrit dans une série de polémiques qui secouent le monde du cinéma et de la culture en France. Alors que certains festivals comme Cannes tentent de préserver une neutralité politique, d'autres se retrouvent pris en étau entre les artistes et les militants.
Le cas Lapid n'est pas isolé : il survient alors que le débat sur le boycott culturel d'Israël s'intensifie en Europe, notamment dans les milieux universitaires et artistiques. Si la liberté d'expression est régulièrement invoquée, les appels à l'exclusion des artistes israéliens se multiplient, suscitant des réactions contrastées.
Cette situation rappelle que le conflit du Proche-Orient dépasse largement les frontières géopolitiques pour s'inviter dans les salles de cinéma et les jurys de festivals. La question qui demeure est celle de la place de l'artiste dans un monde polarisé : doit-il être jugé sur son œuvre ou sur son origine ? Alors que le FID Marseille cherche à retrouver sa sérénité, l'écho de cette polémique risque de résonner bien au-delà du Vieux-Port.
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